Productions Agricoles

Les dépenses de santé curatives en baisse de 40 %

Depuis 10 ans, la diminution des traitements curatifs de plus de 40 % témoigne d’une meilleure maîtrise sanitaire des élevages, de l’efficacité de nouveaux vaccins et de la volonté de limiter le recours aux antibiotiques.

« L’utilisation de génériques ne peut pas expliquer la baisse de 40 % des dépenses de santé en élevage conventionnel. Si le prix des médicaments avait baissé à ce point, les éleveurs l’auraient remarqué ». Isabelle Corrégé, de l’Ifip, intervenante aux Journées de la recherche porcine, la semaine dernière, écarte d’emblée cette  explication. Le développement de nouveaux vaccins (PCV2, SDRP, Iléite) explique, en partie, cette amélioration. « Les dépenses de vaccins sont en augmentation sur la dernière décennie, malgré l’arrêt de la vaccination contre la maladie d’Aujeszky ». L’amélioration du statut sanitaire des élevages constatée depuis quelques années se traduit par une diminution des taux de mortalité et par l’amélioration de certains indicateurs technico-économiques.

Prise de conscience de la filière

Les niveaux de dépenses curatives, en supplémentation par voie orale, en antibiotiques et anti-inflammatoires injectables, ont considérablement diminué sur cette période, grâce à une baisse régulière depuis 2006 : de l’ordre de 40 % chez les naisseurs engraisseurs et de 50 % chez les post sevreurs engraisseurs. Chez les premiers cités, cette baisse s’est encore accentuée en 2011-2012. « Les premières mesures volontaires mises en place par les professionnels de la filière et les vétérinaires (restriction d’usage des céphalosporines de dernière génération) puis par les pouvoirs publics (Plan EcoAntibio 2017) ont favorisé la prise de conscience, par les prescripteurs et les éleveurs, de la nécessité d’une utilisation raisonnée et limitée des antibiotiques ».

La baisse des dépenses liées aux antibiotiques converge avec les données collectées par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (tonnage ou niveau d’exposition). « Un suivi indirect de l’usage des antibiotiques peut être réalisé annuellement par la GTE, même s’il s’agit de dépenses, donc sensibles aux variations de prix ». Avis aux éleveurs, pour bien renseigner les données. Chez les naisseurs engraisseurs, les dépenses préventives (vaccins, analyses, honoraires, produits d’élevage) sont supérieures aux curatives. « Leur part respective augmente : 67% en 2012 contre 56% en 2002 ».

Épandre des bonnes bactéries sur les sols pour maîtriser les pathogènes

La pulvérisation de complexes bactériens pour orienter la flore bactérienne de la surface des salles de maternité et de post-sevrage (PS) pourrait permettre d’éviter le développement de flores pathogènes. Les essais réalisés en station expérimentale semblent le confirmer. Une salle de maternité et une de PS, lavées, désinfectées, séchées puis traitées par nébulisation d’un complexe bactérien (bactéries lactiques) ont été comparées à des salles témoins identiques (sans la nébulisation) avec des truies et des porcelets d’une même bande. Selon Isabelle Corrégé, vétérinaire à l’Ifip, qui a mené l’essai, les principaux bénéfices sont une amélioration significative de la santé digestive (évaluée par les scores fécaux) en maternité et en post-sevrage. Le pourcentage d’arthrites en maternité et le poids de portée, bien que favorables à la salle traitée, ne sont pas significativement différents. La vitesse de croissance en PS est significativement supérieure pour les animaux de la salle traitée pendant la période de 1er âge (14 jours après sevrage). Elle n’est pas différente pendant la période de 2e âge (14 à 35 jours). L’indice de consommation suit la même évolution : amélioration en 1er âge.

Ces améliorations constatées de la santé digestive et des performances de croissance peuvent être expliquées par une pression d’infection moindre liée à la stabilisation de l’écosystème bactérien de la salle et éventuellement du tube digestif de l’animal. Il confirme l’intérêt de renforcer l’hygiène des locaux dans le cadre de la prévention des diarrhées du porcelet. L’utilisation de ces complexes bactériens pourrait s’avérer utile dans le contexte actuel de réduction des antibiotiques. Cet essai incite également à poursuivre l’acquisition de connaissances sur les biofilms et l’écosystème bactérien en élevage.

A l’étranger aussi

La baisse des dépenses sur les dix dernières années est plus marquée en Bretagne même si l’écart subsiste avec les élevages hors Bretagne. D’autres pays ne sont pas en reste. Au Danemark, la baisse du recours aux antibiotiques est de 21 à 35 %, selon le stade physiologique, depuis 2010, accompagnée d’une forte augmentation de l’usage des vaccins (+ 20 %). Aux Pays-Bas, le système de surveillance de l’utilisation des antibiotiques estime que l’exposition des porcs a diminué de 60 % depuis 2009. Bernard Laurent

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