Quelle place pour la France dans le monde de la volaille ?

combat poulets - Illustration Quelle place pour la France dans le monde de la volaille ?

La volaille sera bientôt la viande la plus consommée dans le monde. La production continue de progresser tous les ans. La France vise d’abord la reconquête de son marché intérieur et espère se servir de cette expérience pour rebondir à l’export.

« La volaille sera bientôt la viande la plus consommée au monde. C’est l’avenir, car ce sont les animaux transformant le mieux la protéine végétale en protéine animale. De 2013 à 2014, la production mondiale a encore progressé de 2,3 % », lançait Christian Renault, directeur du cabinet d’étude AND-International lors de l’assemblée générale de l’Interprofession volailles de chair, le 22 avril, à Angers (49). Selon lui, 34 % de la viande produite dans le monde est constituée de volaille, viande « universelle » la mieux adaptée aux défis du temps présent : démographie, environnement, compétitivité. « Dans les 10 ans qui viennent, 800 000 t de volailles vont être consommées en plus, rien qu’en Europe. » La consommation se développe partout et la production aussi.

Une compétition mondiale en élargissement permanent

« La compétition est ainsi mondiale, multilatérale et en élargissement permanent », observe Christian Renault. Cette production planétaire de poulet progresse en moyenne de 2,9 millions de Tec (tonne équivalent carcasse) par an depuis 2002. « C’est-à-dire 1,3 fois celle de la France. » Selon la FAO, cette croissance sera de 20 % d’ici à 2022. Il y a donc certainement des marchés à prendre. Mais si elle est globale, les zones émergentes comme l’Asie ou la CEI (communauté des anciennes républiques soviétiques) sont très dynamiques. De nombreux nouveaux acteurs en Asie et dans la zone Afrique et Moyen-Orient se lancent dans la volaille. Pendant ce temps, les USA, la Chine et l’Union européenne sont à la traîne, mais ce dernier affiche une reprise significative depuis 2009. « La croissance la plus rapide revient à la Russie et l’Inde qui progressent de 32 % sur leur marché domestique. La Turquie, l’Argentine et la Thaïlande dopent de 21 % leurs exportations. »

La Pologne a doublé sa production en 10 ans

En 10 ans, la production française a reculé de 10 %. Dans le même temps, la Pologne a doublé la sienne, dépassant les volumes produits dans l’Hexagone en 2014. Les Allemands sont aussi très dynamiques : leur production a augmenté de 50 %. Les Pays-Bas suivent la tendance avec + 49 %, l’Italie + 20 % et l’Espagne + 10 %. « L’Europe s’est doté de singularités réglementaires, comme pour le bien-être animal, mais aussi en matière d’environnement avec des règles bien plus strictes qu’aux États-Unis ou dans les pays émergents. Selon la LEI (institut d’économie agricole des Pays-Bas), cela représente 5 % de coûts supplémentaires sur le prix du vif », rapporte Christian Renault. Il ajoute que l’industrie européenne achève un processus de concentrations nationales. « L’année 2014 a été riche en événements. Tout d’abord avec la résilience des entreprises spécialistes du poulet export et des perspectives de redéveloppement. Ensuite, les accords Sofiprotéol-LDC et l’élévation du groupe sarthois au 3e rang européen, en mesure de faire front sur tous les marchés intérieurs. » Dans cette quête de renouveau, le rôle des grandes entreprises sera central et la France n’est pas démunie avec des sociétés comme LDC. « L’étape de la concentration européenne viendra bien un jour et notre pays peut être à la tête de cette restructuration. »

L’Europe s’est doté de règles plus strictes qu’ailleurs dans le monde. Cela représente 5 % de coûts supplémentaires sur le prix du vif.

Vers un retour en force de l’aviculture française

Mais le premier chantier est bien la reconquête du marché intérieur qui se fera grâce à une meilleure productivité et une amélioration des coûts de production. Pour le directeur d’AND-International : « Cela pourrait bien être la première étape d’un retour en force de l’aviculture française. »  Et de chiffrer : « Le marché national augmente de 30 000 Tec par an en moyenne sur les 5 dernières années. Le potentiel de reconquête du marché français est de plus de 300 000 Tec. Ce volume est l’équivalent du développement de l’Allemagne lorsque les hard-discounters se sont mis à vendre de la viande de volaille allemande. » Les vecteurs de croissance sont la découpe de poulet standard pour les ménages et les viandes de fabrication.
Viendra ensuite le positionnement sur les marchés extérieurs, qui passera par des stratégies renouvelées. « On pourrait même devenir un des leaders des volailles différenciées à l’export. » Nicolas Goualan

L’avis de Jean-Michel Schaeffer, Président de la confrérie française de l’aviculture (CFA)

Sur les aspects normatifs, nous avons eu un assouplissement sur la question des installations classées. Mais il reste encore beaucoup de choses à construire. Aujourd’hui, ces normes sont gérées par le ministère de l’Environnement avec un soutien du ministère de l’Agriculture. Mais c’est bien l’environnement qui possède la compétence sur ce domaine. Il faut avouer que ce n’est pas simple de discuter avec eux, cela demande énormément d’énergie. Malheureusement, nous avons une administration très militante dans la manière de voir la production agricole de demain.

Un travail de longue haleine pour obtenir ce que font nos voisins.

Ils ont une vision un peu passéiste de ce que pourrait être la politique environnementale. Au lieu de miser sur l’innovation et les nouvelles technologies, souvent ils misent sur une agriculture un peu bucolique qui n’a probablement jamais existé. C’est dommage alors que l’on doit travailler avec eux pour essayer d’améliorer nos normes. C’est un travail de longue haleine pour simplement obtenir ce que font nos voisins.

 


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