Economie, marchés et gestion

Blé, enfin une bonne nouvelle pour les éleveurs

La baisse des cotations sur les marchés à terme donne de la compétitivité au blé d’origine France.

Petite éclaircie dans le paysage morose des éleveurs, le recul du prix du blé français vient de s’accélérer. Sur le marché à terme parisien, la qualité meunière côte moins de 150 €/t sur la première échéance (septembre), soit une baisse de 30 €/t (17 %) depuis début août. À la même époque 2014, elle s’affichait à 170 €/t, pour un prix moyen sur la campagne 14/15 de 180 €/t. La qualité fourragère vaut 15 €/t de moins, ce qui la rend très compétitive chez les fabricants d’aliments du bétail face à l’orge et au maïs.

Recherche de compétitivité à l’export

S’il existe plusieurs raisons à cette chute significative des cotations, la principale reste la recherche de compétitivité à l’exportation, face à des origines Mer Noire ultra-compétitives sur ce début de campagne. Les pays de la Communauté des états indépendants (CEI) alignent en effet de bonnes récoltes, et ont un fort besoin de faire entrer des devises pour limiter la crise économique qui les ronge. Leurs monnaies sont largement plus concurrentielles face au dollar que ne l’est l’euro, et le fret reste à leur avantage sur le bassin méditerranéen. Bref, ils « font » le marché et impriment leur loi !

Une récolte record

Les exportateurs français, mieux placés que l’an dernier en termes de qualité, n’ont pas fait les efforts nécessaires en début de campagne et raté de nombreux appels d’offres, remportés par des Ukrainiens très agressifs, auxquels se sont ensuite ajoutés les Russes. Les silos portuaires français ont fini par déborder et il a fallu se rendre à l’évidence d’un réajustement nécessaire des prix sur la scène internationale. La France aligne en effet, une récolte record de plus de 40 Mt de blé (37,5 Mt en 2014 et 38,8 Mt en 1998). Fer de lance des exportations européennes, la contre-performance française laisse des traces. Depuis le début de la campagne, l’UE a engrangé 28 % de contrats en moins par rapport à l’an dernier à la même date. Et les perspectives de court terme ne sont pas très bonnes.

Des stocks de report à la hausse

Selon le Conseil International des Grains, la production en blé 15/16 est désormais annoncée aussi bonne que l’an passé (720 Mt), mais les échanges reculeraient (-5 Mt), car de nombreux pays importateurs signent de bonnes récoltes ou bien sont en manque de trésorerie (pays producteurs de pétrole). En conclusion, les stocks de report qu’on imaginait régresser il y a encore un mois, sont attendus en hausse de 4 Mt, à 206 Mt. Cela porte le ratio stocks/consommation en fin de campagne 15/16 à près de 29 %, contre 28,5 % en 14/15. Cette perspective a poussé les investisseurs à jouer la baisse sur le marché de Chicago.

La cotation pour le blé SRW y a chuté de 5,10 $/bu (187,50 $/t) à 4,70 $/bu (172 $/t) en un mois (-8 %). Vu les sombres perspectives sur le potentiel américain à l’exportation cette saison encore (la céréale est de nouveau minée par des taux de vomitoxines élevés), le recul reste cependant limité. Cela s’explique notamment par un dollar plus faible face à l’euro qu’en début de campagne. C’est d’ailleurs par le jeu des parités monétaires que le marché de Chicago pourrait se stabiliser. Pour les USA, il s’agit de retrouver de la compétitivité en permettant au dollar de ne pas se renchérir. Les anticipations de remontée des taux de la FED qui avaient renforcé le billet vert ont fait long feu. Les cotations en dollars des céréales sur le Chicago Board of Trade peuvent donc avoir une limite à la baisse dans les prochains mois.

Impact de la chute du yuan

L’attaque surprise du yuan en août, est une très mauvaise nouvelle pour l’économie planétaire et ne peut qu’aggraver la crise mondiale actuelle. Déjà largement sous-évaluée depuis l’entrée de la Chine à l’OMC au début du XXIe siècle, la devise chinoise affaiblie ne peut que faire ressurgir des solutions de facilité (la planche à billets) dans les économies en crise des pays développés. Déjà à l’origine de la crise de 2008, à cause des déficits jumeaux qu’elle a contribué à creuser aux USA, la monnaie de l’Empire du Milieu est cette fois utilisée pour calmer une dérive que le président Xi Jinping ne semble plus contrôler. Les matières premières agricoles ne peuvent pas rester insensibles à cette guerre des devises et l’évolution des cours doit être anticipée à l’aune des flux financiers sur les marchés monétaires et boursiers.

Plus d’utilisation en alimentation animale

Comment peut donc s’écrire le bilan français du blé cette saison ? Tout d’abord, il faut s’attendre à une plus grande utilisation en alimentation animale, car la parenthèse 14/15 d’un maïs moins cher que la céréale à paille s’est refermée. Pour autant, la demande à l’exportation sera certainement en baisse, mais de combien ? En Europe de l’Est, la qualité meunière n’est pas au rendez-vous et nous pouvons compenser cette situation. Mais sur les pays tiers, nos clients traditionnels sont moins captifs (besoins en baisse, partenariat avec la Russie, etc.). En qualité fourragère, les perspectives seront sans doute meilleures au sein de l’UE que sur les pays tiers. Pour l’instant, le stock de fin de campagne en France ne peut que s’alourdir, mais attention, rappelons-nous qu’il n’existe pas de réelle corrélation entre celui-ci et le prix moyen d’une campagne. Sur le marché à terme, l’échéance décembre vaut 20 €/t de plus que le contrat septembre. Les éleveurs feraient bien de ne pas être trop gourmands… Patricia Le Cadre, Céréopa, www.vigie-mp.com

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