C’est quoi une agriculture moderne ?

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L’épanouissement des « paysannes et des paysans » est au cœur du projet du syndicat qui se revendique résolument moderne au regard des attentes de la société.

« Notre projet convient au temps présent ». Éric Duverger, secrétaire général de la Confédération Paysanne Bretagne, parle là du modèle agricole et sociétal. Ce responsable syndical confronte le concept « d’agriculture moderne » à ce que l’on appelle communément « modernisation de l’agriculture ». « Tous les mots ont un sens », dit-il, en ciblant le discours de la majorité qui « parle de modernisation de l’agriculture au travers des nouvelles technologies, du high-tech. Mais cette agriculture est-elle moderne au sens où nous l’entendons ? Nous ne le pensons pas ». Et de déclarer : « Il nous faut convaincre que notre projet est moderne ». Des propos offensifs qui s’inscrivent sans détour dans la perspective des élections Chambre d’agriculture de janvier 2019 pour lesquelles la Confédération paysanne présentera une liste dans chaque département breton.

30 ans perdus

Les adhérents de la Confédération n’ont jamais vraiment partagé ce qu’ils considèrent comme « une fuite en avant » de l’agriculture bretonne conjuguée avec l’agrandissement à tout-va. « Si on nous avait écoutés, nous n’aurions pas perdu 30 ans », estime Jean-Marc Thomas, porte-parole de la Confédération paysanne Bretagne. Et de rappeler que « la Bretagne perd 1/3 de ses paysans tous les dix ans ; que le revenu n’a cessé de stagner et est désormais volatil ; que les exploitations sont de plus en plus fragiles du fait de leur endettement et que les paysans doivent travailler de plus en plus pour rembourser. Bref, le découragement s’affiche de plus en plus autour de nous et le renouvellement des générations devient de plus en plus difficile compte tenu de la valeur des exploitations ».

En phase avec soi-même et la société

Jérôme Jacob, éleveur de porc bio à Quimper (29), estime pour sa part qu’un agriculteur moderne est « un agriculteur en avance sur les attentes de la société tant dans les domaines des produits alimentaires, du territoire, de l’emploi, que de l’environnement ». Jean-Christophe Le Dantec, éleveur laitier conventionnel à Glomel (22), partage cette idée que l’agriculteur doit être en phase avec l’attente de la société. « Depuis quelques années, j’ai l’impression de ne pas aller aussi vite que la société », dit-il, en faisant toutefois part de ses « doutes sur certains systèmes bio extensifs qui demandent beaucoup de travail pour l’agriculteur ».

À quelques kilomètres, à Plouguernével (22), Pierre-Yves Le Panse, a opté avec ses deux associés pour un modèle agricole qu’il considère aussi comme moderne, car proche de ses valeurs qui consistent à mettre « l’humain au cœur du projet ». Avec 25 vaches Bretonnes Pie Noir et 70 porcs Blanc de l’Ouest engraissés par an, sur 53 ha, cet agriculteur bio estime que sa ferme « n’a pas vocation à nourrir le Monde, mais à vendre autour d’elle ». Et de conclure : « Oui, la Bretonne Pie Noir et le porc Blanc de l’Ouest sont modernes au sens où ils nous font vivre, nous assurent l’indépendance financière, nous épargnent des crises et créent de l’emploi ».

Laurent Pinatel Laurent Pinatel

Des agriculteurs épanouis

Aujourd’hui, on vend de la robotique et du numérique aux agriculteurs en leur faisant croire qu’ils vont se libérer. Mais on remplace la fatigue physique par la fatigue psychique. Je considère que l’agriculture paysanne est une agriculture moderne au sens où elle contribue à épanouir les femmes et les hommes. À cet effet, on voit d’ailleurs très rarement des agriculteurs rentrer en agriculture paysanne en sortir. Est-ce que l’agriculture ultralibérale peut à ce point contribuer à l’épanouissement des hommes ?

Laurent Pinatel, président national Confédération paysanne


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