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SPACE 2016 / Portrait d’éleveurs : L’élevage Coué-Médard, de belles vaches à traire ou à présenter

Isabelle et Emmanuel Coué, du Gaec Coué-Médard à Maure-de- Bretagne (35), s’intéressent tout autant aux génétiques Normande que Prim’Holstein, une passion transmise par leurs parents. Leurs « belles vaches » les aident « un peu » à supporter le contexte économique très difficile.

Sur l’élevage Coué-Médard, Normandes et Prim’Holstein ont toujours cohabité. En 1982, dans le cadre d’un plan de développement laitier, Chantal et Jean-François avaient acheté un troupeau de « Noires » pour compléter le cheptel normand. Les proportions ont ensuite évolué jusqu’à 75 % de Normandes dans l’effectif. Mais en 2009, à l’installation de leur fils Emmanuel, qui a repris le troupeau (45 vaches et la suite) Prim’Holstein du sélectionneur Jeannot Ropert à Mernel (35), le ratio s’est équilibré à nouveau.

« Avec deux races, l’alimentation est une question très compliquée, surtout concernant la complémentation », avoue Emmanuel. « Nous utilisons donc des aliments différents : la Normande a besoin de davantage de protéines, d’azote soluble », reprend sa sœur, Isabelle, qui a travaillé comme technicienne en nutrition animale avant de rejoindre la ferme. En septembre, l’installation du Dac va faciliter cette différenciation des régimes pour les 120 vaches à la traite et mettre fin la distribution personnalisée à l’auge réalisée par Emmanuel.

4 points de TP de plus en Normande

Malgré ces petites complications dans la conduite d’élevage, les éleveurs continuent « d’apprécier les atouts de chaque race ». Mieux, ils disent « s’y retrouver » dans les deux. Chez les Normandes, Isabelle et Emmanuel aiment sans surprise « sa très bonne valorisation du lait par les taux », mais aussi « sa moindre sensibilité aux problèmes métaboliques ». Ils comparent : « En moyenne 2 800 kg de lait produits en plus en faveur des Prim’Holstein, mais plus de 4 points de TP et 2 points de TB pour la Normande… Pour l’âge au premier vêlage, avantage aux Noires à 25,5 mois contre 29 mois pour les Normandes même si on tend à le réduire en étant plus technique dans la conduite d’élevage. »

Gagnante, Image et Imposante au Space ?
td_space2016_normande-12Deux vaches du Gaec sont préselectionnés pour l’interrégional Normande de ce Space 2016. En 3e lactation, Gagnante (Redondo x Ricardo x Holidays) est une vache « imposante en morphologie, avec de bonnes pattes et une mamelle fonctionnelle, soudée au corps et pleine de lait », apprécie Isabelle Coué. Avec ses 37,7 kg de lait au 2e contrôle de sa campagne en cours, « c’est notre chouchoute ». D’autant qu’elle est la petite-fille de Ségovie (Holidays) qui a marqué l’histoire de l’élevage : « Elle a été récompensée par le syndicat de race d’Ille-et-Vilaine pour sa carrière, 100 359 kg à 44,4 de TB et 35 de TP en 9 lactations…

En 2010, quand elle a décroché le titre de meilleure fromagère au département, il avait été calculé qu’elle produisait l’équivalent de 13,5 camemberts par jour. » « Morphologie, mamelle, aplombs, production… » Pointée 92 points, la primipare Image (Egypte x Uvray x Néphélion) est l’autre candidate. « Sa mère a donné plus de 11 000 kg en 2e lactation. Image descend d’une souche que nous devons travailler. » En Prim’Holstein, Imposante (Lavanguard x Roumare x Bolton) devrait aussi fouler le ring du concours. « Une 2e lactation productive qui a du style, du chic. Une très belle encolure, une bonne ouverture de côte, une jolie mamelle fonctionnelle et bien irriguée… »

Semence sexée pour pouvoir trier les femelles

Dans le choix des taureaux, les jeunes éleveurs sont « très vigilants » sur les aplombs. « En particulier en Nor-mande où nous faisons très attention à l’angle du jarret. » Ils s’efforcent de « travailler les pattes » pour que les vaches aillent dormir sans problème dans les logettes. Les index liés à la production et la qualité des mamelles sont également regardés de près « car il y a une référence laitière à faire ! ».

Par contre, pour les Prim’Holstein, le lait n’est pas la priorité dans les accouplements. « Une Noire, si tu la complémentes correctement, elle bouillonne naturellement le lait », explique Emmanuel Coué. « Là, on s’attarde davantage sur la morpho, le pis et les taux. » Toutes les génisses sont inséminées en semence sexée dans les trois races (Prim’Holstein, Normande et Blonde d’Aquitaine). « L’idée est bien sûr d’obtenir des femelles de génisses pour aller plus vite dans l’amélioration génétique et avoir l’opportunité de trier les animaux qui nous plaisent ». À terme, les associés pensent revendre des vaches. Alors que dernièrement, suite à l’installation d’Isabelle en 2015 et la rallonge de référence laitière, ils étaient acheteurs.

Gagnante et Image, présélectionnées pour le Space. Leurs propriétaires Emmanuel et Isabelle Coué sont accompagnés de Mathieu, 14 ans, originaire de la région parisienne, qui aime passer ses vacances à la ferme.
Gagnante et Image, présélectionnées pour le Space. Leurs propriétaires Emmanuel et Isabelle Coué sont accompagnés de Mathieu, 14 ans, originaire de la région parisienne, qui aime passer ses vacances à la ferme.

Les concours pour changer d’air

Concernant les concours, Isabelle et Emmanuel aiment participer dans les deux races. « En général, nous participons chaque année au Space avec l’une ou l’autre. Sans distinction, nous aimons présenter et voir de belles vaches dans les deux cas. Cette fois-ci, pour la première fois, nous avons des animaux présélectionnés en Normande et en Prim’Holstein. » Dans tous les cas, Emmanuel s’occupe de les entraîner à la marche. Ensuite, reste à choisir celui ou celle des deux passionnés qui conduira les candidates sur le ring. « Ça dépend du feeling de chacun. Nous avons des caractères différents et donc des affinités différentes avec chaque animal. Emmanuel présente les plus têtues… », plaisantent-ils. Avant de reprendre leur sérieux : « Cette passion de l’élevage et de la génétique nous motivent à traire le matin et nous aident à passer ce cap difficile. »

Dans un contexte laitier dégradé depuis des mois, comme de nombreux éleveurs actuellement, les deux jeunes avouent naviguer à vue financièrement pour absorber le prix des reprises de leurs installations datant de 2009 et 2015. « C’est difficile de voir que nos conjoints qui travaillent à l’extérieur font vivre nos familles et que nos parents associés à l’approche de la retraite doivent puiser dans leurs réserves personnelles… » Le déplacement au Space sera, malgré tout, une belle opportunité de se changer les idées, de prendre un bon bol d’air… de la ville.

Logettes souples et matelas moelleux
Par manque de place et pour limiter mammites et cellules, l’aire paillée a été abandonnée en 2014. Le Gaec a investi dans le modèle Green Stall (115 cm de large par place) : « Très souples, elles épousent la forme de la vache. Nous n’avons jamais réformé un animal blessé ou coincé par les tubes. » Les matelas Ph Déru, « un peu plus coûteux mais très confortables », ont été choisis pour éviter les gros jarrets. « Nous avions des craintes sur l’adaptation mais les animaux se sont rapidement acclimatés. Les deux premiers jours, nous avions passé du temps dans le bâtiment pour ce démarrage. Mais après 48 heures, seules 5 vaches sur 100 restaient debout. La Normande a aussi sa place en logettes, c’est une vache moderne. » Depuis, les animaux arrivent aussi beaucoup plus propres en salle de traite. Pas étonnant avec un couchage bichonné : nettoyage et paillage matin et soir, asséchant une fois par jour… « À l’arrivée, le nombre de mammites a énormément baissé. »
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