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Culture : d’un confort chimique à un confort plus agronomique

En culture, l’innovation consiste à combiner plusieurs méthodes culturales déjà existantes pour limiter le recours à la chimie.

Continuer à produire autant sinon davantage avec plus de contraintes environnementales et sociétales… Un grand enjeu pour les années à venir et dont certains se demandent par quel bout répondre à cette demande sans pénaliser le revenu sur l’exploitation. « Demain, le critère d’évaluation ne sera plus la productivité des systèmes de culture », explique Patrice Cotinet, de la station expérimentale de Kerguéhennec (56), lors de la journée innovation en agronomie. Et de poursuivre : « Dans ce nouveau contexte, le raisonnement sur marge ne sera pas suffisant. » Les pratiques devront évoluer pour mettre en place un système rentable économiquement, respectant l’environnement et acceptable socialement, les trois piliers de la durabilité.

Remise en cause des rotations courtes

Pour cela, il faudra nécessairement « passer d’un confort chimique à un confort plus agronomique » pour limiter la dépendance à la chimie. Oui, mais comment ? « Il faudra prévoir une phase de reconception du système de culture, plus robuste et moins vulnérable aux ravageurs.» Si la conduite est plus durable dans le temps, elle est cependant difficile à mettre en œuvre car elle remet souvent en cause les rotations courtes blé/maïs, en se basant sur des méthodes préventives. Aussi, sur le site expérimental, à cette rotation classique, de la féverole et du colza ont été introduits pour rallonger la rotation sur 6 ans pour une conduite « intégrée », en supprimant tout insecticide et molluscide.

Le grand retour de l’agronomie

« Les pratiques agronomiques doivent être repensées au niveau de la rotation globale et non plus culture par culture ». Le labour n’est plus pratiqué qu’une année sur six, «après le maïs grain, pour éviter tout problème de mycotoxines avant les céréales ». Le choix de variétés de céréales « rustiques », et en mélange, tout en veillant aux respect des dates d’épiaison et de la hauteur des pailles, semées à une faible densité de 200 grains/m², permet de limiter la pression maladie, les besoins en azote et le régulateur. Ces résultats, sans traitement fongicide en 2013, ont permis d’obtenir 80 q/ha en blé. Cette année, la pression maladie étant plus forte, un traitement a été apporté il y a quelques jours. Les Outils d’aide à la décision (OAD) permettent de mieux cibler les produits de traitement, l’agriculture de précision de mieux les localiser. Sur le semoir, le changement de buses permet d’intervenir sur les rangs, et l’ajout des effaceurs de traces de roues évite le ruissellement. De plus, le désherbage mécanique permet aussi de limiter les produits chimiques mais peut augmenter le temps de travail avec une moindre efficacité. Rien de bien innovant en soi. Mais, c’est la combinaison de ces nombreux facteurs, déjà existants et connus, qui limitent le recours à la chimie et qu’il conviendra d’apprendre à maîtriser sur son système. Carole David

L’avis de Aurélien Dupont, Chambre d’agriculture de Bretagne

Les essais menés à la station expérimentale de Crécom depuis cinq ans permettent de révéler quelques indicateurs sur une rotation de maïs/blé/maïs/triticale. Au niveau de l’indicateur de fréquence de traitement (IFT), l’objectif est atteint avec 67 % de réduction de traitement hors herbicide. Sur blé et colza, les objectifs sont plus difficiles à atteindre avec l’utilisation d’herbicides de prélevée. Les rendements sont conformes au secteur. Si des gains sont visibles au niveau des charges opérationnelles (-111 €/ha), ils permettent de dégager une marge brute supplémentaire de 20 €/ha. Car avec le faux semis, le désherbinage….les charges de mécanisation sont quant à elles supérieures de 100 €/ha, avec un temps de travail supérieur de 2 h/ha.

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