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Semence bovine : Vers un monde sans mâles ?

En race laitière, près de 40 % des génisses sont inséminées avec de la semence sexée. Les stratégies diffèrent selon les races. Tour d’horizon.

Que se passerait-il, si, grâce à l’utilisation de doses sexées,  90 % des vaches avaient des veaux femelles dans un futur proche? Le scénario est techniquement plausible, mais il faudrait alors trouver un débouché pour les femelles de huit jours et pour les amouillantes à l’export. Peu probable, même si l’augmentation des ventes de doses sexées explose : 50 % de plus entre 2014 et 2013. « Toutes races laitières confondues, le pourcentage de doses sexées atteint déjà 12 % des inséminations premières, quelques années après leur lancement », précise Aurélien Michel, d’Evolution. Ces doses sont essentiellement utilisées sur les génisses, plus fertiles, et sur les vaches de bonne valeur génétique. (La technique de sexage abaisse le taux de fertilité global de 10 % et garantit un taux de femelles de 90 %). En race normande, un tiers des doses sont utilisées sur des vaches en raison d’une fertilité supérieure et de la volonté des responsables de la race de produire un maximum de femelles de renouvellement. Les éleveurs Prim’holstein ont une gamme d’une trentaine de taureaux disponibles, avec un renouvellement rapide. La race montbéliarde a un coup d’avance. Ses responsables visent le marché algérien de l’amouillante.

Sexage et génotypage font bon ménage

Outre l’assurance d’avoir suffisamment de génisses de renouvellement pour éviter les achats extérieurs toujours délicats au niveau sanitaire, la naissance de femelles facilite les mises bas. Le choix du sexe a donc de l’avenir. D’autant plus qu’il est complémentaire du génotypage qui explose également : plus de 10 % des génisses inséminées ont désormais un index génomique. Les éleveurs sont tentés d’assurer une descendance femelle à leurs bons animaux. Alors, le spermatozoïde « femelle » terrassera-t-il son compagnon ? « On peut imaginer que les éleveurs adoptent différentes stratégies. Certains chercheront à produire un maximum de femelles pour les vendre en amouillantes, d’autres se limiteront au besoin du renouvellement et augmenteront la part du croisement avec des taureaux à viande. Ceux qui produisent des taurillons ont intérêt à utiliser de la semence conventionnelle. Notre rôle, à nous organisme de sélection, est de leur proposer des solutions adaptées à leur système de production ».

Muscler le marché des génisses à l’export

Pour le moment, le nombre de génisses à vendre n’a pas évolué. « Si le marché de la semence sexée se développe, comme on peut s’y attendre, nous devrons trouver des marchés à l’export, hors de l’Union européenne », reconnaît Gilles Serais, directeur d’Ouest génisses. « Il faudra avoir une force de frappe comme les Allemands ou les Hollandais qui exportent bien plus d’animaux. Nous sommes en veille : nous avons un œil sur les ventes de semences et sur le nombre de veaux femelles nées. Nous avons deux ans pour anticiper et trouver des débouchés pour les amouillantes ou les jeunes vaches ».

Baisse du prix des bons veaux croisés

Pour Aurélien Michel, d’Evolution, la proportion d’inséminations en races laitières, à moyen terme, pourrait être la suivante : un tiers de semences sexées, un tiers de conventionnelles et le reste en croisement industriel (taureau à viande). Quelles seraient les conséquences sur le marché du veau ? « Le marché français réclame du bas de gamme, des mâles noirs pour les ateliers de veaux de boucherie, et du haut de gamme pour l’engraissement : de très bons croisés. Le milieu de gamme, constitué de croisés limousins ou de mauvais Blanc-bleu, trouve plus difficilement preneur », indique Laurent Chupin, d’Actiouest. « Tout dépend du choix de l’éleveur. Certains espèrent des vêlages faciles et utilisent des taureaux limousins, dont les veaux valent, en moyenne, 100 euros de moins que les croisés Bleu-blanc ». Pour François Bolez, d’ACV, le risque, si le croisement industriel se développe dans le sillage de celui de la semence sexée, est de voir le prix des bons veaux croisés diminuer. « Pour les ateliers d’engraissement, on peut imaginer que certains éleveurs produiront des taurillons croisés au détriment des noirs ». Alain Lajoye, de Negoval, partage ce point de vue. « Je n’ai pas d’inquiétude, nous aurons les débouchés pour tous ces types de veaux. L’augmentation du nombre de croisés serait une bonne chose, avec, c’est vrai, la possibilité de voir la plus-value baisser pour les bons animaux ». Bernard Laurent

L’avis de Stéphane Le Marchand, Éleveur SCEA Le Marchand à Saint-Caradec (22)

Nous produisons 360 000 l de lait et nous vendons une dizaine de génisses par an pour assurer un revenu complémentaire et promouvoir la race normande. Dans cette optique, nous utilisons de la semence sexée depuis 2 ans. 15 % des doses environ. Cette année, ce sera 35 % avec l’objectif d’atteindre la moitié des paillettes rapidement. L’idée : obtenir le maximum de femelles pour fournir le marché de l’après-quotas.
Ensuite, sur les vaches faibles en Isu, même quand elles sont bonnes en morphologie, j’ai recours au croisement industriel avec du Blanc Bleu. Ces croisés se vendent 5 fois plus cher qu’un mâle normand. Le dernier parti il y a 15 jours s’est négocié à 500 €. En fait, le produit généré par la vente de 4 ou 5 veaux croisés suffit à financer le surcoût de la semence sexée. Et comme nous avons un bon taux de fécondité, 56 % de réussite à l’IAP, il m’arrive de mettre du sexé même sur des vaches en 4e ou 5e lactation. TD

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