Politique et Syndicalisme

Les éleveurs font monter la pression

Les éleveurs, avec des coûts de production élevés et des prix de vente bas, cherchent à sortir de l’impasse en mettant la pression sur la distribution et les abatteurs.

« Je crois que le ministre ne mesure pas la gravité de la situation », résume en une phrase David Bourdin, président des Jeunes Agriculteurs de la Sarthe. La situation est effectivement particulièrement tendue en élevage bovin. La FNSEA se mobilise sur le sujet. Depuis la crise de 2008, comme le rappelle Philippe Chotteau, chef du département économie de l’Institut de l’élevage, lors d’une journée sur les marchés mondiaux du 4 juin, la consommation de viande baisse en France. Le revenu des ménages est en berne. Ils se détournent de ce produit, jugé trop cher, notamment pour les morceaux nobles (entrecôtes, faux filet, bavette) et préfèrent des viandes bon marché, comme le steak haché. Cela se ressent sur les prix à la production des animaux finis qui avoisinent le prix des vaches de réformes laitières. Les charges, quant à elles, ne diminuent pas et les éleveurs sont pris dans un effet ciseaux coût de production/prix de vente. Pour la Fédération nationale bovine (FNB), il manque 0,60 €/kg carcasse.

Lait et viande, même combat pour les syndicats

« La colère gronde dans tous les secteurs de l’élevage. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) est solidaire des actions menées par la Fédération nationale bovine (FNB) sur tout le territoire. L’élevage doit s’unir. Sa survie en dépend », revendique la FNPL dans un communiqué du 4 juin. « Les trésoreries sont dans le rouge », précise la FNPL. « La guerre des prix à laquelle se livrent les grandes enseignes étrangle les fournisseurs, agriculteurs compris », indique le syndicat. « Le prix du lait payé aux producteurs est la variable d’ajustement de la reconstitution des marges de l’aval de la filière. Le prix de la brique de lait, lui, ne fluctue jamais symétriquement ! C’est ce que dit – invariablement – le rapport Chalmin sur l’observatoire des prix et des marges », continue-t-il. Pour la FNPL, il ne s’agit pas « de désigner des coupables, mais de trouver des solutions », aussi annonce-t-elle une réunion avec les enseignes de la grande distribution prochainement. « Nous entrons dans une zone de fortes turbulences » de la part des éleveurs, ajoute le syndicat. Les mouvements de blocage, comme à la mi-mai dans certains abattoirs, pourraient reprendre au niveau national mi-juin, à la fin du délai imposé par Stéphane le Foll , ministre de l’Agriculture.

L’export, stratégie pour tirer les prix vers le haut

Dans ce contexte français difficile, l’export de viande et d’animaux finis apparaît comme une solution pour faire remonter les cours. « Les volumes échangés sur le marché mondial ne cessent de voler de records en records depuis 2012 […] Il n’y a que l’UE pour être restée à l’écart de ce mouvement, toujours empêtrée dans la crise économique et peu positionnée à l’exportation sur pays tiers », selon l’Institut de l’Élevage. « Le volume des exportations irlandaises a progressé de 80 % en 2014. L’embargo russe nous a obligés à trouver d’autres marchés à l’international. Nous dépendons, pour 90 % de notre production, de l’export. Aussi, nous nous devons de garder un dynamisme sur ce secteur », explique l’Irlandaise Noreen Lanigan, directrice France et Belgique de Bord Bia (structure de promotion à l’export). Cette dernière a relevé, en aparté, que les membres de la filière bovine irlandaise attendent peut-être moins de leur ministre que les Français et travaillent sans doute davantage ensemble.

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