le Par 7 modifié : Les agriculteurs sont aux manettes de leur fertilisation

En vigueur depuis septembre dernier, la version modifiée du Par 7 rebat les cartes de ce plan d’action : les agriculteurs sont désormais beaucoup plus acteurs de la juste fertilisation de leurs parcelles.

Une tonne à lisier dans un champ - Illustration le Par 7 modifié : Les agriculteurs sont aux manettes de leur fertilisation
L'indicateur REA estime l'efficacité de la fertilisation. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Le dernier Programme d’actions régional de la Directive nitrates dans sa 7e mouture « devenait illisible. Il y a eu une volonté de le simplifier, afin de se réapproprier ses éléments, et d’avoir une vision agronomique efficace », introduit Edwige Kerboriou, vice-présidente de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne et membre de la commission végétale et environnement. Interrogée sur la dernière modification de ce cadre réglementaire, entré en vigueur en septembre dernier, l’élue se dit satisfaite des changements. Cette modification du Par 7 occasionne de nombreuses évolutions chez les agriculteurs : « Il y avait auparavant une obligation de moyens, avec toujours plus de normes. Nous avons basculé sur une logique de résultats ». Autrement dit, les agriculteurs seront désormais incités, dans le cas où leurs apports azotés ne correspondent pas à de bonnes pratiques, à s’améliorer et à corriger le tir.

Deux indicateurs

Pour évaluer le pilotage de l’azote, deux nouveaux indicateurs sont utilisés : il s’agit du REA (Ratio d’efficience de l’azote), « calculé de façon globale, qui estime l’efficacité de la fertilisation. Par exemple, pour une culture de blé, on peut dire qu’un agriculteur est efficace quand il a apporté un total de 150 uN et que sa culture a produit 90 q : tout l’azote a été consommé ». À partir d’un certain seuil exprimé en pourcentage, ce ratio est qualifié de satisfaisant car il signifie qu’il y a peu de fuite d’azote dans le milieu.

En parallèle de ce REA et comme second indicateur, des mesures de reliquats vont être réalisées dans les prochaines semaines. « Ce n’est pas forcément l’année de référence pour effectuer ces reliquats, car avec la sécheresse, les apports de printemps n’ont pas forcément été valorisés, et avec l’humidification actuelle des sols, la minéralisation reprend », fait observer Anthony Charbonnier, chargé d’étude réglementation environnementale à la Chambre d’agriculture. Cependant, les teneurs exprimées par ces reliquats, sans doute élevées avant l’hiver, seront comparées à celles de fermes de référence bretonnes de la Chambre d’agriculture, ayant connu des situations météorologiques identiques.

Le Par 7 modifié donne les clés aux agriculteurs

Ce Par 7 modifié est effectif, il ne s’agit pas d’une phase d’expérimentation. Les mesures de reliquats seront « principalement réalisées dans les nouvelles zones à enjeux, avec environ 2 500 exploitations ciblées, d’autres seront tirées au sort ». Ces nouvelles zones à enjeux sont représentées par les zones de captage d’eau, les bassins versants situés en amont des vasières concernées par les échouages d’algues vertes. Dans les exploitations ciblées, viendront en priorité celles dont l’indicateur REA est faible. Ce 7e plan modifié est donc vécu comme un plus pour Edwige Kerboriou. « C’est valorisant : quand l’indicateur REA est bon, l’exploitation sera moins ciblée par des contrôles ». Et Anthony Charbonnier d’ajouter que, « dans la très grande majorité des cas, quand le cahier de fertilisation à l’échelle de l’exploitation était correct, l’indicateur REA sera bon ». Concrètement, si ce REA est mauvais et qu’une mesure de reliquat avant drainage dépasse les références régionales, l’exploitation se verra dans l’obligation de refaire ses reliquats pendant 2 ans, à l’automne, à sa charge. En cas de maintien de teneurs supérieures aux références, une obligation de baisse d’apport d’azote de 20 unités sera appliquée, jusqu’à un seuil minimal de 140 uN.

Suppression du plan prévisionnel de fumure

Autre changement, la suppression du Plan prévisionnel de fumure (PPF). Aussi, le cahier de fertilisation, qui enregistre les quantités réellement épandues, ne serait plus en lien avec les parcelles, mais avec des blocs de culture. « Ce serait une réelle simplification. Sur mon exploitation, mon cahier de fertilisation comprend 90 lignes : mes parcelles sont petites et morcelées, avec des rotations classiques de 6 ans de pâture, une céréale, un maïs et un retour à l’herbe. Si la méthode est appliquée, je passerai à seulement une dizaine de lignes sur le cahier de fertilisation ».

Pour certaines rotations, l’implantation d’une interculture courte devient obligatoire ; c’est le cas par exemple entre un haricot et une céréale. Enfin, dans les zones à enjeux, la bande enherbée à proximité de cours d’eau passe de 5 à 10 m. Une nouvelle contrainte qui peut amputer des surfaces cultivables, notamment pour les cultures à forte valeur ajoutée comme les légumes de plein champ.

En conclusion, Anthony Charbonnier estime que ces modifications « donnent les clés aux agriculteurs », car en cas de résultats supérieurs aux références « ce sera à eux de faire leurs choix agronomiques pour revenir aux attendus ».

Fanch Paranthoën


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