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“Un monde sans animaux serait une idiotie”

Les éleveurs bretons doivent faire face à des critiques de la part des consommateurs. Jean-Louis Peyraud, de l’Inra, apporte un œil scientifique à ces controverses.

Les controverses autour de l’élevage sont tous les jours d’actualité, et font les gros titres des journaux. « Les cas se multiplient quels que soient les modes de production », illustre André Sergent, président de la Chambre 29. « Nous ne comptons plus les courriers et les plaintes reçues, de personnes pour qui l’élevage n’est que source de problèmes, en occultant le volet économique ». Une conséquence directe est alors observée, avec « des élevages français en diminution quand les Allemands ou les Espagnols progressent ». Mais le président prévient : « Nous devons maîtriser les réponses à apporter et nos évolutions ne pourront que se faire dans un climat serein ».

La vision de la science

Invité à partager son point de vue sur le sujet lors d’une soirée débat à Briec (29), Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique en charge de l’élevage à l’Inra, affirme « qu’il y a controverse quand la science n’a pas donné entière connaissance ». Pour le chercheur, « les critiques proviennent de gens qui ont le ventre plein. L’agriculture bretonne a cherché la productivité maximale, les Bretons ont développé leurs fermes pour garder les enfants au pays », rappelle-t-il.

Le scientifique reprend ensuite un à un des chiffres annoncés par les détracteurs de l’élevage : il faut 15 000 L d’eau pour produire 1 kg de viande. « Si quelque chose se recycle, c’est bien l’eau ! Ces 15 000 L chiffrés comprennent aussi les eaux de pluie arrosant les fourrages ». L’élevage produit 18 % des gaz à effet de serre, soit plus que les transports ? « La FAO estime qu’une baisse de ces émissions est possible grâce à l’élevage. En Europe, depuis les années 70, le cheptel bovin a diminué de 5 millions ».

Que du lait bio pour la Bretagne ?

S’adapter continuellement à la demande des consommateurs est un sujet pris à bras-le-corps par les producteurs, comme le montre l’exemple de la filière œuf. « Nous nous sommes toujours adaptés, mais les producteurs ont du mal à l’entendre s’il n’y a pas de revenu en face », note André Sergent. Pour Guy Le Bars, président d’Even, « les efforts apportés ne sont pas connus des consommateurs ». Il ajoute « En regardant la longueur des linéaires des produits laitiers, il y a énormément de diversité. Nous sentons qu’il faut segmenter, mais attention à la multiplication des étiquettes sur les emballages. Il faut garder des produits lisibles ».

Et Jean-Louis Peyraud de conclure : « Il faut se poser des questions même si elles dérangent, comme une Bretagne dédiée à la production de lait bio, ou encore des cochons qui nourrissent les vaches, avec des lisiers épandus sur les pâtures. Un monde sans animaux serait une idiotie ». L’élevage tient une place cruciale dans une économie circulaire, où l’élevage et les productions végétales sont complémentaires.

Qu’en pense la population ?
Selon une étude menée dans le cadre du projet Accept, et sur 100 citoyens français, 51 % sont qualifiés de progressistes. « Ils soutiennent fortement le bio et les circuits courts, et souhaitent la fin des systèmes intensifs », commente Jean-Louis Peyraud. 24 % sont alternatifs, et apprécient la diversité des systèmes, avec une optimisation de la production standard. Ce sont des mangeurs stables de produits animaux. Les compétiteurs, satisfaits de l’élevage actuel, sont favorables à la compétitivité des exploitations et aux exportations, et ne représentent que 10 %. Enfin, les abolitionnistes demandent un arrêt de l’élevage et de la consommation de viande. Ils représentent 2 %. Les 13 % restant sont sans avis ou non classés dans les autres catégories.
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