Le sexage dans l’œuf pour éviter la naissance de poussins mâles

Des recherches sont en cours pour permettre de détecter le sexe des volailles dans l’œuf ce qui permettrait d’éliminer les œufs mâles de souche ponte avant l’éclosion - Illustration Le sexage dans l’œuf pour éviter la naissance de poussins mâles
Des recherches sont en cours pour permettre de détecter le sexe des volailles dans l’œuf ce qui permettrait d’éliminer les œufs mâles de souche ponte avant l’éclosion
La sélection a tellement travaillé sur les performances des pondeuses que les poussins mâles ne sont pas intéressants en filière chair. Pour des raisons de bien-être animal la filière s’interroge sur les solutions alternatives dont le sexage dans l’œuf.

Les souches de pondeuses utilisées pour la production d’œufs de consommation sont peu performantes en termes de croissance et de conformation de carcasse, ce qui conduit à l’élimination des poussins mâles. Cette élimination systématique est remise en question au nom du bien-être animal. L’ensemble de la filière s’interroge sur les scénarios alternatifs : faisabilité, coûts, valorisation des produits, acceptation sociétale ? Les deux principales alternatives sont le sexage dans l’œuf, pour écarter les œufs avec un mâle et l’élevage des poussins mâles. Des solutions de sexage dans l’œuf sont en cours de développement dans plusieurs pays. Leur mise en place à échelle industrielle dépendra de la fiabilité du processus de détection et de la non-dégradation du taux d’éclosion.

Des expérimentations sont en cours

Des recherches et des expérimentations sont en cours, en Europe et dans le monde, sur des alternatives à l’élimination des poussins mâles. « Ces recherches portent principalement sur le sexage dans l’œuf, l’influence sur le sexe ou le sex-ratio. La détection du sexe dans l’œuf (ou “in ovo”) permet d’éliminer les œufs mâles avant l’éclosion. Plusieurs méthodes sont en cours de développement. Ces méthodes se différencient selon le moment de l’intervention (âge de l’embryon) et la méthode de détection : invasive (trou dans l’œuf) ou non invasive (la coquille reste intacte) », explique Romaric Chenut, ingénieur à l’Itavi. L’alternative qui consiste à influencer sur le sexe ou sur le sex-ratio ne semble pas applicable à court ou moyen terme (pour des motifs techniques et éthiques). Parmi les options de sexage dans l’œuf, celle ayant recours à la modification génétique est très mal perçue. L’option de tri après 10 jours, même si elle apparaît plus acceptable qu’une manipulation génétique, reporte sur l’embryon la problématique de l’élimination des poussins (il est communément admis que l’embryon Gallus Gallus développe une sensibilité à partir de 10 jours). Ces deux options ne sont pas envisagées par les professionnels. Les deux options de tri avant 10 jours apparaissent à la fois faisables techniquement et acceptables.

Des recherches protégées par le secret industriel

Les activités de recherche et développement autour du sexage in-ovo constituent un enjeu stratégique et sont en partie protégées par le secret industriel. « Deux méthodes font actuellement l’objet de recherches approfondies. La méthode par spectroscopie Raman (à 3 jours d’incubation, invasive), développée en Allemagne par l’université de Leipzig. Cette méthode consiste en la projection d’un rayon de lumière à l’intérieur de l’œuf, permettant de détecter la différence entre l’ADN mâle et femelle. Le processus est le suivant : à 72 heures l’œuf est sorti de l’incubateur ; un trou de 10 mm est percé dans la coquille (le trou doit être de 3 mm à terme) ; un rayon infrarouge NIR (Near Infrared Spectroscopy) est projeté dans l’œuf avec un temps de mesure de 10 à 20 secondes. Les œufs identifiés femelles sont scellés avec un tissu biocompatible et sont replacés dans l’incubateur, les œufs mâles sont écartés », décrit Romaric Chenut. La fiabilité de la méthode est estimée entre 85 et 95 % selon les sources, l’objectif annoncé étant 95 %. Il est en revanche difficile d’obtenir des informations sur une éventuelle dégradation du taux d’éclosabilité. La rapidité de la mesure, qui est capitale pour l’industrialisation du process, devrait permettre de sexer les œufs à un rythme suffisamment élevé pour que la méthode puisse être utilisée dans les couvoirs commerciaux.

L’autre méthode qui se fait par détection de substances indicatrices du sexe (à priori non invasif) est développée aux Pays Bas et en France. La détection du sexe se fait à 9 jours d’incubation. Les techniques étudiées consistent en la détection et l’analyse de substances qui permettent de déterminer le sexe de l’embryon. « Aux Pays Bas l’étape expérimentale est terminée et un prototype permettant de traiter les œufs au couvoir serait en cours de fabrication. En France l’expérimentation en laboratoire commence, avec un objectif de fiabilité de la détection à 90 %. L’avantage de la méthode non invasive est de ne pas (ou moins) dégrader le taux d’éclosion et de réduire le risque sanitaire », conclut l’ingénieur de l’Itavi.


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