Le tourteau de soja nous joue l’Arlésienne

soja - Illustration Le tourteau de soja nous joue l’Arlésienne

Malgré les annonces des récoltes record chez les trois plus gros producteurs mondiaux de soja, aucune répercussion n’est visible sur les prix du tourteau en France.

Que les USA aient affiché 17 Mt de production supplémentaire (+18 %) ou que l’Amérique du Sud améliore de 7 Mt son offre au printemps (+4 %), cela ne semble pas émouvoir le marché français du soja… Le prix des tourteaux de soja déchargés sur les ports français, caracole toujours au-dessus des 400 €/t depuis cet automne. Quelques explications sont nécessaires, afin de ne pas prendre ses rêves pour des réalités.

La graine prioritaire

Au Brésil, en cette période de l’année, les chargements de graines de la nouvelle récolte sont prioritaires face au tourteau ou au maïs. On comptait ainsi 151 cargos de graines de soja contre 27 de tourteaux et 22 de maïs, fin février dans les ports. La Chine, en tant que client graine  « grand compte » est servie en premier, et les temps d’attente s’allongent pour les bateaux devant rallier les côtes européennes. Le tourteau, en queue de peloton, voit son prix baisser dans le vide sur le marché brésilien. Rien ne sert alors d’acquérir une marchandise bon marché, si on ne peut pas l’acheminer à temps ! Depuis plusieurs années, la période de transition est délicate à gérer sur le marché français, face à des acheteurs plutôt attentistes lorsque le contexte est annoncé baissier… sur le papier. Si on ajoute à ce tableau, les traditionnelles grèves sud-américaines (actuellement les chauffeurs routiers bloquent les chargements agricoles au Brésil), et les retards liés à la météo, nous avons de quoi attendre encore un peu plus la nouvelle fournée de tourteaux sud-américains.

Car le marché français a deux spécificités, qui ne lui facilitent pas la tâche. Il est plus dépendant des importations de tourteaux que ces voisins européens (qui ont plus d’usines de trituration capables d’en produire) et il reste très attaché à l’origine brésilienne (56% des approvisionnements de tourteaux en 2013 et 2014). Au lieu de rester suspendus à la logistique brésilienne, nous ferions mieux de nous tourner vers l’Argentine, me direz-vous. Oui mais…

L’Argentine toujours hors-jeu

Des révisions à la baisse de la production brésilienne sont attendues dans les prochaines semaines, mais devraient être compensées par une récolte argentine supérieure aux attentes. Le volume final sud-américain sera sans doute conforme aux prévisions des analystes, mais moins mobilisable. En effet, depuis plus de deux ans, de graves problèmes économiques touchent l’Argentine et entraînent une forte rétention dans les campagnes. L’inflation galopante a transformé la graine de soja en monnaie de réserve et les silos en coffre-fort.  Il y a donc un gros stock dans ce pays, bien que nous y soyons en fin de campagne, mais il ne devrait pas être mobilisé de sitôt. En dehors des besoins de trésorerie pour financer les travaux de récolte en avril et mai, il est difficile de croire à l’ouverture des vannes, au moins jusqu’aux élections présidentielles du mois d’octobre.  De plus, les triturateurs argentins dont l’activité est en grande partie soutenue par le marché du biodiesel à l’exportation, ont vu leur marché fortement ralenti depuis la baisse des prix du pétrole. Il faudrait donc que la consommation locale de biocarburant prenne le relai pour permettre de garder un rythme décent dans les usines, ce qui n’est pas gagné.

la graine et le tourteau, deux marchés distincts

On négocie deux fois plus de graines que de tourteaux de soja sur l’échiquier mondial, soit en 2014, respectivement 118 Mt (3 8% de la production) contre 61Mt (32 %). Les acteurs sont aussi différents selon les produits. Pour la graine, il existe deux vendeurs principaux à égalité (Brésil et USA) face à un acheteur tentaculaire représenté par la Chine. Celle-ci concentre 60 % des achats contre 12 % pour l’U.E. En tourteau, la moitié des volumes est offerte par l’Argentine, le reste se répartissant essentiellement entre Brésil et USA. Côté achats, le poids lourd est l’U.E (20 Mt, soit 1/3 du négoce) suivie de très loin par une multitude de pays (entre 1 et 2 Mt de besoins annuels chacun).

Un recours possible vers les USA ?

Reste le recours aux USA, pas franchement vendeurs de tourteaux, mais qui cette saison, pour palier au recul des deux autres fournisseurs, essaient de remplir leur part du contrat. Mais là aussi, entre rétention des agriculteurs, logistique hivernale compliquée, demande intérieure très bonne, et exportations au top, le tourteau coûte plus cher que la graine…

Dernier point important, le jeu des parités monétaires a aussi un impact fort sur notre marché. La baisse de l’euro a renchéri nos importations depuis plusieurs mois, effaçant les concessions faites sur le marché à terme de Chicago (un des éléments constitutifs de la cotation sur le marché français).

Patricia Le Cadre, Céréopa, www.vigie-mp.com


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