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Un lieu à la mémoire de la pêche en Islande

Le musée Mémoire d’Islande à Ploubazlanec (22) retrace l’histoire de la grande pêche à la morue. Les visiteurs y découvrent la vie des hommes et des femmes à cette époque au travers des collections d’objets et de documents confiés par des descendants de pêcheurs, soucieux de raconter la vie de leurs ancêtres.
Alexandre Porteneuve, assistant conservation pour l’association Plaeraneg Gwechall
Alexandre Porteneuve, assistant conservation pour l’association Plaeraneg Gwechall

La pêche à la morue a été une activité majeure sur les côtes nord de la Bretagne du XVIe siècle jusque dans les années 1930. « C’est en 1926 que le dernier Terre-Neuvier (bateau pêchant à Terre-Neuve) appareille dans le port de Paimpol. La pêche morutière, nommée aussi grande pêche, se pratiquait sur la côte de Terre-Neuve mais aussi au large de l’Islande. Les pêcheurs embarquaient, souvent au péril de leur vie, par ces longs mois de campagne qui les conduisaient à pêcher sur ces zones exceptionnellement poissonneuses », raconte Alexandre Porteneuve, assistant conservation pour l’association Plaeraneg Gwechall qui valorise la mémoire de la grande pêche dans le pays de Paimpol et qui a créé le musée Mémoire d’Islande à Ploubazlanec en 1994. Depuis cette année, le musée a intégré de nouveaux locaux et fait partie du centre de découverte maritime Milmarin.

La pêche payait deux fois plus que l’agriculture

La morue présente de nombreux avantages : c’est un poisson très prolifique, vorace et son abondance à Terre-Neuve ou en Islande en fait une prise privilégiée des pêcheurs car relativement facile à capturer. Une fois pêché, le poisson est nommé cabillaud s’il est vendu frais, morue ou bacalhau s’il est travaillé (salé et séché) et morue verte s’il est seulement salé. « Une fois salée et séchée, la morue est facilement transportable et se conserve bien à la chaleur. Elle devient une source de protéines relativement bon marché accessible aux couches populaires et particulièrement à la population rurale », rappelle Alexandre Porteneuve.

Les hommes qui s’engagent dans l’aventure de la grande pêche le font par nécessité, les salaires dégagés à l’occasion d’une bonne pêche sont plus élevés que ceux de paysans ou artisans. « En 1854, le salaire d’un ouvrier agricole est de 2 500 francs pour 300 jours de travail. À la même époque et pour la même durée de travail, la grande pêche assure un salaire compris entre 5 000 et 6 000 francs. » Il est donc très fréquent que des pêcheurs professionnels, petits artisans, ouvriers agricoles partent pêcher à Islande et reprennent leur activité au retour de la campagne morutière.

Le mur des disparus en mer qui se trouve dans le cimetière de Ploubazlanec permet de garantir l’accès à la mémoire de la grande pêche.
Le mur des disparus en mer qui se trouve dans le cimetière de Ploubazlanec permet de garantir l’accès à la mémoire de la grande pêche.

Des conditions de vie très dures

La pêche à Terre-Neuve est différente de celle d’Islande. La pêche la plus ancienne à Terre-Neuve se pratique le long des côtes avec des chaloupes embarquant entre 5 et 8 hommes. Les poissons sont ensuite vidés, salés et séchés à terre. La pêche errante, née à Terre-Neuve au XIXe siècle, se fait au large sur les bancs avec un gros bateau à l’ancre qui sert d’usine pour travailler et traiter le poisson. De petits bateaux, appelés doris, servent à pêcher le poisson. En Islande, la pêche se faisait à bord de goélettes de type paimpolaise en dérive, les hommes se plaçaient le long du bord, face au vent, afin que leurs lignes ne passent pas sous le navire. Cette position rend l’action de pêche très pénible : il faut constamment subir les assauts du vent glacial chargé de neige ou d’embruns.

« Que ce soit en Islande ou à Terre-Neuve, les conditions de vie sont extrêmement dures : danger permanent, froid intense, humidité constante et plaies aux mains comptent parmi les maux quotidiens des pêcheurs. Les conditions de logement sont épouvantables : promiscuité, saleté extrême, mauvaises odeurs, humidité, pénombre et absence totale d’hygiène », décrit Alexandre Porteneuve. Une journée de pêche dure en moyenne entre 15 et 18 heures. Elle est bien plus longue lorsque le poisson donne. À la fin de la journée, les hommes sont si exténués qu’ils s’écroulent dans leurs couchettes encore tout habillés, mouillés et couverts de restes de poissons. « Les repas sont trop peu variés pour égayer le moral. Reste l’alcool, dont la distribution à bord dépasse constamment les doses prescrites. De nombreux observateurs se scandalisent de ces pratiques. »

Maquette de la goélette Aurore de type paimpolaise. Cette goélette de 25 m de long fut construite à Paimpol pour la pêche en Islande.
Maquette de la goélette Aurore de type paimpolaise. Cette goélette de 25 m de long fut construite à Paimpol pour la pêche en Islande.

Six mois en mer

L’armement et les préparatifs du départ pour une campagne qui va durer six mois provoquent une grande animation sur le port de Paimpol. Le départ et le retour des goélettes constituent des moments très marquants dans la vie des pêcheurs d’Islande et de leurs familles. « Les épouses, les fiancées, les sœurs, les filles, toutes viennent aider à la préparation et au transport de l’équipement du marin. Elles assistent ensuite au départ des goélettes. L’émotion est forte car le risque de non-retour est connu et intégré par tous. » Sur les 83 années de pêche en Islande au départ du port de Paimpol, environ 2 000 personnes ont perdu la vie suite à ces campagnes successives soit un taux de mortalité de 2,8 %. Au total, 120 goélettes ont fait naufrage dont 70 perdues corps et biens.

D’ailleurs dans le cimetière de Ploubazlanec, le mur des disparus en mer permet de garantir l’accès à la mémoire de la grande pêche. D’autres lieux sur la commune sont aussi liés à l’histoire de la pêche à la morue comme la croix des veuves située sur un promontoire dominant les îles de la baie de Paimpol. Selon la fiction du roman de Pierre Loti « Pêcheurs d’Islande », c’est à cet endroit que les femmes des marins ou partis en mer se retrouvaient pour guetter le retour des goélettes. En réalité, elles y allaient pour les voir partir car leurs activités journalières ne leur laissaient pas le temps d’aller guetter le retour de l’être aimé.

Milmarin-Musée Mémoire d’Islande
16 rue de la Résistance – 22 620 Ploubazlanec 02 96 55 49 34

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