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Le tournant argentin du soja

L’argentine, qui fait face à une inflation de près de 30 %, élira son nouveau président le 22 novembre prochain. À l’issue du scrutin, on s’attend à une dévaluation massive du peso, qui rendrait le soja d’origine argentine plus compétitif sur le marché mondial.

Nous sommes sans doute à la veille d’un tournant sur le marché du soja, qui devrait enfin se tenir sur ces trois pieds. En effet, il existe trois fournisseurs essentiels de graines de soja au niveau mondial : les USA (107 Mt en 14/15), le Brésil (96 Mt) et l’Argentine (60 Mt). Mais depuis plusieurs années, les Argentins avaient beau augmenter leur production, les cotations du soja faisaient de la résistance. Les prix oscillaient seulement en fonction des offres brésilienne ou nord-américaine, car pour parer à une inflation galopante, les producteurs argentins n’avaient eu d’autre solution que de transformer leurs silos en coffre-fort.

La graine était donc devenue une monnaie d’échange et n’était vendue que lorsque cela était nécessaire. Les élections présidentielles qui se sont tenues fin octobre dans le pays, n’ont pas encore livré leurs résultats définitifs, puisqu’un second tour aura lieu le 22 novembre. Mais quel que soit le candidat élu, une page sera tournée pour le peso. Celui-ci devrait subir une dévaluation qui comblera l’écart existant aujourd’hui entre taux de change officiel et marché noir. Les énergies devraient se libérer et la visibilité du marché s’améliorer.

371 €/t sur juillet/octobre 2015

Pour autant, cette nouvelle donne n’augure pas d’un effondrement des cours, car de nombreux facteurs baissiers ont déjà été intégrés dans les cotations. Depuis le début de la campagne (juillet), le prix du tourteau de soja à Montoir sur la première échéance a reculé assez régulièrement, et la moyenne 15/16 s’affiche actuellement à 371 €/t contre 395 €/t sur l’ensemble de la saison 14/15, soit un recul de 6 %. Pour les contrats couvrant la période mai/octobre 2016, la cotation à Montoir affiche 338 €/t, alors que de novembre 2016 à avril 2017, les tourteaux de soja valent 344 €/t. Les prix peuvent-ils raisonnablement aller plus bas ?

Seulement + 3,3 Mt en 2016

Comme nous aimons à le rappeler dans ces colonnes, la France reste tributaire des importations de tourteaux de soja sud-américains, contrairement à ses voisins européens qui peuvent triturer l’oléagineux dans leurs usines locales. Or depuis le mois de février 2015, la hausse des récoltes sud-américaines a presque exclusivement profité aux exportations de graines (+22 % au départ du Brésil et +52 % au départ de l’Argentine) et très peu à celles de tourteaux (+1 % et +7 % respectivement). En 2016, il faudra donc s’intéresser à ce qui peut pousser à exporter plus de tourteaux à partir de ces pays. Les pistes suivantes sont loin d’être satisfaisantes.

Tout d’abord, la production de graines de soja en Amérique du Sud ne devrait progresser que de 3,3 Mt en 2016. Nous sommes donc très loin des hausses des 3 dernières années (moyenne de +18,5 Mt/an). Ensuite, la Chine est devenue un client très important du Brésil, ce qui y favorise les ventes de graines. Heureusement, le gouvernement brésilien soutient de plus en plus la consommation locale de biodiesel, ce qui maintient la trituration. Mais attention, le pays utilise désormais plus de tourteau qu’il n’en exporte (forte hausse des exportations de viande et de la consommation locale de poulet). Il pourrait donc capter les tonnages supplémentaires mis au marché.

Rétention des stocks de soja jusqu’à début 2016

Enfin, en Argentine, la politique à l’exportation devrait être plus favorable si M. Macri l’emporte, mais favorisera plus les céréales que l’oléagineux. De plus, les Argentins n’ont pas de bonnes raisons de larguer leurs stocks de soja avant le premier trimestre 2016. Car ils pourraient profiter d’un retard possible de la récolte brésilienne et donc d’une soudure plus délicate à cette époque. Enfin, à plus long terme, le maïs devrait être le grand gagnant des élections si ce candidat est élu. Et cela pourrait changer la face de l’agriculture argentine pour les prochaines années. Car contrairement aux USA où les rotations maïs/soja restent la norme, les fortes contraintes qui ont pesé sur le maïs en Argentine ont poussé à la monoculture de soja.

Pour terminer, ajoutons qu’à cause de la sécheresse, l’Inde est encore aux abonnés absents cette saison et ne pourra pas nous fournir en tourteaux. Voilà de quoi relativiser le retour de l’Argentine au marché, sachant qu’il reste encore bien des inconnues dans l’équation du soja, comme l’évolution des parités monétaires au Brésil, aux USA et dans l’Union européenne. Quid enfin des conditions météorologiques alors que le phénomène El Nino se renforce ? Patricia Le Cadre / Céréopa

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