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La fine fleur du blé noir

C’est un emblème de la Bretagne, dont il a nourri la population des siècles durant. Un temps abandonné au profit d’autres cultures, le blé noir retrouve aujourd’hui des couleurs. Rencontre avec des producteurs, au cœur du Pays Melenig, à Elliant (29).

Sur l’horizon, les fleurs blanches se confondent avec le ciel couvert de nuages. La récolte du blé noir est prévue à la mi-septembre, « après 120 jours en terre ». Mais cette année, les plants semblent en avance et atteignent déjà une hauteur respectable. Partout dans la parcelle, des abeilles butinent, assurant ainsi la pollinisation. « Il faut compter une à deux ruches par hectare. Il y a une grosse demande des apiculteurs car le miel de blé noir est très apprécié », soulignent Nicolas et Stéphane Postic. Ces deux frères finistériens sont des pionniers du blé noir, « fausse » céréale, cousine de l’oseille et de la rhubarbe, que l’on appelle également sarrasin. « Nous en faisons depuis 20 ans. Et avec une centaine d’hectares plantés, nous sommes aujourd’hui parmi les premiers producteurs de Bretagne », précise l’aîné, Nicolas.

Une spécialisation qui est aussi le fruit de l’évolution de leur exploitation. Installés respectivement en 1992 et 1993, Nicolas et Stéphane, associés en Gaec, ont repris l’exploitation laitière familiale. « Nos parents avaient une ferme d’une cinquantaine d’hectares et un quota de 200 000 litres ». En reprenant la ferme de leur grand-père puis celle d’un voisin, Nicolas et Stéphane vont développer leur atelier lait. Puis en 1995, le siège de l’exploitation étant entouré de maisons, ils décident de le transférer au milieu de leurs terres, sur la commune d’Elliant.

L’arrêt du lait

« Ici, nous avons toujours fait du lait avec ce qui était produit sur la ferme, rappelle Stéphane. Et, au fil du temps, nous nous sommes rendu compte que nous utilisions de plus en plus d’herbe et de moins en moins de maïs ». Aussi, en 2000, lorsque leur laiterie se met en quête de lait bio, les deux frères décident-ils de franchir le pas. « Cela ne représentait pas un grand changement pour nous, les pratiques étaient déjà là ». Quelques années plus tard, nouveau changement d’orientation.

« Nous souhaitions nous libérer du temps en prenant un deuxième salarié. Cela passait par une augmentation de la production. Nous avons donc interrogé notre laiterie ». Face à l’absence de réponse, les deux frères engagent une réflexion sur le devenir de leur exploitation. Un audit est réalisé ainsi qu’une projection à 10 ans. La conclusion est sans appel. Nicolas et Stéphane arrêtent la production laitière en 2010 et se concentrent sur leurs cultures.

Isabelle Perrin, chargée de clientèle   agricole au CMB, Rosporden
Isabelle Perrin, chargée de clientèle agricole au CMB.

Des choix stratégiques audacieux

Les frères Postic ont fait des choix stratégiques audacieux qui ont nécessité une solidité financière. Ces choix permettent aujourd’hui au Gaec de valoriser ses productions bio au niveau local. En tant que partenaire financier, nous travaillons en confiance et en anticipation des besoins annuels. Les investissements sont principalement motivés par la maîtrise des charges et l’amélioration des conditions de travail.Isabelle Perrin, chargée de clientèle agricole au CMB, Rosporden

Le retour du sarrasin

« Nous vendions déjà un peu de blé noir à un meunier, nous avions donc des contacts ». Les deux frères étoffent peu à peu leur réseau, profitant du retour en grâce du sarrasin. Car son utilisation ne se cantonne pas aux seules galettes traditionnelles, désormais on trouve aussi du whisky, de la bière, des gâteaux apéritifs et des pâtes au blé noir ! Pour proposer un produit de qualité, le Gaec s’est doté d’un séchoir à basse température. « Dans un équipement conventionnel, on avoisine les 110 degrés. Cela modifie la structure de l’amidon. Ici, la température est de 50 degrés ».

Un détail qui a toute son importance : en effet, les crêpiers sont prêts à payer plus cher pour avoir une farine qui leur « garantit » de réussir de bonnes galettes… Le séchoir est alimenté par une chaudière à plaquettes de bois. Là encore, il s’agit d’un choix raisonné : « Par rapport au gaz, cela représente pour nous une économie annuelle de 10 000 € ».

Le séchoir, alimenté par une chaudière à plaquettes de bois, fonctionne à basse température, ce qui permet de préserver l’amidon.
Le séchoir, alimenté par une chaudière à plaquettes de bois, fonctionne à basse température, ce qui permet de préserver l’amidon.

Pas de la petite bière

Sur les 250 hectares de SAU de l’exploitation, il y a quelque 200 hectares de cultures. Aux côtés du blé noir, on trouve également du blé et des pois – « pour nourrir les animaux en circuit court, tout est vendu dans un rayon de 50 kilomètres », et de plus en plus d’orge. « Nous travaillons beaucoup avec la brasserie finistérienne Britt qui recherche des produits bio locaux. Avec trois autres agriculteurs des environs, nous leur fournissons de l’orge brassicole ». Un nouveau débouché apparu il y a quatre ans et qui s’est rapidement développé. « Il faut être ouvert et attentif à toutes les évolutions ».

Dans le même esprit, cette année, les frères Postic ont tout semé en non-labour pour la première fois. « Pour l’orge et le blé noir, cela a été concluant. Pour le blé, moins… Mais on a économisé 1 200 litres de carburant ». À travers la diversité de leurs nouvelles productions, Nicolas et Stéphane Postic se sont constitués différents réseaux. « C’est enrichissant, il y a des échanges, on regarde ce qui se fait par ailleurs. Et puis, surtout, c’est là que l’on voit la finalité de ce que l’on produit ». Une bonne galette de sarrasin accompagnée d’une bière artisanale bretonne bien fraîche, voilà qui est plutôt motivant, non ?

Jean-Yves Nicolas

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