FinistèrePolitique et Syndicalisme

Le cri d’espoir de la jeunesse

C’est dans un amphithéâtre plein à craquer que les Jeunes Agriculteurs ont tenu leur assemblée générale. Pragmatisme, volonté de s’en sortir et de vivre de son métier, tels sont les points abordés par l’équipe en place, plus déterminée que jamais.

Les Jeunes Agriculteurs du Finistère ont vécu une année compliquée tant au niveau des productions, que du côté intense des actions. Le trajet en tracteur à Paris, initié par une poignée d’agriculteurs du département, a sans doute été le point d’orgue de ces derniers mois. « D’un départ à 8 h de la pointe de l’Europe avec une vingtaine de tracteurs à une couverture nationale de l’événement par les médias, ce fut un moment très intense », se souvient Julien Hindré, un des nombreux participants, qui a vu son moral remonté non pas par « les décisions politiques, mais par le soutien de la foule sur les ponts et ronds-points le tout sans aucun dommage public ».

Le moral, il y a de quoi l’avoir en berne. « C’est une année catastrophique, qui a connu l’arrêt du marché du porc, suite à une décision politique désastreuse. Nous ne nous battons pas à armes égales avec nos voisins européens, la France surclasse les normes… », se désole Yves-Hervé Mingant, responsable porc aux JA. Le constat est à peu près le même pour Guénolé Kerbrat, trésorier. « Une campagne une nouvelle fois compliquée avec la concurrence de l’échalote de semis, des cultures légumières qui connaissent de plus en plus de volatilité de prix. Il faut une fiscalité adaptée ». Malgré cette conjoncture, la mobilisation reste importante dans le syndicat, avec des adhésions en hausse de 35 % en 2 ans, s’établissant à 550. « Tous les cantons ont organisé quelque chose, que ce soit des rencontres avec les écoliers, des échanges sur l’installation avec des étudiants lors de “barbeuc instal”, sans oublier l’Agrifête », énumère David Louzaouen, secrétaire.

Prenons le pouvoir

« Il faut écouter les jeunes. Dans 10 ans, 50 % des agriculteurs seront à la retraite », clame Sébastien Louzaouen. « Les jeunes sont entendus par le Gouvernement, mais pas par la profession ! Notre devoir est de se faire entendre dans les assemblées générales. Nous sommes producteurs, mais surtout vendeurs à notre laiterie, qui est notre client. Il faut savoir ce que l’on veut, sinon les revendications seront les mêmes dans 50 ans ». Le producteur de lait s’agace aussi de voir l’image des agriculteurs utilisée. « La distribution acquiert notre image, comme le disent certains distributeurs-producteurs. Ce n’est pas elle qui trait nos vaches ! » Sur le sujet de la contractualisation, le président pense « que le sujet est pris à l’envers. Au lieu de proposer des contrats aux producteurs, il faut massifier l’offre, mais nous ne nous sommes pas entendus sur une organisation en OP ».

La fourchette commande

Invités à cette assemblée, Antoine Sauvaget, directeur d’Écomiam et Olivier Mével, maître de conférences à l’Université de Brest ont éclairé l’assistance sur leur vision de la distribution. « Avec une côte de porc échine à 2,95 € le kilo, le consommateur est trompé et déconnecté de la réalité. On lui fait croire que la nourriture est quasi gratuite », confie le responsable de magasin spécialisé dans le surgelé, dont l’étiquette des produits affiche la marge ainsi que le montant qui revient à la filière. Mais ce que le consommateur ne sait pas, c’est que ces prix cassés par la grande distribution attirent les consommateurs et, pire, sont même vitaux pour la distribution : « La base du modèle économique de la distribution est formée par 5 produits peu chers, composé de poulet, de porc, d’œuf, de lait et de pain. Le frais fait l’image du magasin, et 75 % des marges nettes proviennent de ces linéaires », chiffre Olivier Mevel.

Noter la distribution

Pour le conférencier, la distribution se livre « une guerre des prix, comme ils ne peuvent pas vendre à perte. En 2000, le monde agricole recevait 11,5 € sur 100 € dépensés par le consommateur. Ce chiffre est descendu à 7,8 € en 2015. Or l’identité de la profession, avec son savoir-faire, additionné à des valeurs, comme l’intégrité du monde agricole, donne une image au consommateur. Certaines marques de distributeur, en se nommant éleveur, volent l’identité et la noblesse d’une profession. Il faut se battre contre ces pratiques, et ne pas hésiter à noter les distributeurs, pour montrer quel est le magasin le plus vertueux ». L’opinion publique a une totale confiance en ses producteurs, estimée à 85 %, soit autant que les associations de consommateurs : une force à utiliser pour la filière. Fanch Paranthoën

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