Agri-Drone : ça plane sur la Bretagne

L’obligation réglementaire de respecter, à la virgule près, les préconisations des plans prévisionnels de fumure (PPF) a remis au goût du jour les outils de pilotage de la fertilisation azotée. Parmi eux, le drone constitue une réelle nouveauté qui permet d’optimiser les apports azotés sur blé et colza.

Le 5e Programme d’actions directive nitrates, qui s’est progressivement mis en place depuis 4 ans, se targue de vouloir revenir à plus d’agronomie. Ainsi, chaque région comportant au moins une zone vulnérable dispose désormais d’un arrêté référentiel régional ou arrêté GREN (Groupe régional d’expertise nitrates, mis en place par les Préfets de région). Cet arrêté recense toutes les références et les modalités de calcul pour établir le Plan prévisionnel de fumure (PPF) qui devient “LE” document de référence. En effet, toutes les doses prévisionnelles qui y sont indiquées ne peuvent être dépassées. Toutes ? Non, quelques ajustements restent possibles en cours de culture : intégration d’une valeur de reliquat sortie hiver (RSH) mesurée (réseau ou de l’exploitation) ou utilisation des outils de pilotage de la fertilisation.

Comment cela fonctionne ?

Si le réseau de mesure des RSH permet un premier ajustement des doses (maïs, céréales…), les outils de pilotage vont plus loin en intégrant la réalité de la culture afin d’adapter la dose prévisionnelle. Il en existe plusieurs, de la mesure des teneurs en nitrates du jus de tige au satellite. Parmi eux, le drone couvre de plus en plus de surfaces et a complètement décollé cette année.

Concrètement, après commande, le survol des parcelles de colza ou de blé est programmé en fonction de la date des semis, des variétés et des conditions météorologiques. Avant le vol, un SMS est envoyé à l’agriculteur pour l’avertir du passage de l’opérateur. Le vol en lui-même est très rapide, par exemple, 3 ha/minute en colza. Il permet de collecter certaines données, avec une précision de 30 cm : azote absorbé et matière sèche en blé, biomasse sur le colza. Après analyse et interprétation, ces données fournissent le besoin azoté de la culture pour chaque parcelle et une répartition de ce besoin en grands zonages sur le parcellaire. En complément, une carte détaillée peut être établie afin de piloter l’épandage de l’engrais sur la parcelle si l’épandeur le permet : c’est la modulation intra-parcellaire. La dose prévisionnelle du PPF est alors corrigée à la hausse ou à la baisse en ajustant les apports sur colza et le dernier apport sur le blé.

Arrêté GREN : une nouvelle version

Le 3e arrêté référentiel régional breton a été publié le 26 juin 2015 et est disponible sur le site internet de la DRAAF Bretagne*.  Il comporte quelques modifications mineures par rapport à la version précédente :

  • Fertilisation des dérobées en été  : 50 kgN maxi semis de juillet, 40 kgN maxi semis d’août, 20 kgN sous forme d’effluents épurés en septembre ;
  • Mise à jour des rendements de référence ;
  • Révision des grilles endives et pommes de terre ;
  • Toilettage du tableau « coefficients d’équivalence engrais des apports organiques ».

*http://www.draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/GREN-l-arrete-du-26-juin-2015

Premiers constats encourageants

Sur la campagne 2014-2015, plus de 1 100 parcelles, soit 6 000 ha, ont été survolées en Bretagne. Les premières analyses montrent que si la dose moyenne à apporter est peu éloignée du conseil PPF (41 kgN en moyenne sur blé au stade dernière feuille étalée – DFE), le conseil drone apporte plus de précisions. Ainsi, le conseil PPF peut être ajusté à la baisse (d’où une économie d’engrais) en répartissant la dose moyenne, par grandes zones ou de façon précise, sans dégrader le rendement. Il peut aussi être confirmé et la répartition intra-parcellaire permet d’homogénéiser le rendement. Ou alors il sera ajusté à la hausse afin d’exprimer au mieux le potentiel de rendement et le taux de protéines. Les premiers retours sont très encourageants. Ils témoignent d’une amélioration des rendements, parfois couplée à une amélioration des taux de protéines. Ils montrent combien ces ajustements sont indispensables à l’optimisation économique de la conduite de culture. À l’heure des discussions sur le futur dispositif de surveillance de l’azote épandu, le drone et les outils de pilotage sont une opportunité pour conserver, voire améliorer les rendements et les taux de protéines en optimisant les quantités d’azote épandues. François Madec / Triskalia


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