Élevage

Évaluer l’impact de la dermatite à partir du lait de tank

Un peu, beaucoup, énormément, pas du tout… Une nouvelle analyse sur lait de mélange permet d’avoir une idée de l’incidence de la dermatite digitée dans son élevage.

Depuis début 2020, GDS Bretagne propose à une partie de ses adhérents une analyse sérologique sur lait de tank permettant d’évaluer le taux de vaches infectées dans un troupeau et ainsi d’objectiver la situation vis-à-vis de la maladie. Le conseiller et l’éleveur peuvent donc orienter le conseil plus sereinement en fonction du résultat. Thomas Aubineau, responsable technique, précise : « Ce service innovant est aujourd’hui réservé aux adhérents à la caisse complémentaire et aux éleveurs en protocole de regroupements de troupeaux. » Dans les campagnes, les premiers candidats n’ont pas tardé et plus de 60 analyses ont déjà été réalisées. « Certains sont concernés par une véritable problématique boiterie chez eux. D’autres se lancent par curiosité ou parce qu’ils sont vendeurs de génétique et se disent qu’un bon résultat pourrait être une petite garantie supplémentaire à présenter à leurs acheteurs. »

Sur les traces des tréponèmes

Toute vache qui boite n’a pas forcément une dermatite digitée. Le diagnostic passe par l’observation les lésions caractéristiques.

Dans la pratique, un conseiller passe collecter un peu de lait de tank sur l’élevage. L’échantillon est ensuite envoyé à un laboratoire de la Meuse avec lequel GDS Bretagne a développé « Elisa DD ». Ce test témoigne de la présence d’une souche de tréponème – famille de bactéries responsables de la dermatite digitée – bien particulière dans l’élevage et estime l’impact de la maladie en s’appuyant sur la méthode d’analyse Elisa (à partir d’un anticorps de synthèse développé par une université en Suède). Le résultat est ensuite exprimé en proportion d’animaux infectés présentant une lésion, quel que soit son stade d’évolution (active ou chronique), selon trois seuils : moins de 15 %, de 15 à 40 %, plus de 40 %.

Si le test est négatif, c’est-à-dire la maladie absente ou très peu présente, l’éleveur reçoit tout de même un courrier d’interprétation donnant des conseils et recommandations en matière de biosécurité. Le seuil à moins de 15 % signifie qu’en général une ou deux vaches du troupeau seulement présentent des lésions actives. « Par contre, si l’analyse n’a pas décelé d’incidence de la dermatite mais que des boiteries sont constatées, alors un conseiller aura recours par la suite à une approche globale et observera l’état des aplombs et des jarrets, l’historique sanitaire, l’environnement… L’origine du problème est ailleurs. ».

Regrouper les troupeaux au pâturage
« En Bretagne, les élevages sans dermatite se comptent pratiquement sur les doigts d’une main », estime Thomas Aubineau. Pour autant, à l’heure d’un regroupement de troupeaux, quand un cheptel est très peu concerné par la maladie et l’autre, au contraire, très touché, « nous conseillons de mettre en place des moyens de prévention importants pour éviter qu’à la fusion, une explosion des boiteries intervienne. Nous avons déjà vu de vraies catastrophes liées à la dermatite… » Sa première recommandation est d’ailleurs assez simple : mélanger les animaux en période de pâturage, plus favorable pour ­la santé des pieds.

Un plan de lutte en fonction du résultat

Si l’analyse conclut sur la catégorie 15 à 40 % de vaches touchées, « c’est un peu le ventre mou en attendant que la méthode gagne en précision », et il peut y avoir beaucoup ou peu de lésions actives. « Pour affiner l’interprétation d’Elisa DD, nous regardons alors la dynamique d’infection du troupeau. Si la situation s’avère dégradée, en fonction des boiteries observées sur le terrain, on pourra mener une intervention ciblée sur la dermatite ou sur une autre pathologie », explique Thomas Aubineau.

Les vaches s’infectent en permanence avec un tel réservoir de germes

Par contre, quand le résultat est au-dessus de 40 %, cela signifie que le lait de mélange du tank contient énormément d’anticorps reliés à la maladie. Ou plus concrètement que les lésions actives, très nombreuses, constituent un réservoir de germes tellement important que les vaches s’infectent en permanence. « Devant un tel problème chronique très pénalisant d’un point de vue zootechnique et économique, en ne traitant que les vaches qui boitent, on ne jugule rien. Des approches collectives comme le recours à des traitements par pédiluve ou des actions de lavage systématique en salle de traite ou au cornadis avant soins par exemple deviennent impératives. Dans une telle situation, l’éleveur qui met de l’argent et du temps pour lutter contre la dermatite aura un retour sur investissement. »

« Les éleveurs ont du mal à hiérarchiser les différentes lésions »
Dermatite digitée (Mortellaro), fourchet, tarsites, panaris, fourbure… Plusieurs grandes maladies du pied sont dominantes en élevage laitier. « Pour ce qui concerne la maladie de Mortellaro, les éleveurs sont souvent sensibles à cette maladie parce qu’elle est visible sur le talon. Ils la présentent comme la principale maladie des pieds dans l’élevage, quand bien même ils se trompent dans 2 cas sur 3 selon les résultats de notre enquête datant de 2016 », explique Thomas Aubineau, responsable technique à GDS Bretagne. « Globalement, les éleveurs ont du mal à hiérarchiser les différentes lésions causant des boiteries chez eux. Par exemple, le panaris est également souvent avancé alors que, très souvent, on est plutôt en présence de fourchet ou de fourbure… » La difficulté pour le conseiller est alors d’être certain que le domaine ciblé par le conseil est le bon.

« Et cela n’est pas sans conséquence car la mise en place d’une prévention collective contre Mortellaro peut coûter plus cher que la maladie quand sa prévalence est faible : on conseille une prévention collective à partir d’une prévalence de 15 % », tient à rappeler le spécialiste. Or le seul moyen de connaître l’impact de la maladie est de réaliser un examen visuel de tous les pieds des vaches. « Cela peut se faire pendant la traite, méthode utilisée dans le cadre de nos essais, mais qui n’est pas applicable à grande échelle car trop long et trop contraignant », estime Thomas Aubineau. « On mesure alors l’intérêt qu’aurait un outil de mesure de la prévalence intra-troupeau pour améliorer le conseil apporté aux éleveurs, dans un souci d’efficacité épidémiologique et économique. »

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