Élevage

Porc : Coopérateur, il tente de résister à l’intégration

À la tête d’un élevage de plus de 1 000 truies en Catalogne et adhérent d’une coopérative, Eduard Cau Barufet est à la croisée des chemins.
Il nous livre ses interrogations sur l’avenir de la production non intégrée en Espagne.
Eduard Cau Barufet, au Space
Eduard Cau Barufet, au Space

Pas facile de résister au rouleau compresseur des intégrateurs quand on est éleveur indépendant en Espagne, si l’on en croit Eduard Cau Barufet, intervenant au Space. Dans son canton, qui compte plus de 20 000 truies, il ne reste qu’un seul élevage naisseur engraisseur de moins de 500 mères. Les autres ont réformé leurs truies et répondu aux sirènes des intégrateurs. Ils se sont spécialisés dans l’engraissement. Avec son élevage d’un millier de truies, il s’estime à la croisée des chemins.

Survivre dans un contexte concurrentiel international

« Au sein de notre coopérative, nous allons devoir fixer un cap dans les 2 à 3 prochaines années. Pour rester coopérateurs, nous devons choisir entre deux options : monter en gamme, en produisant du porc sous signe de qualité, sans antibiotiques par exemple, ou nous associer pour créer des maternités collectives ». Différencier la production en cherchant des niches porteuses de valeur ajoutée ou mutualiser certains coûts pour résister à la concurrence des intégrateurs sur les marchés standards.

« En fait, j’ai les mêmes problèmes que vous », lâche-t-il dans un sourire. Sous entendu, les Français aussi vont devoir trouver des solutions et probablement démarquer leur production pour survivre dans une concurrence internationale exacerbée. La remarque peut surprendre de la part d’un éleveur propriétaire d’un tel élevage mais les indépendants sont de plus en plus à l’étroit à côté des intégrateurs, dont les élevages de 3 000- 4 000  truies deviennent la règle, avec des engraissements délocalisés. Le représentant de la fédération des coopératives ne dénigre pourtant pas le système d’intégration. Au contraire…

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Économies d’échelle en intégration

L’entreprise intégratrice fournit l’aliment, les produits vétérinaires, assure les transports, l’appui technique et la vente des animaux. L’éleveur gère la main-d’œuvre, l’entretien des bâtiments et les déjections. « Les éleveurs intégrés sont rémunérés à hauteur de 11 € par porcelet de 6 kg, 3 € par porc en post-sevrage (6 à 20 kg) et 11 € en engraissement. La conduite des animaux est standardisée et les coûts salariaux mieux maîtrisés. Le montant de leurs investissements est bien défini : 180 € par place d’engraissement et 1 300€ par place de truie en maternité ». Ces élevages atteignent de hauts niveaux de production. L’entreprise intégratrice réalise quant à elle des économies d’échelle.

« Les sites d’élevage sont spécialisés, ce qui leur assure une rationalisation de la logistique et une sécurité sanitaire. La production d’aliment est très standardisée : l’une d’entre elles ne produit que 8 aliments pour ses 3 millions de porcs. Conséquence, leur aliment est moins cher. Les intégrateurs ont également un pouvoir de négociation à la vente plus important ». Ces élevages intégrés sont également bien plus grands que ceux adhérents aux coopératives. Plus de 3 000 truies qui permettent aux engraisseurs d’avoir des lots de porcelets importants, à même de remplir leurs bâtiments conduits en tout vide tout plein.

Pour Eduard Cau Barufet, il n’y a pas de doute : « Dans une dizaine d’années, 90 % des porcelets seront produits dans des élevages de plus de 3 000 truies, qui se développent dans des zones de faible densité animale où les surfaces d’épandage sont disponibles. Le système est très efficace. ». D’où l’urgence pour les coopérateurs de réagir en mutualisant certains coûts ou en démarquant leur production.

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