Élevage

Porc : combattre l’œdème et gagner en performance

Le groupement de producteurs Prestor a lancé une étude sur plusieurs élevages utilisant le vaccin Ecoporc Shiga contre la maladie de l’œdème. Avec à la clé des effets inattendus sur les performances techniques.
Paul Creac’h estime que « la vaccination permet d’économiser un temps de surveillance souvent plus important ».
Paul Creac’h estime que « la vaccination permet d’économiser un temps de surveillance souvent plus important ».

La maladie de l’œdème peut être déroutante par sa virulence, son apparition soudaine et ses lourdes conséquences. « La maladie est aussi ancienne que le cochon. Son expression connaît un pic en post-sevrage. Une de ses particularités est de ne pas induire de fièvre ; et si des signes nerveux sont observés sur les animaux sans montée de température, il y a un risque de maladie », reconnaît Agnès Jardin, vétérinaire chez IDT Biologika, laboratoire qui a développé et qui commercialise depuis 2013 le vaccin Ecoporc Shiga. Pour évaluer la réponse vaccinale à la maladie, le groupement Prestor a lancé une étude de suivi de 2 ans ½. Des améliorations ont été observées dans les élevages utilisant cette vaccination.

Intervenir en 1 fois
Paul Creac’h, directeur des ventes chez IDT Biologika, chiffre à « 12 % le nombre de cochons nés en Bretagne et vaccinés. D’autres mesures, notamment la maîtrise des facteurs de risque existent, mais ne solutionnent pas le problème durablement. La vaccination permet d’intervenir en 1 fois, prend du temps mais permet d’économiser un temps de surveillance souvent plus important. Enfin, il n’y a pas d’effet race : le Danemark, avec des élevages exclusivement composés de Duroc, ont aussi ces mêmes problèmes ».

Gain en IC et GMQ

Hervé Pelleau, Prestor, a présenté les résultats de l’étude menée chez 5 éleveurs de porc.
Hervé Pelleau, Prestor, a présenté les résultats de l’étude menée chez 5 éleveurs de porc.

L’étude, qui se portait à l’origine sur 12 élevages, a ensuite été poursuivie chez 5 producteurs. « Certains éleveurs ont changé leur génétique en truie, vendu des porcelets ou ont arrêté ponctuellement leur vaccination. Ils ont alors été écartés de l’expérimentation », explique Hervé Pelleau, responsable technico-économique du groupement. Sur les 5 exploitations retenues, 4 ont une conduite en 7 bandes, 1 en 5 bandes. Le taux de pertes moyen en post sevrage de ces élevages s’élevait à 5,9 % avant la mise en place de la vaccination. Après le T0, c’est-à-dire à la mise en place du protocole, « les pertes ont baissé de 3,2 %. Sur le long terme, le taux de perte est de 2,6 % », chiffre le responsable.

Si la mortalité a baissé, d’autres mesures sont venues plaider en faveur de la vaccination. Ainsi, les performances en post-sevrage ont été améliorées. « Le GMQ moyen 8-30 est passé de 467 grammes avant vaccination à 472 grammes, soit un gain de 5 grammes. L’indice de consommation a diminué de 0,11, passant de 1,83 à 1,72. En engraissement, le taux de perte a baissé de 0,9 % et le GMQ a augmenté de 26 grammes, pour une diminution de l’IC de 0,12 ». Danièle Autret, vétérinaire Prestor, rappelle que la maîtrise de nombreux facteurs de risque requiert une grande vigilance au quotidien qui est usante pour les éleveurs. Cette étude économique montre que la maîtrise de la maladie par la vaccination a un impact non seulement sur les pertes mais aussi sur une amélioration des performances zootechniques.

Soit un total de 6 € par porc, le gain net est donc de 4,6 €, en prenant en compte le coût du vaccin et de l’économie en autres frais.
Soit un total de 6 € par porc, le gain net est donc de 4,6 €, en prenant en compte le coût du vaccin et de l’économie en autres frais.

Apparue en engraissement, descendue en post-sevrage

Jean-Jacques Breton est producteur de porc sur Sizun (29) et un des associés de la SCEA de Kerroc’h. La maladie a été diagnostiquée par sa vétérinaire Danièle Autret en juillet 2014, avec « une mortalité anormale de 5 % en engraissement. Les symptômes sont ensuite descendus en post-sevrage, sur des animaux de plus en plus jeunes », explique l’éleveur. Après plusieurs échecs dans la stratégie de contrôle, passant par des antibiotiques injectables ou une sécurisation digestive, un sentiment d’insécurité s’installe. La vaccination est mise en place en novembre 2014. « J’ai commencé à vacciner les animaux de 21 jours. C’est un investissement important de 18 000 € pour l’élevage, qui se rentabilise grâce à un retour sur investissement de 5. » (voir tableau)

Des diagnostics difficiles
Si les signes cliniques de la maladie sont identifiables, comme l’apparition « d’œdèmes sur les paupières ou sur le front, des troubles nerveux ou encore des grognements aigus, certains cas sont pétris de doutes, car même après autopsie, peu de lésions peuvent être observées. Des kits de prélèvement existent pour aider au diagnostic de la maladie qui est due à une E Coli produisant la shigatoxine nommée STEC (ShigaToxine E Coli). Cette toxine se fixe sur les cellules de l’intestin et fore les parois des vaisseaux sanguins », précise Agnès Jardin.
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