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Des trésors agronomiques bien cachés

La bibliothèque patrimoniale d’Agrocampus Ouest, située à Rennes (35), rassemble plus de 30 000 références, dont des ouvrages remontant au XVIe siècle.

« C’est la plus belle bibliothèque de Rennes, depuis l’incendie de celle du Parlement en 1994 ». C’est ainsi que Sophie Levert, responsable du service commun de documentation d’Agrocampus Ouest, décrit les lieux. D’un style classique, cette bibliothèque humaniste du XIXe siècle, avait déjà sa place toute destinée dans les plans de la « masure », bâtisse élégante et imposante le long de la route de Saint-Brieuc, construite par l’architecte rennais Jean-Marie Laloy. La bibliothèque existe donc en ces lieux depuis 1896. Elle est organisée sur deux niveaux, avec un bel écrin de rayonnages en chêne qui apporte un supplément d’âme à cet intérieur richement meublé. On y accède par une coursive et deux escaliers. Un garde-corps en fer forgé à l’aspect patiné forme un duo gagnant avec l’association du bois, matériau qui n’a nécessité aucune restauration depuis sa création, si ce n’est de grands travaux de dépoussiérage à programmer de temps en temps… Un travail titanesque effectué ces deux dernières années qui a laissé des souvenirs à l’équipe responsable de ces lieux !

Vue d’ensemble de la bibliothèque.

Un traité d’agronomie de 1571

Les deux salles initiales se sont vues dotées d’un espace adjacent en 1920, par manque de place, dans lequel a été conservé le mobilier ancien du bureau de professeur de botanique qui y résidait : meubles à clapet pour conserver les herbiers et les graines, vitrines qui abritent maintenant les plus anciens ouvrages…
C’est peu dire que le décor fait voyager dans le temps, mais la véritable valeur de la bibliothèque est constituée par les trésors qu’elle recèle. Agriculture, machinisme, industrie, botanique… 30 000 documents — ouvrages et périodiques — constituent ce fonds patrimonial, comprenant des ouvrages remontant au XVIe siècle dont le plus ancien, un traité d’agronomie en date de 1571 a été écrit par Messer Augustin Gallo, un agronome italien.

Toutes les références sont enregistrées dans une base documentaire universitaire. Cette collection s’est constituée rapidement, avec l’arrivée de 10 000 ouvrages du fonds documentaire de l’École nationale d’agriculture de Grand-Jouan, transférée à Rennes à la fin du XIXe siècle, ainsi que ceux de l’Institut national d’agronomie de Versailles, créé en 1850 et fermé deux années plus tard pour raisons budgétaires. Depuis, les dons et quelques acquisitions abondent ce trésor. Récemment, le fonds ancien de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA) y a été recueilli.

Planches sur l’anatomie du porc,
garnies de languette sur chaque organe, datant du début du XXe siècle.

Des ouvrages parfaitement conservés

Le bâtiment ancien permet de maintenir une ambiance idéale pour la conservation des ouvrages. Ici, pas de climatisation, mais une température constante autour de 18 °C et 50 % d’humidité, qui permet au papier de passer les siècles sans casser ni se transformer en poussière. « Si le papier chiffon (à base de lin et de chanvre) a été utilisé jusqu’au XVIIe siècle, le papier bois qui a pris la relève vieillit moins bien dès que les conditions d’ambiance se dégradent… » Alors, parmi les ouvrages mis en exergue en ce jour, Sophie Levert présente un traité d’iconographie du genre Camellia, paru en 1841. Une collection complète de trois tomes recueillant 350 variétés avec des gravures sur cuivre rehaussées à la main. « C’est un objet d’une qualité exceptionnelle et nous ne sommes qu’une dizaine au monde à pouvoir profiter de la collection complète », précise-t-elle. « Ces ouvrages botaniques peuvent avoir des usages encore intéressants à l’époque contemporaine, contrairement à d’autres données plus obsolètes, mais qui contiennent quant à eux une valeur artistique et historique », à l’instar du traité de génie rural paru en 1871 qui recense les instruments et machines agricoles avec des gravures en noir et blanc avec une précision d’une grande finesse. Ou ces documents du début du XXe siècle avec des planches sur l’anatomie du porc, garnies de vignette et de languette sur chaque organe. Le début de la 3D pour enseigner autrement…

Le fonds patrimonial conserve également des revues scientifiques et de vulgarisation, ainsi que des journaux, dont la collection entière de votre journal Paysan Breton, depuis sa création.

À travers les guerres
Si pendant la Première Guerre mondiale, le bâtiment a servi d’hôpital et de centre de rééducation pour les agriculteurs revenus du front mutilés, la bibliothèque n’a pas subi de dommages. Durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a été utilisé par l’armée allemande, puis par l’armée anglaise. Suite à ces réquisitions, l’inventaire papier a mis en évidence de nombreuses pertes de ce fonds patrimonial…

En savoir plus : Ouverte sur demande pour les chercheurs universitaires, la bibliothèque ouvre ses portes au grand public lors des journées du patrimoine (19-20 septembre).

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