Economie, marchés et gestion

L’alimentation des animaux joue sur notre santé

La composition des aliments donnés aux animaux impacte la qualité nutritionnelle des produits carnés et laitiers. Et, indirectement, influe sur la santé des consommateurs.

« Il est possible, via l’alimentation animale, d’orienter la qualité des produits laitiers, des viandes et des œufs en fonction des recommandations du monde médical ». Jacques Mourot, de l’Inra, pense, en premier lieu, aux oméga 3, ces bonnes graisses, dont la consommation est souvent insuffisante chez l’homme. « Nous avons oublié la relation entre acides gras ingérés et acides gras déposés dans les produits animaux. Nous pouvons introduire des acides gras d’intérêt pour les hommes dans les aliments pour animaux ». En clair, donnons de bonnes graisses à nos animaux et le consommateur les retrouvera dans son assiette. La graine de lin permet d’équilibrer une ration à base de maïs et de soja déficitaire en oméga 3. «Un apport de lin dans l’alimentation du porc permet de multiplier par 7 le nombre d’oméga 3 dans une côte de porc et par 5 dans un pâté de campagne ». Le pâturage au printemps et les herbes ensilées à cette période ont un effet similaire dans les produits laitiers ou la viande bovine.

Accroître la quantité d’acides gras oméga 3 dans les aliments n’est pas suffisant. Il faut tenir compte de la présence d’acides gras oméga 6, afin que le rapport oméga6/oméga 3 se rapproche des recommandations, c’est à dire 5.  « Il est proche de 20 actuellement dans notre alimentation. Il ne peut être abaissé que grâce à une augmentation des oméga 3. Les oméga 6 sont déjà proches des recommandations ». Le poisson ou l’huile de colza, riches en oméga 3, permettent de combler, directement, cette carence. Les compléments alimentaires aussi, mais l’objectif des programmes de recherche vise à atteindre les recommandations nutritionnelles en modifiant le moins possible les habitudes alimentaires, très prégnantes, et en proposant des menus accessibles au plus grand nombre. D’où l’intérêt de travailler en amont sur les aliments donnés aux animaux.

Yaourts enrichis en sélénium

La Ferme expérimentale de Grignon a mis sur le marché, l’an dernier, un yaourt deux fois plus riche en sélénium que les yaourts classiques. La teneur obtenue est le fruit de l’enrichissement de la matière première, en l’occurrence le lait, suite à l’amélioration de la ration des vaches. Une logique qui rappelle celle de Bleu-Blanc-Cœur pour les oméga 3.Cette innovation est le fruit de la collaboration avec Alltech, qui fournit le sélénium organique (issus de levures), considéré comme plus assimilable que son concurrent d’origine minérale. Ses effets ont été observés sur la santé des vaches : baisse du taux d’infection, amélioration du taux de guérison et de la qualité du lait. Le yaourt contient deux fois plus de sélénium que les yaourts classiques. Ce qui pourrait aider les consommateurs à se rapprocher de la recommandation nutritionnelle, qui est de 55 µg/jour. L’apport moyen dans la population française est d’environ 45 µg/j.

Demain, des algues dans les rations

Les oméga 3 à longue chaîne (acides gras polyinsaturés comme le DHA), présents en grande quantité dans le cerveau, sont également recommandés. Ils font défaut dans les aliments d’origine végétale terrestre ; mais il y en a dans ceux d’origine animale, notamment marine. « L’alimentation animale pourrait être mise à contribution. En faisant consommer des algues, riches en oméga 3 à longue chaîne, aux animaux, on en retrouvera dans nos assiettes ». Les protéines n’ont, quant à elles, que peu d’effet sur la qualité nutritionnelle. Elles ont une influence sur la croissance. L’alimentation animale pourrait, par ailleurs,  permettre d’augmenter le taux de vitamines ou de fer dans les produits dérivés, selon Jacques Mourot. Mais le concept « Bleu-blanc-coeur » (aliments riches en oméga 3) de demain pourrait être lié à la démarche d’enrichissement en antioxydants, notamment de sélénium « que l’on peut, comme d’autres oligo-éléments, augmenter dans les aliments pour animaux. C’est, au final, bénéfique pour l’homme mais aussi pour la santé des animaux qui les consomment ». Bernard Laurent

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