L’agriculture se débat à Saint-Brieuc

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Dans un échange passionné, l’agriculture a été débattue entre agriculteurs et consommateurs. 

« On demande aux paysans de produire beaucoup, de la qualité et à pas cher. La société le réclame, mais ne s’interroge pas », lançait l’ancien journaliste Paul Goupil, mercredi 4 décembre à Saint-Brieuc. À l’initiative de la Chambre d’agriculture, « cette soirée interactive pour mener un vrai débat de société » a réuni 500 personnes dans des gradins prévus pour 380 places. Il a fallu rajouter des chaises et refusée des entrées pour accueillir un public varié : « Une moitié d’agriculteurs, un tiers d’extérieurs au milieu et le reste issu du para-agricole », chiffrait Sylvie Conan, de la Chambre 22.

En préambule, Jean-Claude Chassebœuf, producteur de lait et de volaille, avait rappelé quelques chiffres pour « montrer le poids du secteur agricole dans l’emploi. » Sans oublier de revenir sur la question environnementale. « On a souvent entendu parler des fameux 50 mg de nitrates par litre. Voici la réalité à partir des courbes de la Dréal qui montrent une moyenne de 35 mg pour les Côtes d’Armor. Ces résultats positifs sont le reflet de l’engagement des agriculteurs dans la reconquête de la qualité de l’eau à travers le traitement ou l’export des déjections, des baisses d’effectifs dans certaines zones, le respect de contraintes réglementaires lourdes… » Alain Tiengou, producteur de porcs et élu environnement, enfonçait le clou en rapportant que « l’Agence de l’eau communique sur le fait que la Bretagne a aujourd’hui la meilleure qualité d’eau après l’Auvergne ! »

Eaux et Rivières de Bretagne souligne les progrès

Parmi les invités, Gilles Huet, délégué d’Eaux et Rivière de Bretagne, concédait alors : « Y a-t-il une évolution positive sur la ressource naturelle préservée ? Ce n’est pas un sentiment mais une certitude. Dans notre revue, nous soulignons d’ailleurs ces efforts du monde agricole en terme de capacité de stockage des effluents, de baisse de l’azote épandu… Quand on circule en Bretagne, presque toutes les parcelles sont couvertes, favorisant la biodiversité et évitant les fuites d’azote ou phosphore. Les agriculteurs y voient aussi l’intérêt agronomique. Mais il y a 15 ans, cela était perçu comme une contrainte insupportable. N’ayons pas peur du changement. »

À ses côtés, Hubert Garaud, président de Terrena, coop engagée dans l’Agriculture écologiquement intensive (AEI), rebondissait : « Plus d’habitants, plus de demande, à l’avenir mais moins de sol, d’eau, d’intrants et d’énergie disponibles… Nous voulons faire de ce contexte à priori compliqué une opportunité pour l’agriculture et la société en créant de la valeur. » Pour lui, cela passe par davantage d’innovations dans les mains des agriculteurs, une intensification de la matière grise, pour au final « se situer entre le bio et le conventionnel en valorisant nos efforts auprès du consommateur… »

Les méchants agriculteurs des reportages télé apocalyptiques

Ce fameux consommateur que J-C Chassebœuf aimerait plus « citoyen dans ses choix ». Justement, dans la salle, Hervé, professeur de cuisine, posait une question : « Je me positionne en tant que consommateur. Toutes les semaines, Arte et la 5 diffusent des reportages apocalyptiques montrant le monde agricole comme des méchants. Je veux simplement savoir si ce que vous nous proposez est sain ? » Un propos qui pourrait paraître naïf mais qui reflète bien le doute installé dans la tête des gens. Olivier Allain, président de la Chambre 22, interpellait alors la salle : « Qui ne mange pas ses produits ? » Là, plusieurs producteurs ont voulu éloigner le malentendu. « J’ai tué une vachette normande la semaine dernière. J’en mange et mon petit-fils aussi », rassurait aussitôt Francis, producteur laitier et de viande. Marie-Christine, installé en lait et porc, poursuivait : « On peut continuer à dire qu’il y a du Round up, des antibios… Moi, je mange ou bois tout ce que je produis. Et pour montrer la qualité et la traçabilité de notre travail, je demande souvent aux touristes qui fréquentent mes gîtes : qui conserve chez lui les ordonnances du médecin ? Nous agriculteurs, on doit les garder 5 ans. » Mais comme il faut toujours une exception à la règle, Isabelle avouait « je suis éleveuse de poulets et je ne les mange pas. »

Une petite grogne montait en réaction, dissipée par le témoignage de Gilles Salvat, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) à Ploufragan (22) rappelant les « progrès spectaculaires sur le microbien. Nous faisons partie des meilleurs en Europe dans la prévention des toxi-infections. Globalement, les problèmes de santé liée à l’alimentation baissent. C’est aussi au consommateur de faire son éducation en se servant davantage de produits bruts et moins de déjà transformés. »

Quid du modèle breton ?

Mais un débat sur l’agriculture ne pouvait pas avoir lieu sans que le fameux modèle breton ne vienne sur le tapis. Dans la mêlée, Gilles Huet, honnête, lâchait même : « L’agriculture en Bretagne a répondu à la commande de la société : produire des volumes à pas cher avec une réussite exceptionnelle. » Pour Thierry, éleveur porcin, « c’est très malvenu qu’on nous le reproche aujourd’hui. » Mais pour Françoise Hurson, de la Chambre régionale de l’économie sociale (Cres), « force est de constater que le modèle intensif breton est à bout de souffle, plus viable car à trop faible valeur ajoutée… Il faudrait asseoir à la même table associations, consommateurs, agriculteurs, transformateurs, distributeurs pour relocaliser, retrouver de la valeur ajoutée. » Une position que ne partage pas Alain Tiengou qui fait le calcul. « Dans les Côtes d’Armor, il y a plus de 10 000 exploitations. Si on passe tout en circuits courts, 2 000 fermes suffiront à nourrir les 500 000 habitants du département, sans parler des pertes d’emplois liés à la transformation… Que proposez-vous pour embaucher tout ce monde ? » Et Olivier Allain de conclure… « De toute manière, il n’y a  pas de plan B pour la Bretagne. Il faut maintenir un maximum d’élevages pour éviter que la région ne se végétalise. Je dirais même que nos éleveurs, il faut les bichonner ! »
Toma Dagorn

L’avis de Jean-Claude Chasseboeuf, élu à la communication de la Chambre 22

Je ne vous cache pas que ce débat n’a pas été tout de suite compris et accepté par certains producteurs. Se confronter aux consommateurs, aux environnementalistes… Ce n’est pas si évident pour une profession qui souffre d’un manque de reconnaissance de la société et surtout des politiques. Mais il nous semblait presqu’indispensable de proposer un lieu de débat. On a besoin d’échanger, mais surtout de s’écouter. Au final, j’ai apprécié le respect de la parole de chacun alors que le débat a été riche avec des avis parfois tranchés et contradictoires. L’affluence et les retours positifs vont nous pousser à récidiver.


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