Élevage

Ces éleveurs qui se penchent sur l’abattage à la ferme

Des groupes d’éleveurs dans l’Ouest travaillent sur l’abattage à la ferme « pour donner une mort digne aux animaux sur leur lieu de vie. » La qualité de la viande est aussi un argument développé.

La mort de leurs animaux est un sujet délicat qui préoccupe les éleveurs. Car eux aussi sont sensibles aux images tournées en abattoir, mettant en doute le bon traitement lors de la mise à mort. Dans les pays du nord de l’Europe, des alternatives à l’abattage sur site industriel sont développées : des abattoirs mobiles ou de simples caissons d’abattage sont développés en Suède, en Autriche ou en Allemagne. En France, certains éleveurs réfléchissent sur la question pour pouvoir mettre en place des solutions légales. Ils souhaitent un élevage éthique de la naissance à la mort, mais mettent aussi en avant les aspects de qualité de la viande issue d’un animal non stressé par le transport et le changement de lieu…

Guylain Pageot, éleveur laitier bio, fait partie d’un groupe d’agriculteurs de Loire-Atlantique et Vendée qui mène depuis deux ans une réflexion pour « une mort digne de leurs animaux sur leur lieu de vie. » « Dans un premier temps, nous sommes allés dans un abattoir, nous avons rencontré des agents de la DDPP * et des vétérinaires de terrain », a expliqué l’éleveur lors d’une conférence intitulée « L’abattage à la ferme : quelles perspectives en France ? » dans le cadre du salon La terre est notre métier fin septembre.

Un voyage en Allemagne

« Nous avons aussi organisé un voyage en Allemagne où des pratiques d’abattage à la ferme existent déjà depuis des années. » Là-bas, l’abattage au fusil est pratiqué, mais il n’est autorisé que sur les animaux qui restent toute l’année dehors. « Nous avons aussi visité un élevage où les animaux sont mis dans une contention, sont étourdis avec un matador et sont saignés dans un caisson en lien avec un abattoir qui vient à la ferme. »
Le groupe inclut des éleveurs bovins, ovins, caprins et porcins. Le projet cible aujourd’hui la production bovine et s’oriente pour le moment sur un abattoir de proximité. Il s’est rattaché à l’association « Quand l’abattoir vient à la ferme » rassemblant des éleveurs (400 aujourd’hui), des artisans-bouchers, des citoyens, des chercheurs et des organisations dont la Confédération paysanne qui développe un groupe de travail national sur la relation homme-animal. « Le ministère nous accompagne dans notre démarche car il y a des attentes sociétales sur cette thématique », précise Guylain Pageot. « Nous travaillons aujourd’hui sur un plan de maîtrise sanitaire. »

Aller chercher de la plus-value

Autre initiative en Normandie, avec un groupe d’éleveurs bio qui réfléchit à une unité mobile d’abattage depuis fin 2016. « Aujourd’hui, notre attention se porte plus sur un camion d’abattage à la ferme pour les porcs. Nous avons commencé à chiffrer un projet incluant deux salariés, une tournée sur deux semaines, 10 points d’abattage, un arrêt par jour et 10 porcs par lieu. Le coût serait de 96 €/porc abattu. Le surcoût devra être remboursé par une plus-value liée au bien-être animal et humain », expose Christophe Osmont, éleveur à Coutances (50) dont le plus proche abattoir se situe à 80 km. « La question des déchets doit aussi être posée : doit-on avoir des bacs d’équarrissage sur les lieux d’abattage, comment gérer les eaux usées : dans la fosse à lisier, dans une citerne à destination de la station d’épuration ? » Le groupe travaille en lien avec les services vétérinaires. Un facteur déterminant dans la réussite du projet.

* Au sein des abattoirs, les services vétérinaires de la DDPP (Direction départementale en charge de la protection des populations) ont deux missions : la sécurité sanitaire des viandes produites et la protection des animaux abattus.

Faire évoluer la réglementation
« En France, l’abattage d’animaux de boucherie doit être pratiqué dans un abattoir agréé où est réalisée l’inspection vétérinaire. L’abattage à la ferme, là où les animaux ont été élevés, est actuellement limité à l’abattage d’ovins, caprins, porcins, volailles et lapins pour l’autoconsommation. Cette dérogation ne concerne pas les bovins (y compris les veaux), ni les équidés, et exclut toute commercialisation des viandes », précise le site de l’association « Quand l’abattoir vient à la ferme ». « Il n’est pas fait mention de l’abattoir mobile dans le règlement français ». Le règlement européen (CE) n° 1099/2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort précise qu’il est possible aux États-membres d’établir des règles nationales pour les abattoirs mobiles. « Au niveau européen, nous travaillons sur une méthode qui permettrait de développer l’abattage à la ferme. L’immobilisation avec étourdissement et saignée à la ferme peut être une solution intéressante, moins coûteuse », précise Andrea Fink Kessler, enseignante-chercheuse à l’université de Cassel en Allemagne.

Plus grandes distances des abattoirs

Elisabeth-LecrivainDans les années 1960, il y avait 1 800 abattoirs sur le sol français. Aujourd’hui, on n’en compte plus que 285. Et souvent, ils ne gèrent qu’une seule espèce. Les éleveurs rencontrent donc des difficultés d’éloignement des sites d’abattage, ce qui génère du stress pour les animaux et des allers-retours plus importants. Ces mouvements ne facilitent pas non plus la vente en circuits courts. Les éleveurs travaillant sur l’abattage à la ferme souhaitent respecter leurs animaux jusqu’au bout. Vivre en harmonie avec eux donne du sens à l’élevage. Élisabeth Lécrivain, éthologue et chercheuse à l’Inra

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2 commentaires

  1. Un animal mort reste un animal mort tué à la ferme ou ailleurs. Le manger c’est de la souffrance pour soi. Question d’énergie spirituelle et physique (pure). Evoluons tous changeons montrons que nous sommes ouverts et disposés à ouvrir nos esprits

    1. Si pour toi “évoluer” ça veut dire écrire des âneries pareil sur le net, sérieux remet toi en question.