Découvertes

À la barre des agriculteurs de la mer

Son métier d’ostréiculteur le passionne. Naturellement, Philippe Le Gal s’est donc investi, il y a une vingtaine d’années, au sein de l’organisation interprofessionnelle réunissant les différents acteurs de la filière en Bretagne Sud. L’homme y a démontré qu’il savait tenir un cap et naviguer en équipage. Le mois dernier, il a été élu par ses pairs à la présidence du Comité national de la conchyliculture. Rencontre.

La route, étroite, serpente à travers la campagne morbihannaise roussie sous le soleil d’été. Un dernier virage et la rivière de Pénerf se dessine au bout de la chaussée qui paraît plonger dans l’océan. Port-Groix est un cul-de-sac. Ou plutôt une porte ouverte sur la mer. Et c’est ici que, comme son père et son grand-père avant lui, Philippe Le Gal a choisi d’exercer son métier d’ostréiculteur. « J’ai un cadre de vie plutôt sympathique, confie-t-il, l’œil bleu rieur. Et j’adore ce que je fais. Vous captez une jeune huître grosse comme une tête d’épingle et ensuite, pendant trois ou quatre ans, vous l’élevez avant de la commercialiser. L’ostréiculture est une profession où l’on voit véritablement le fruit de son travail. C’est très valorisant ! »

Ce quinquagénaire, qui se définit comme « un agriculteur de la mer », a rejoint son père au sein de l’entreprise familiale en 1992, après des études de comptabilité. L’affaire s’est développée au fil des ans. Mais Philippe Le Gal est toujours resté fidèle à son mode de commercialisation : la vente directe sur les marchés locaux et les expéditions en période de Noël, ces dernières représentant la majeure partie du chiffre d’affaires.

Philippe Le Gal, ostréiculteur à Port-Groix, sur la commune de Surzur (56), préside le Comité national de la conchyliculture depuis juin dernier.
Philippe Le Gal, ostréiculteur à Port-Groix, sur la commune de Surzur (56), préside le Comité national de la conchyliculture depuis juin dernier.

L’agriculture soupçonnée à tort

Son engagement pour la défense de la profession remonte à 1995. Cette année-là, le classement sanitaire des zones de production conchylicole fait son apparition. Une répartition en quatre catégories, de A qui permet une consommation humaine directe, à D où la commercialisation est interdite, en passant par les intermédiaires B et C qui imposent des mesures de purification ou de reparcage avant la mise en marché. « Ici, en rivière de Pénerf, nous nous sommes retrouvés en zone B alors que nous étions persuadés que nous serions en A… » Ce classement sonne comme un coup de semonce. « Nous avons pris conscience de la fragilité de notre environnement et de la nécessité de surveiller ce qui se passait autour de nous ».

Philippe Le Gal se saisit du dossier à bras-le-corps. Et commence à échanger avec les agriculteurs. « Durant les trois ou quatre premières années, c’était un peu chaud, reconnaît-il. Nous étions au début de la réflexion sur la création du parc naturel régional du Golfe du Morbihan. Aussi bien chez les ostréiculteurs que chez les agriculteurs, il y a des caractères forts et passionnés. Il nous a parfois fallu un peu de temps avant de réaliser que l’on employait des mots différents pour parler des mêmes choses. Quand nous évoquions les coliformes fécaux, eux raisonnaient nitrates… »

L’association Cap 2000, qui regroupe conchyliculteurs, agriculteurs et pêcheurs de Bretagne Sud, voit alors le jour. « Nous avons travaillé ensemble. Et, au final, il est apparu que c’était l’urbanisation et non l’agriculture qui était la source de nos problèmes. Le lisier épandu par le paysan sur sa terre est absorbé. Mais quand les eaux usées d’une habitation sont connectées aux eaux pluviales, là, tout finit à la mer ! » Après 22 années de bataille, les réflexions communes et les travaux menés sur les réseaux d’assainissement ont finalement porté leurs fruits. L’an dernier, 14 zones morbihannaises, dont celle de Port-Groix, sont ainsi remontées de catégorie B en catégorie A. « C’est un travail de fond. Sur la durée de ce dossier, j’ai vu passer 9 préfets différents… Cela démontre que rien n’est jamais perdu. Mais il faut continuer à être mobilisés. Nous sommes à la merci d’une pollution qui peut tout remettre en cause ».

Armor, Argoat, memes tra !

Membre du Comité régional de la conchyliculture de Bretagne Sud depuis 1997, Philippe Le Gal en a été le vice-président durant 10 ans puis le président à compter de 2014. « J’aime ce travail de représentation où l’on peut agir concrètement sur les choses. Mon métier de base demeure bien sûr de produire des huîtres mais j’ai appris à maîtriser les différents rouages de l’interprofession. Je me suis tissé un bon réseau au niveau français et européen ».

Début juin, ses pairs l’ont porté à la tête du Comité National de la conchyliculture (CNC), la structure nationale. Une belle reconnaissance pour le Morbihannais. Et un sacré défi également. Car si la situation est désormais apaisée au sein d’un CNC qui fut par le passé sujet à des turbulences, les dossiers à fort enjeu pour l’avenir ne manquent pas. Qualité de l’eau, conflits d’usage de l’espace sur un littoral forcément très convoité, simplification et dynamisation de la mise en marché… Les agriculteurs de la mer et leurs cousins des terres ont décidément beaucoup en commun. Armor, Argoat, même combat !

Jean-Yves Nicolas

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