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Peste porcine africaine, un jeu de domino fascinant

Le dossier de la peste porcine africaine (PPA) est complexe, inquiétant, et loin d’être refermé. Il nous entraîne dans un jeu de domino fascinant.

Le virus de la PPA est extrêmement sournois, virulent et tenace, et se propage de multiples façons. En 50 ans de recherche, les scientifiques n’ont toujours pas réussi à mettre au point un vaccin capable de limiter ou d’anticiper la propagation de la maladie. Nous parlons de la plus grande épidémie animale de l’histoire.

Personne n’est à l’abri

En Chine, où la situation a dépassé toutes les anticipations, la meilleure façon de protéger l’industrie porcine consisterait à surveiller et contrôler les germes de chaque porc, de chaque personne et de chaque produit entrant et sortant des exploitations. C’est oublier que la moitié des producteurs chinois élèvent moins de 500 porcs chacun. Et que transformer les 26 millions de porcheries chinoises en véritables installations de confinement biologique est tout simplement impossible. C’est pourquoi, malgré les mesures de prévention et de contrôle, la peste porcine africaine a continué de s’étendre en Asie. Le Vietnam, les deux Corée, le Cambodge, sont parmi les derniers pays où la maladie a été identifiée. Personne n’est à l’abri. Le virus a ainsi été détecté dans des produits de porc chinois confisqués par des agents des douanes en Australie, au Japon, ou en Irlande du Nord par exemple.

La PPA devient endémique dans certains pays européens

La maladie est aussi recensée en Europe, dans des pays où elle apparaît la première fois ou récidive. D’ailleurs selon Matthew Stone, directeur général adjoint de l’OIE [1], la PPA est en train de devenir endémique dans certains pays européens, notamment en Europe de l’Est. On pense à la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Moldavie, la Roumanie, la Serbie et la Slovaquie. Plus près de nous, la Pologne ou la Belgique nous rappellent que nous sommes cernés, avec ce que cela représente en termes économiques…

Une marge de croissance pour la volaille et le bœuf

L’Asie, souvent citée comme relais de croissance des productions animales, risque donc de passer au flexitarisme par obligation. En effet, le recul des cheptels porcins en Chine et dans les pays satellites ne pourra pas être compensé par une hausse de la production de porcs, ni même de volailles ou de viande bovine ailleurs dans le monde. En 2018, les exportations mondiales de viande de porc ont atteint 8,4 Mt et devraient atteindre 10,4 Mt en 2020. Or entre 2018 et 2020, la production chinoise aura diminué de 20 Mt !

En ce qui concerne la volaille ou le bœuf, la consommation chinoise est bien inférieure à celle de nombreux pays occidentaux. Il existe donc une marge considérable de croissance pour ces deux viandes dans le régime alimentaire. On estime que la consommation de volailles pourrait y croître de 2 Mt en 2020, dont seulement 0,15 Mt apportée par les importations. Quant à la viande bovine, les achats à l’extérieur pourraient augmenter de 0,5 Mt l’année prochaine. On le voit, le compte n’y est pas, et autant dire que personne ne peut relever le défi. Du coup, l’USDA table sur un déclin de 12 % de la consommation des trois types de viande/habitant en Chine l’an prochain. Au Vietnam, le recul serait seulement de 2 %.

Les USA et le Brésil prêts à répondre à la demande

Quoi qu’il en soit, les pays indemnes de la maladie et capables d’accroître rapidement leur cheptel vont répondre présents. Sur les rangs, en dehors d’une UE aux capacités limitées, on trouve les USA et le Brésil. Ces deux pays sont aussi les premiers exportateurs de maïs et de soja, et voient là une occasion de valoriser des matières premières pour lesquelles ils se livrent une bataille délétère en termes de prix, sur les marchés mondiaux.

Impact sur la volatilité des cours
Rappelons-nous que les pandémies sont sans doute la principale cause de volatilité des cours des produits animaux mais aussi des matières premières. Aux USA, la demande intérieure de maïs et soja pourrait ainsi être plus dynamique qu’actuellement prévue dans les bilans. Aujourd’hui déjà, le prix du maïs flambe dans le sud du Brésil où sont produites les volailles exportées sur le marché chinois. Et les choses ne s’arrêteront pas là, avec des exportations brésiliennes de viande de bœuf ayant augmenté de 23 % au cours des 10 premiers mois de 2019.

On peut donc dire que pour les deux/trois prochaines années, et tant que la pandémie ne se propage pas au continent américain, ce sont les pays producteurs de matières premières qui reprendront la main sur le marché des grains, pour leur propre consommation. Le négoce mondial du maïs et du soja pourrait donc subir une contraction en termes de flux qui ne sera pas forcément le reflet d’une moindre demande mondiale en produits animaux, mais plutôt d’une relocalisation de leur production.

[1] Organisation mondiale de la santé animale

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