Les producteurs en pleine récolte des artichauts

legume-artichaut-recolte-main-oeuvre-revenu-producteur - Illustration Les producteurs en pleine récolte des artichauts

La récolte des artichauts a démarré depuis quelques semaines. Ce légume gourmand en main-d’œuvre, qui n’assure pas toujours un revenu convenable à ses producteurs, tente de rajeunir son image auprès des consommateurs.

La récolte des artichauts a démarré depuis un peu plus d’un mois sur la côte Nord Bretagne. « Nous en sommes à la cinquième semaine de campagne. À cette époque de l’année, la grosse majorité des volumes récoltés par les producteurs sont en Camus. L’hiver humide a fragilisé le Castel. La semaine dernière en Bretagne on a récolté chaque jour environ 360 t de Camus et 50 t de Castel », explique Gilles Moal, producteur de légumes à Saint-Pol-de-Léon et président de la section artichaut du Cérafel. Il ajoute que la première semaine de juin, alors que la saison débute, le prix s’est déjà effondré passant à 0,40 €/kg alors qu’il était à 1 €/kg quelques jours auparavant. « Nos différents marchés nous permettent logiquement d’écouler 500 t/jour d’artichauts et en ce moment avec 400 t/jour il y a une chute des prix et même des invendus. On sent que le commerce est dur. »

Un produit qui s’exporte

La consommation d’artichaut a tendance à s’essouffler et les surfaces à régresser. Le Camus est l’artichaut traditionnel breton, c’est lui qui assure la moitié du tonnage total commercialisé. « Heureusement qu’on a enrichi nos productions avec d’autres variétés comme le Castel, le petit violet et le dernier arrivé le Cardinal. Cela nous permet d’étaler la production, de lisser le prix moyen sur la saison et de gagner de nouveaux marchés », livre Gilles Moal. L’artichaut globuleux (Camus, Castel) Prince de Bretagne est principalement commercialisé sur le marché français, mais il s’exporte également en Italie (1 000 t), en Belgique (800 t), aux Pays-Bas (600 t) et en Allemagne (500 t). Le petit violet est très apprécié des Italiens qui en achètent plus de 5 millions de têtes par an. « Les petits violets sont aussi beaucoup consommés dans le Sud de la France. On a élargi notre bassin de consommation et la complémentarité des gammes permet de vendre du Camus et du Castel aux acheteurs du Sud. »

Rajeunir l’image de ce légume

La Bretagne est la seule région en Europe où les producteurs financent eux-mêmes la recherche variétale. L’Organisation bretonne de sélection (OBS) a mis plusieurs années à mettre au point un gros artichaut violet appelé Cardinal. « Cette variété est en test depuis 2 ans. Cette année, 25 ha ont été emblavés entre le Finistère et les Côtes d’Armor. Ça permet aussi aux négociants de proposer un produit nouveau à leurs clients et apparemment ça plaît beaucoup. » Grâce à la diversification, les producteurs essayent de séduire de nouveaux consommateurs et de rajeunir l’image de ce légume. Le service marketing de Prince de Bretagne a aussi beaucoup travaillé sur ce dossier et une campagne de publicité particulièrement originale est en cours de diffusion.

Gilles Moal fait remarquer qu’il y a des efforts à faire au niveau des distributeurs et de la bonne conservation du produit. L’artichaut est plutôt un achat d’impulsion, il faut donc qu’à l’étal, il séduise le consommateur et lui renvoie une image de fraîcheur, ce qui n’est pas toujours le cas. « C’est un légume qui plaît beaucoup. Lorsque l’on récolte, il arrive souvent que des personnes s’arrêtent en bout de champ pour nous demander des artichauts. On se rend alors compte de l’importance du visuel et de la fraîcheur du produit dans l’acte d’achat. »

Un travail long, physique et laborieux

Les surfaces en artichaut diminuent dangereusement et c’est sûrement lié aux diverses interventions sur la culture qui sont quasi-obligatoirement manuelles. « Le dédrageonnage est l’opération qui consiste à ne laisser qu’une plante sur chaque souche et qui s’effectue manuellement souvent à genou ou à 4 pattes. Il faut le faire dès la première année et ensuite 2 à 3 fois tous les ans le temps de la culture. C’est un travail long, physique et laborieux », avoue le producteur qui ne manque pas de rappeler la difficulté qu’ils ont à trouver de la main-d’œuvre. Sur le secteur de Paimpol (22), cette opération laborieuse commence à être en partie mécanisée. Mais en condition humide, c’est une porte d’entrée aux maladies car il y a des problèmes de cicatrisation des souches. « C’est une production particulièrement ingrate qui demande beaucoup d’investissement et principalement en main-d’œuvre sans garantie de prix ni de résultat. » L’arrivée des automoteurs pour la récolte ayant remplacé le ramassage avec des hottes sur le dos a été une véritable révolution et a aidé à maintenir la production. « Ça fait de la récolte la partie de plaisir de cette culture. » Nicolas Goualan

L’avis de Emmanuel Descloux, Directeur marketing Prince de Bretagne

Le gros artichaut appelé globuleux s’adresse au marché français, il est très dépendant de la mode de consommation et de la météo. Le beau temps et les températures assez élevées, comme en ce moment, ne sont pas très favorables aux légumes à cuire en général et à l’artichaut en particulier. On explore donc quelques pistes pour développer l’export sur les gros artichauts. Parti du constat que, sur les dernières années, on avait du mal à recruter de nouveaux consommateurs, on a souhaité rajeunir l’image de ce légume. On a travaillé au niveau de la section artichaut du Cérafel sur la communication autour de ce produit. On en a tiré une campagne de publicité qui délivre le message de façon humoristique. On s’est appuyé sur des chiffres : 50 % des personnes qui rentrent dans un magasin vont au rayon fruits et légumes. Sur ces 50 %, les légumes sont achetés pour plus de 85 % par des femmes. Cette campagne a donc été diffusée dans la presse féminine s’adressant aux 25/35 ans, la tranche que l’on veut cibler.


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