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Désherbage des céréales

La résistance aux herbicides apparaît en Bretagne

Depuis de nombreuses années, le phénomène de résistance des adventices aux herbicides est connu en France. Mais il concernait jusqu’ici assez peu la Bretagne.

La résistance aux herbicides n’est pas un phénomène nouveau puisque, dès la fin des années 1970, les cultures de maïs étaient concernées par des adventices devenues insensibles à l’atrazine (morelle, chénopode, amarante…). Dans les années 1990, des vulpins et ray-grass sont devenus résistants aux anti-graminées foliaires, puis aux sulfonylurées. Depuis quelques années, des coquelicots sont également résistants. Ces phénomènes concernaient jusqu’ici assez peu la Bretagne. En 2014, les premiers cas de résistance du séneçon aux sulfonylurées ont été confirmés dans la région.

Matricaire et séneçon résistants aux sulfonylurées dans les céréales
Matricaire et séneçon résistants aux sulfonylurées dans les
céréales.

Un phénomène inévitable

L’apparition de la résistance d’une adventice à un mode d’action herbicide est un phénomène inévitable et spontané, indépendant de l’utilisation des herbicides. En effet, au sein d’une population, il existe un nombre limité d’individus naturellement résistants. En cas de mauvaise efficacité des programmes de désherbage, on assiste à une augmentation rapide du nombre de ces individus résistants. On en retrouvera également plus dans les parcelles très infestées. L’utilisation répétée d’un même mode d’action herbicide devient le révélateur de la résistance car, en éliminant les individus sensibles, il sélectionne les individus résistants.

D’un point de vue biologique, la résistance aux herbicides peut être le fait de deux mécanismes différents, qui peuvent éventuellement coexister pour une espèce d’adventice dans une même parcelle. Le mécanisme le plus simple est la mutation de cible. L’herbicide n’est plus fixé par la plante, elle devient alors totalement insensible, quelle que soit la dose de produit appliqué. Pour cette forme de résistance, tous les herbicides ayant le même mode d’action seront également inefficaces. On parle de résistance croisée (par exemple un ray-grass résistant au clodinafop (matière active du produit Célio) le sera aussi au pinoxaden (matière active du produit Axial Pratic).

Efficacité et diversité pour éviter les résistances

En pratique, pour prévenir tout risque de résistance, les stratégies de désherbage devront respecter deux grands principes : efficacité des interventions et diversification des leviers. On veillera en premier lieu à diminuer le stock d’adventices dans les parcelles en réalisant des faux semis, quand l’interculture s’y prête et en visant 100 % d’efficacité pour les désherbages réalisés sur toutes les cultures de la rotation (sol propre au semis, produits adaptés à la flore, intervention précoce, bonnes conditions d’application, rattrapage si nécessaire). En second lieu, on devra impérativement diversifier le mode d’action des herbicides utilisés, en limitant sans forcément le supprimer, le mode d’action concerné par résistance. Dans la mesure du possible, on diversifiera également les moyens agronomiques (rotation plus longue, au besoin réintroduction de cultures de printemps, le cas échéant réintroduction du labour occasionnel…). À noter toutefois que le travail du sol est un levier moins efficace sur dicotylédones que sur graminées.

Le deuxième mécanisme, dominant pour les graminées, est la résistance métabolique par détoxification. La plante absorbe le produit, mais le rend inactif, comme peut le faire la culture traitée. Ce type de résistance est plus difficile à détecter au champ, car les symptômes peuvent être passagers et plus variables. De plus, des matières actives avec le même mode d’action peuvent avoir des sensibilités différentes. Ce mécanisme est le plus préoccupant, car des modes d’action différents peuvent également devenir inefficaces.

Dans une parcelle où un échec de désherbage est constaté, la résistance n’est pas obligatoirement présente. Avant de conclure, il convient de s’assurer que la mise en oeuvre du ou des produits herbicides utilisés ait été réalisée en respectant les conditions pour obtenir une bonne efficacité : choix du produit adapté à la flore, stade des adventices le jour du traitement, dose de produit, conditions d’application (sol et climat). Une fois ce diagnostic posé, on pourra effectivement s’interroger sur les causes d’un échec. En cas de doute, des tests au laboratoire peuvent être réalisés pour obtenir une confirmation.

Vulpin et ray-grass

À ce jour, les résistances aux herbicides en France concernent 28 espèces et 5 modes d’action. Mais les cas les plus répandus, et de loin, concernent deux espèces de graminées et deux modes d’action. Le vulpin et le ray-grass sont rapidement devenus résistants aux herbicides du groupe A (inhibiteur ACCase) qui comprend tous les produits antigraminées à d’action foliaire. Puis ils sont également devenus résistants aux herbicides du groupe B (inhibiteur ALS) qui comprend principalement la famille des sulfonylurées, famille de produits efficaces sur dicotylédones, mais aussi sur graminées pour certaines d’entre eux. Depuis quelques années, on observe des cas d’adventices dicotylédones résistantes aux herbicides du groupe B, mais en nombre beaucoup plus restreint. Il s’agit principalement du coquelicot, mais également de quelques cas isolés de matricaire et stellaire, voire séneçon depuis cette année en Bretagne.

Exemples de solutions alternatives aux sulfonylurées
Exemples de solutions alternatives aux sulfonylurées efficaces sur séneçon et matricaire.

Les facteurs de risque

Le fait que les herbicides de la famille des sulfonylurées se retrouvent aujourd’hui confrontés à de nombreuses espèces résistantes n’est pas le fruit du hasard. Ces matières actives ont de nombreux atouts, faible grammage, faible toxicité, large spectre… Elles rentrent dans la composition de nombreux produits antigraminées et/ou antidicotylédones et sont largement utilisées, sur un grand nombre de cultures. Mais leur mode d’action à risque (le gène de l’ALS peut muter facilement) est facilement contourné. La probabilité d’apparition de populations résistantes est donc forte avec cette famille chimique.

Concernant les espèces d’adventices, leur probabilité d’exposition au phénomène de résistance est liée à leur biologie. Une forte production grainière, un faible taux de décroissance annuel, un mode de fécondation allogame, une propagation des graines par le vent sont des caractéristiques qui augmentent le risque d’apparition de résistance.

À l’échelle de la parcelle, l’apparition d’adventices résistantes aux herbicides est la résultante d’une addition de facteurs de risque. L’utilisation répétée de produits avec le même mode d’action, avec des pratiques de désherbage ne permettant pas d’obtenir des efficacités maxima (traitement unique, stade d’application tardif) crée une situation très favorable aux résistances. Des pratiques agronomiques simplifiées, avec l’absence totale de labour et des rotations courtes, surtout en absence d’alternance de cultures d’hiver et de printemps, amplifient ce risque. Michel Moquet – Eric Masson Arvalis-Institut du végétal

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