Découvertes

Des papillons épris par la nuit

Le premier contact est souvent frontal. Comme aimantés par la lumière des phares, les papillons de nuit viennent se fracasser contre le pare-brise des voitures. Ou plutôt, venaient, car leur population est en fort déclin.

Une neige de papillons de nuit dans le spectre des phares. Tel était le spectacle qui s’offrait jadis à l’automobiliste qui sillonnait les routes de campagne la nuit tombée. C’en est fini. Comme de rares flocons de coton qui virevoltent, les papillons de nuit semblent s’être évanouis dans le crépuscule de leur monde mystérieux. Cet univers secret des ténèbres à l’origine de tant de croyances qui ont fait de ces êtres de velours et de douceur, des créatures du diable, velues et aux couleurs ternes ; des êtres fauchant les âmes humaines et les emportant avec elles dans leur vol hésitant de fantôme.

Des nuances de couleurs subtiles

Comment un papillon aux ailes chargées du si lourd fardeau de la cupidité humaine, pourrait-il rivaliser avec son frère de lumière et de couleurs éclatantes qui vole de fleur en fleur avec l’allégresse des déesses à la recherche du nectar des dieux. Pauvre papillon de nuit. Lui qui, dans l’obscurité, doit se contenter du balancement de la corolle de fleurs sans teint pour repérer son garde-manger tout en évitant de croiser son prédateur la chauve-souris.

Mais, placé sous la lumière des projecteurs de la curiosité, l’hôte aux mœurs nocturnes tord vite le cou au sombre préjugé qui voudrait que, la nuit, tous les papillons sont gris. Les papillons de nuit arborent en effet des nuances de couleurs subtiles de gris et de vert, de gris et de rose. Voire de rouge et de noir profonds comme s’habille la Goutte-de-sang, un papillon crépusculaire actif aussi le jour. Ou encore l’Écaille-marbrée en tenue de grand soir, trompe ocrée en guise de nœud-papillon et ailes carmin de pied en cape. De nombreux noms vernaculaires évoquent d’ailleurs cette beauté masquée par le manteau de la nuit : Crambus perlé, Phalène soufrée, Ruban fauve, Brocatelle d’or, Zygène cendrée, etc.

Papillonner pour séduire

Ces plus belles livrées ne sont pas une fantaisie inutile de la nature. Ainsi, à l’image de la Fiancée, de nombreux papillons nocturnes aux ailes antérieures ternes les déploient subitement pour dévoiler leurs ailes postérieures très colorées dans le but d’effrayer les prédateurs, annonçant ainsi la couleur du danger. D’autres présentent une homochromie ou des motifs de camouflage qui les fait confondre avec leur environnement : les ailes du Silène ressemblent à l’écorce de chêne, celles de la Hachette aux feuilles mortes ; certains papillons imitent même les guêpes ou les abeilles.

Et puis, dans leurs grands jours, les papillons de nuit revêtent aussi les atours de l’amour. Car, papillonner par nuit étoilée est d’abord un jeu de séduction destiné à faire chavirer la partenaire idéale pour se reproduire. « Comme une étoile amarante ; comme un papillon de nuit ; c’est la lumière qui m’attire », raconte l’idylle écrite par Michel Berger. Rehaussés d’élégantes antennes ramifiées couvertes de plumes, les mâles papillons nocturnes ont eux aussi exploité la nature pour voler vers leur flamme. Ces antennes sophistiquées leur permettent de détecter le message parfumé des femelles (les phéromones) jusqu’à plusieurs kilomètres. De quoi aiguiller leur vol de nuit qui se poursuit par une danse nuptiale et s’accomplit par l’accouplement destiné à perpétuer l’espèce. Ainsi va le monde de la nuit…

Orientation avec la Lune

Même si l’ardeur des mâles leur fait pousser des ailes dans le but d’assurer leur reproduction, depuis une trentaine d’années, les populations d’hétérocères – c’est le nom austère qu’ont donné les scientifiques au papillon de nuit – sont en déclin partout en Europe. Y compris en Bretagne qui ne compte pas moins de 1 300 espèces de papillons de nuit recensées contre seulement 108 espèces de jour. Une des premières causes de disparition est la modification des paysages : dans certains pays d’Europe du Nord, les papillons n’ont plus que les fleurs des bords de route et de voies de chemin de fer pour se nourrir et se réfugier.

L’usage des pesticides est également mis à l’index par le consortium international des entomologistes, initié en 2009 par le biologiste néerlandais Maarten Bijleveld van Lexmond. Les papillons de nuit sont par ailleurs victimes de la pollution lumineuse qui provoque une hécatombe au-delà du périmètre des villes car de nombreuses espèces s’orientent grâce à la Lune. Le crépuscule d’un monde éclot parfois dans la lumière envahissante d’un autre…

Une queue trompeuse
Pour ne pas se laisser cueillir en plein vol par une chauve-souris, les ailes des papillons de la famille des saturnidés se prolongent en forme de queue flottante. Cette invention de la nature permet de brouiller le sonar du prédateur. Et la technique fonctionne puisque des scientifiques ont constaté un taux de survie de plus de 50 % comparé à des papillons de cette espèce amputés de cet appendice. D’autres papillons de nuit sont en mesure d’entendre les émissions sonores des chauves-souris et se laissent tomber à leur approche. Cette tactique est efficace car seulement 7 % des papillons qui l’utilisent sont capturés contre 50 % de ceux qui poursuivent leur chemin.
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