Cultures

Objectif du désherbage : 100% de réussite

Il faut optimiser les conditions d’application des herbicides, pour que les gouttelettes de pulvérisation atteignent la cible. Interview avec Michel Moquet, Arvalis-Institut du végétal.

Vous parlez de zéro tolérance face aux herbicides. Un objectif difficile à tenir…

Quel que soit le mode de désherbage, chimique ou mécanique, l’objectif est de maintenir 100 % de réussite, pour préserver le capital propreté de ses parcelles. On peut couramment observer plus de 15 à 20 espèces d’adventices dans chaque parcelle, parmi lesquelles il y a 2 à 3 dominantes. Il est important de savoir les reconnaître, connaître leur physiologie. Elles sont toutes nuisibles à différents niveaux : direct, avec un impact sur le rendement ou la qualité, ou indirect, en salissant la parcelle à long terme. Certaines, à fort pouvoir couvrant, comme le gaillet et les graminées en général, seront nuisibles en petite quantité. Pour d’autres, il faudra quelques centaines d’unités au m² pour faire chuter le rendement mais le salissement sera important et deviendra vite incontrôlable. Intervenir lorsque la pression d’adventices est faible est le meilleur garant de la réussite finale de son désherbage.

Quels sont les leviers pour optimiser ses chances de réussite ?

Avant toute chose, il faut rappeler que l’opération de désherbage doit s’inscrire dans un plan global de maîtrise du salissement des parcelles. La pierre angulaire du raisonnement doit rester l’agronomie. Des rotations suffisamment longues, l’alternance de cultures d’hiver et de printemps permettent d’interrompre le cycle des adventices. Le labour occasionnel est très efficace pour réduire le stock semencier des graminées. Dans l’interculture, les faux semis et des couverts bien conduits sont des alliés précieux. Pour le désherbage chimique, il convient d’abord de choisir un produit ou un programme dont le spectre sera adapté aux adventices dominantes de la parcelle. C’est un préalable important. Ensuite, il faut intervenir en général sur des adventices jeunes, avant le stade 2-3 feuilles, sauf pour les vivaces qui nécessitent une surface foliaire suffisante pour absorber le produit. Plus on intervient tard, plus il faut augmenter la dose de produit pour une efficacité équivalente.

desherbage-facteur-reussite

En ce qui concerne les conditions météorologiques, tout dépend du mode d’absorption du produit (voir tableau). On recherche en général des conditions poussantes, favorables à l’absorption de l’herbicide par les adventices. Il convient aussi de choisir le meilleur moment d’intervention dans un souci de sélectivité par rapport à la culture en place. La culture n’est pas la cible de l’herbicide mais elle en absorbe également et devra donc le détoxifier. Pour cela, il faut que les conditions météo des jours qui suivent le traitement soient aussi favorables que ceux au moment de l’application.

Pour le vent, le respect de la limite réglementaire de 3 Beaufort (12 à 19 km/h) permet de limiter les risques de dérive et de perte de produit. A noter que l’utilisation de buses anti-dérives ne permet pas de s’affranchir de cette contrainte.

Comment peut-on différencier un problème de résistance d’un simple échec de désherbage ?

Avant de conclure à la présence d’adventices résistantes dans une parcelle, il faut d’abord s’assurer que le programme de désherbage a été mis en œuvre selon les bonnes pratiques : produit adapté aux espèces d’adventices présentes, dose adaptée au stade des adventices et conditions climatiques optimales lors de l’application. Si on constate une faible efficacité, d’autant plus si celle-ci est répétée dans le temps sur la même parcelle, il y a une forte probabilité de résistance. Dans ce cas, des tests réalisés au laboratoire (sur graine par test biologique, ou sur feuille par PCR) confirmeront la présomption.

Ces résistances apparaissent le plus souvent à la suite d’une répétition d’un herbicide à même mode d’action sur une même parcelle pendant un certain nombre d’année. Elles sont amplifiées par certaines pratiques agronomiques (rotation courte, peu de faux-semis, pas ou peu de labour,…) Il faut savoir que chaque parcelle contient des graines d’adventices naturellement résistantes, liée à des mutations génétiques. Les échecs de désherbage mettent progressivement en évidence ces populations résistantes. Il faut donc limiter les pratiques qui favorisent le développement et la sélection de ces individus.

L’intérêt des adjuvants
L’intérêt des adjuvants dépend du produit utilisé et de la cible visée. Les adventices ont des physiologies différentes quant au port de la feuille et de la cuticule. Leur utilisation est bénéfique sur les graminées, qui ont tendance à absorber moins de produit que les dicotylédones. L’adjuvant permet de réduire les doses de l’herbicide tout en augmentant son absorption par la mauvaise herbe. Sur les dicotylédones, l’ajout d’un adjuvant avec l’herbicide a en général peu d’intérêt. Avec certains produits formulés en poudre dispersible (WG), un adjuvant est systématiquement recommandé.
Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer