St-Ouen-des-Alleux (35)
Malgré l’été caniculaire et la sécheresse, les planches sont fleuries, délivrant de belles couleurs contrastées sous le soleil : boutons rose pâle, tiges et feuilles rouge carmin, explosions orange et bleues intenses… Hélène Lebertre a repris une parcelle de 3,5 ha à Saint-Ouen-des-Alleux en 2023, et a emménagé dans la maison d’habitation sur le site avec sa famille.
Au cœur de la vallée du Couesnon, ces terres sableuses et ventées (d’où le nom de son entreprise An Avel, « le vent » en breton) étaient autrefois conduites en polyculture-élevage. « Je les ai converties en agriculture biologique. J’ai envie de développer la biodiversité sur ma ferme donc je ne souhaite pas utiliser de produits phytosanitaires. »
Gestion de l’irrigation
« Pour le moment, je cultive mes plantes sur 3 000 m² », a détaillé l’agricultrice lors d’une porte ouverte organisée par Agrobio 35 fin août. En 2024, elle a installé des serres, un bassin de récupération des eaux de pluie et un réseau d’irrigation. « J’ai aussi réalisé mes premières ventes sur des marchés d’été cette année-là. » Un forage a été mis en place.
Les fleurs pour leur beauté, leur diversité et le plaisir de les offrir
C’est en 2025 que l’installation effective s’est faite. Auparavant, Hélène Lebertre travaillait dans l’acoustique. « J’ai souhaité prendre la tangente pour la vie paysanne dont je rêvais. » Formée dans un premier temps au maraîchage (BPREA), « je me suis ensuite intéressée aux fleurs, pour leur beauté, leur diversité et le plaisir de les offrir… ».
La porteuse de projet a bénéficié du SIA (soutien à l’installation en agriculture de la région Bretagne destiné aux plus de 40 ans) ainsi que d’une aide de sa communauté de communes. Elle a embauché une personne en CDD qui est désormais en CDI, 3 jours par semaine, et qui la remplace pendant ses congés. Aujourd’hui, une saisonnière est également présente de mai à septembre.


Une gamme en construction
Outre le plein champ, la ferme dispose de deux tunnels de production, d’une petite serre pour les rosiers qui se débâche, d’une pépinière et d’un bâtiment de stockage. « Je cultive des plantes annuelles, bisannuelles et des vivaces. Ma gamme est actuellement en construction », précise l’agricultrice.
« J’ai aussi planté des eucalyptus qui fournissent du feuillage accompagnant les bouquets. Cette espèce résiste bien à la sécheresse. » Selon la productrice, avoir environ 1/3 de feuillages donne une jolie structure aux bouquets. Ses cinéraires maritimes, au toucher duveteux, arborent un joli gris argenté mettant en valeur les fleurs. Le panicome, graminée décorative, apporte légèreté, volume et une touche champêtre aux bouquets.

Les ventes se font à 70 % sur des marchés (comme celui de Liffré tous les dimanches matin), dans les Amap, les Biocoop, lors d’évènements (mariages…) et à 30 % auprès de fleuristes. « Je souhaiterais développer ce dernier créneau car les bouquets demandent davantage de travail et des compétences spécifiques. Chaque débouché a ses caractéristiques : pour les particuliers, les fleurs doivent être récoltées bien ouvertes, alors que pour les fleuristes, elles sont vendues en bottes et récoltées un peu avant floraison. » Actuellement, le séchage de certaines fleurs est réalisé afin de proposer des produits en hiver.
À l’avenir, Hélène Lebertre souhaite développer d’autres voies telles que des ateliers de confection de bouquets. « Mon objectif est d’avoir une ferme vivante », s’enthousiasme-t-elle. Elle entend aussi s’investir dans le Collectif de la fleur française, intégrer le réseau Paysans de nature et réaliser un diagnostic biodiversité avec un naturaliste.
La production et la commercialisation de fleurs coupées bio est une filière en émergence en Bretagne. Une dynamique technique et d’échanges se monte, réunissant les différents groupements bio de la région. Autre organisation, le Collectif de la fleur française – pas exclusivement bio –, est une association créée en 2017, qui rassemble les différents maillons de la filière : producteurs, fleuristes, grossistes et acteurs de la formation. Son objectif est « de faire émerger une filière française de fleurs locales et de saison ».
6e édition des Journées de la fleur française
Le collectif organise les Journées de la fleur française. Cette année, la 6e édition a eu lieu les 19 et 20 septembre, en même temps que les Journées du patrimoine. À cette occasion, de nombreuses animations et des chasses aux bouquets étaient organisées.
Agnès Cussonneau
Plus de 80 % d’importation
La France importe plus de 80 % des fleurs coupées qu’elle consomme, les principaux fournisseurs étant les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Kenya… Sur 2 760 exploitations horticoles ornementales recensées en France, seulement 400 sont spécialisées en fleurs coupées. La structuration de l’offre, un travail sur la gamme, la maîtrise de la logistique et la construction d’une véritable demande chez les fleuristes sont des enjeux.

