Élevage

Les éleveurs ont besoin d’un coup de main-d’œuvre

C’est une situation de pénurie. Pour beaucoup d’élevages, le départ d’un de leurs salariés ou palier les manques ponctuels de main-d’œuvre est un véritable casse-tête. La main-d’œuvre qualifiée devient de plus en plus rare.

Le dernier festival de l’élevage finistérien Agri Deiz a organisé pendant la durée de l’événement un job dating innovant, qui consistait à confronter les offres d’emploi des secteurs agricoles à des demandeurs d’emploi. Résultat : une seule inscription, et d’une personne dont le profil n’est pas exploitable. Pourtant, les organisateurs de l’exercice avaient mis les bouchées doubles pour attirer les candidats, avec de nombreuses offres d’emploi affichées sur le stand tenu conjointement par Finistère Remplacement et l’AEF 29 (Association Emploi Formation). L’élevage peine à recruter, tout comme le service de remplacement.

« Nous disposons d’un douzaine de porchers, il nous en manque 3 », confie Marie-Christine Louët, qui pilote, pour le compte de Finistère Remplacement et Partag’emploi, le recrutement, les entretiens annuels et l’animation. Alors, pour trouver les perles rares, elle sillonne les routes du département en quête de femmes et d’hommes formés aux métiers de l’élevage. « Le service de remplacement est un recruteur important. Sur 200 candidatures reçues soit en réponse à des annonces, soit en candidature spontanée, nous avons très peu de réponses pour le milieu porcin. Les étudiants préparant un bac ou un BTS sont plutôt spécialisés en bovin, et chez les élèves de BPREA, 1/3 s’intéressent aux cochons, mais sont alors embauchés directement chez leur maître de stage une fois le diplôme en poche ».

La pyramide de Maslow perd sa base

Le porc n’est pas la seule production à être touchée par cette pénurie de main-d’œuvre. « Cela vaut-il le coup de passer une annonce pour cet été ? », a même questionné un éleveur de vaches laitières à Gilles Burel, de l’AEF 29. « Ce n’est pas un problème d’emploi, mais un problème de travail. En économie, la pyramide de Maslow, qui hiérarchise les besoins de chaque être humain, montre désormais que les besoins primaires (faim, soif, sommeil…) sont couverts d’une autre manière que par l’activité professionnelle. Le travail n’est plus une fin en soi ». Dès lors, des projets d’entreprise sont mis à mal, comme « un serriste qui prévoit un agrandissement de son activité pour 2018 et doit trouver 18 salariés. Il a déjà eu du mal à en trouver un », déplore Gilles Burel. Pourtant, les offres ne manquent pas : l’association propose 2 000 à 2 200 postes par an, rien que sur le département finistérien.

« On fait l’appoint »

Interrogé sur la question, un éleveur breton de cochon pense que « la conjoncture et les crises récurrentes renvoient une image qui ne donne pas forcément envie aux personnes en recherche d’emploi de venir dans nos élevages. Pourtant, à qualification égale comparée à d’autres corps de métier, la rémunération s’élève clairement à 15 % de plus ». Le salaire, nerf de la guerre lors d’une embauche, ne semble toutefois pas toujours fonctionner. Et l’éleveur de préciser : « Quand des employés sont en arrêt de travail, il est difficile de les remplacer. À ce moment-là, on fait l’appoint sur notre temps passé dans l’élevage : les animaux n’attendent pas et continuent de croître ».

Certains éleveurs sont prêts à assurer eux-mêmes la formationde leurs salariés.

Les bancs des centres de formation de la région, jadis rempli d’apprenants, font petit à petit le vide. « En BPREA (Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole), la demande en conduite d’élevage porcin est souvent faible. Pour s’initier aux métiers de l’élevage, nous avons mis en place des petites formations de préprofessionnalisation de 3 mois, pour casser les fausses idées du métier. Avec des immersions en maternité, ou avec des soins aux porcelets, l’étudiant teste le milieu, et bien souvent se lance dans une formation diplômante. Certains éleveurs sont même prêts à embaucher après cette courte période de 3 mois, quitte à assurer eux-mêmes la formation de leur salarié par la suite », explique Sandrine De Sadeleer, du centre de formation de Kérel, basé à Crédin (56).

« Venez tester », conseille-t-elle, à une population non-agricole en recherche d’emploi et qui trouverait là un épanouissement professionnel. Les personnes en reconversion savent pourquoi ils choisissent le milieu agricole, et font ce choix en conscience et sont motivés, tout en étant très compétents pour élever les animaux. Reste à les trouver et les convaincre de franchir le pas.

Une énergie considérable

Différentes organisations comme l’AEF, les Jeunes Agriculteurs ou encore Agriculteurs de Bretagne déploient une énergie considérable pour aller à la rencontre du public, pour porter une image attractive. Les salariés recherchent de la sécurité dans leur travail, ce qui est contradictoire avec un message de situation économique incertaine. On parle peu d’agriculture quand elle va bien. Pourtant, l’emploi des territoires ruraux est en jeu. Rappelons qu’une exploitation génère 7 emplois directs ou indirects. Pour séduire, il faudra à l’avenir être imaginatif et agile, en rendant visible les différents métiers. Il n’y a pas d’actions à négliger, en intervenant avec des jeunes salariés dans les écoles par exemple. La mixité des futures personnes qualifiées sera une richesse ». Sylvie Le Clec’h-Ropers, Directrice du Sdaec et de Terralliance

 

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