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Brésil, champion du monde !

La coupe du monde est d’ores et déjà brésilienne… Bien sûr, il ne s’agit pas de football, puisque les 32 meilleures équipes du monde n’ont pas encore foulé la pelouse sacrée. Nous parlons ici du marché du soja, où le Brésil vient de ravir le titre de premier exportateur aux USA.

Sur 2013/14, le pays devrait exporter 44 Mt de graines de soja, devançant d’une courte tête les Etats-Unis, qui n’ont pourtant pas chômé cette saison. Et les Brésiliens devraient s’installer pour un moment (sauf aléas climatiques) sur la première marche du podium. La course aux hectares de soja est en effet lancée dans ce pays vaste comme un continent. On peut s’inquiéter de la déforestation, de la main-mise par les grands propriétaires terriens sur cette culture, et de l’hégémonie des grands négociants internationaux dans le business local. Il n’empêche, les solutions de rechange pour approvisionner une planète en pleine ébullition protéique n’existent pas.

Une demande toujours plus pressante

Il faut donc se réjouir de l’annonce d’une nouvelle hausse des semis brésiliens cet automne. On parle de 2,3 M d’hectares supplémentaires, au détriment des pâtures dans le nord-est du Mato Grosso et dans les zones du nord (Maranhão, Piauí, Tocantins et Bahia). Si on ajoute à ces surfaces en hausse, le recours à de nouvelles semences, la production pourrait faire un bond de 10 Mt l’an prochain, soit 97 Mt. Mais cette progression est nécessaire puisque la demande se fait toujours plus pressante. Depuis le début du 21e siècle, les exportations mondiales de graines de soja ont doublé, atteignant 113 Mt cette année. La Chine, qui ne pesait que pour 19 % des échanges mondiaux en 2001/02, en représente désormais 62 %, engloutissant toutes les disponibilités supplémentaires chaque année. Et comme l’Argentine reste assise sur ces graines depuis deux ans pour cause d’inflation galopante, le Brésil et les USA ne sont pas de trop pour approvisionner les clients hors de leurs frontières. Mais la progression de la demande pour le soja brésilien vient aussi d’une demande locale en augmentation constante. Non seulement le Brésil est un gros exportateur de viande et a donc des besoins en alimentation animale qui progressent saison après saison, mais le pays s’est aussi clairement positionné sur le biodiesel. Le biocarburant est produit à 70 % à partir d’huile de soja. Le pays encourage l’incorporation obligatoire et une hausse de 2 % du taux de mélange sera effective entre juillet et novembre prochains, permettant d’atteindre 7 % d’incorporation d’ici la fin de l’année. Il faut dire que les unités de production de biodiesel ne sont actuellement utilisées qu’à la moitié de leurs capacités.

Le prix du soja pénalisé par la logistique

Il existe de nombreuses raisons au fait que la hausse des disponibilités brésiliennes ne se traduise pas par une baisse des prix des tourteaux sur le marché français. Certaines sont structurelles, comme la hausse des coûts de production (l’inflation rend les intrants importés de plus en plus chers) et surtout de commercialisation. En effet, il ne suffit pas de produire. Il faut aussi organiser la transformation et/ou la sortie du soja. Or la corruption a fait des ravages années après années. Et l’argent manque pour améliorer la logistique alors que les exportations agricoles sont un des piliers de l’économie. Et c’est là que football et soja se rejoignent, puisque les Brésiliens ne décolèrent pas devant l’argent dépensé dans des stades qui ne serviront plus, une fois les projecteurs éteints, alors que les routes et le réseau ferroviaire acheminant le maïs et le soja sont à bout de souffle. La fameuse autoroute du soja (BR-163) et le port de Paranagua restent notamment, des goulots d’étranglement.

Soja : une menace pour l’environnement ?

Un tiers du territoire brésilien est occupé par des activités agricoles (contre 51% en France). Les Brésiliens ont conscience de l’importance, dans l’écosystème mondial, du poumon vert que représentent les 554 M ha de végétation naturelle inexploitée. Aussi, une très grande partie est déjà protégée. La progression du soja reste cependant une réalité. Elle se fait souvent en deux temps. Le défrichage permet d’abord d’installer de l’élevage, puis les pâturages sont convertis en parcelles cultivées. L’Amazonie, où les conditions climatiques ne sont pas favorables à la culture de l’oléagineux, n’est pas inquiétée par cette expansion. Par contre, les Cerrados, immense savane tropicale qui ressemble beaucoup à celle de l’Afrique, sont au cœur du sujet qui recouvrant près d’un quart du territoire brésilien, a connu un développement de l’agriculture important entre les années 60 et 80. De très grandes exploitations y ont vu le jour, et des pratiques culturales peu adaptées ont dégradé le potentiel agricole de ces sols très sensibles. Si la prise de conscience écologique a été tardive, désormais, tout est mis en œuvre pour développer de façon durable les cultures. Les Brésiliens ont en effet de nombreuses richesses naturelles qu’il convient d’exploiter au mieux et sont conscients qu’il sera dommage de tuer la poule aux œufs d’or.

Dépendance face à la trituration

Les autres raisons aux prix élevés que nous connaissons depuis 2012 sont conjoncturelles. Le prix spot moyen du soja à Montoir est passé de 344 €/t en 2011 à 428 €/t puis 430 €/t  les deux années suivantes. Depuis début 2014, il s’affiche en moyenne à 461 €/t. Non seulement la graine et son co-produit valent très cher aux USA, car les stocks sont épuisés, mais les volumes supplémentaires de graines produits en Amérique du Sud sont aspirés par la Chine, qui triture sur place pour ses propres besoins. En conséquence, les vendeurs de tourteaux sont de moins en moins présents. Le Brésil, qui était notre fournisseur historique, n’augmente plus son offre de farine au prorata de l’extension de ses récoltes. La France, qui ne possède qu’une usine de trituration de soja, reste donc liée à la bonne volonté des Argentins qui régulent aujourd’hui le marché mondial des tourteaux. Or tant que la situation économique argentine restera bloquée par un peso surévalué, le soja ne sortira qu’au fur et à mesure des besoins en trésorerie des agriculteurs. Le problème n’est donc pas l’offre en Argentine, mais sa mise à disposition… Et la visibilité sur ce marché est particulièrement opaque. Patricia Le Cadre

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