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Adventice, du statut d’indésirable à celui d’indicatrice

Pour le conseiller en pâturage, les adventices qui s’installent dans les prairies ne sont pas « un problème irrémédiable ». Elles témoignent souvent de pratiques à modifier ou à améliorer.

Les plantes et leur milieu sont en fortes interactions. « De ce fait, les « mauvaises herbes » et plus généralement la flore d’une prairie est révélatrice du milieu et des pratiques appliquées par l’agriculteur, rappelle Florent Cotten chez PâtureSens. En ce qui concerne le milieu, la nature du sous-sol (pH, texture…) et le climat sont des facteurs importants. Pour les pratiques, les facteurs sont nombreux : depuis le degré de maîtrise du pâturage jusqu’à l’assolement en passant par l’application de fumure. » En particulier, une gestion inadéquate (« surpâturage, mauvaise application de fumure, compaction du sol ») passée ou actuelle favorise notamment le développement des adventices.

Le piège du surpâturage

Pour le conseiller en pâturage, très inspiré par la Nouvelle-Zélande, « la performance animale à l’hectare repose sur une bonne compréhension du mécanisme botanique des plantes que l’on pâture en toutes saisons ». Il faut notamment craindre le surpâturage qu’il définit non seulement par une quantité d’herbe insuffisante dans la parcelle à la sortie des animaux (« la plante est ainsi privée de ses feuilles lui permettant de capter l’énergie solaire pour redémarrer rapidement sa croissance »), mais aussi par un temps de séjour du troupeau et un délai de retour sur le paddock inadapté. « Puisque les espèces prairiales les plus productives reprennent leur croissance trois jours après défoliation, un temps de séjour de plus de deux jours signifie que les plantes sont surpâturées. »

Enfin, un retour trop précoce sur un paddock entrave la reconstitution des réserves de la plante (sucres, minéraux…). « En plus de la partie aérienne, la qualité du pâturage influence grandement le système racinaire. En cas de surpâturage, la biomasse racinaire diminue. Par conséquent, la zone de prélèvement dans le sol des racines (eau, sels minéraux) ainsi que leur effet structurant sur le sol (circulation de l’eau et de  l’air, indispensable au développement des organismes du sol) sont atténués. » Cette gestion favorise la prolifération des plantes dites indésirables.

Interaction entre gestion pastorale et adventices

Puisque les plantes surpâturées ont un système racinaire moins puissant, elles sont moins compétitives. « Alors que les adventices, qui ne sont pas gênées par les animaux, développent un système racinaire profond et accèdent plus facilement à l’eau et aux nutriments, en particulier en cas de sécheresse. Si elles bouclent leur cycle de reproduction, leur importance s’accroît dans la pâture », met en garde Florent Cotten.
En conclusion, une maîtrise insuffisante du pâturage, comme un temps de séjour prolongé ou un  chargement inadapté, poussent « les animaux à sélectionner de façon permanente les plantes les plus appétantes et digestes. Au final, la flore initiale se dégrade au profit des espèces indésirables. »

Quatre adventices témoignent

Pissenlit, rumex, chardon et renoncule… sont régulièrement rencontrées. Pour Florent Cotten, « leur présence est fortement corrélée à la maîtrise insuffisante du pâturage : pâturage prolongé (supérieur à 3 jours), non- respect des résiduels (quantité d’herbe insuffisante à la sortie des animaux), retour trop rapide sur la flore, pâturage prolongé en conditions humides… » Le développement de ces espèces étant lié « directement à la gestion pastorale présente et passée », leur suivi constitue un bon outil d’évaluation. « Ces plantes bioindicatrices témoignent du niveau d’activité biologique et de l’état du sol. »

Minimiser l’impact de ces adventices passe par « une bonne maîtrise des cycles des prairies ». Afin d’accentuer la production de biomasse des parcelles, il est nécessaire « de comprendre les facteurs abiotiques favorisant la levée des plantes non désirées, de recourir à l’implantation d’espèces prairiales adaptées aux conditions pédoclimatiques locales et d’avoir une bonne maîtrise du pâturage afin d’éviter toute forme de surpâturage. » TD

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