Avec une activité étendue dans un triangle Berric-Lauzach-Sulniac, la Cuma La Berricoise (56) tire un amer bilan de l’ensilage de maïs. « C’est la catastrophe, les rendements sont de 40 à 50 % en dessous d’une année normale », selon Willy Danilo, chauffeur de cette Cuma qui dispose d’une ensileuse. Les analyses de matière sèche ne sont pas encore connues, « mais on est sûrement au-dessus des 40 % MS. La fécondation s’est très mal passée, certains maïs n’ont pas du tout de poupées. » La Cuma ensile 1 000 ha, habituellement 200 ha sont moissonnés. Ce ne sera pas le cas en 2026, tous les maïs sont ensilés, il n’y aura aucune récolte en grain. « Beaucoup d’éleveurs ont acheté sur pied sur Elven, commune seulement distante de 20 km, mais dont les parcelles ont été sauvées par des pluies d’orage. »
C’est un tableau d’une tout autre couleur qui se dessine dans le Nord-Finistère, où le jour de la rentrée sonnait aussi la cloche du début des ensilages de maïs chez Mickaël Coat, à Pleyber-Christ (29). Dans une belle parcelle, on pouvait entendre par moment le moteur de l’ensileuse de l’ETA Plougastel de Saint-Thégonnec-Loc Éguiner ronfler un peu plus, signe d’une grande masse de matière végétale à engloutir. Pour autant, l’éleveur de vaches laitières, de bovins viande et de porcs tempère. « Il y a du pique et du carreau », lance le Finistérien, qui cultive 60 ha de maïs, entièrement ensilés. Le tiers est ici implanté sous plastique, « afin de sécuriser le rendement. Il y a une très grande différence cette année entre le maïs sous plastique et celui conduit classiquement ». Cette différence se chiffre, de l’ordre de 18 t MS/ha en système plastique contre 12 en itinéraire sol nu.


Rendements et amidon pénalisés
En Ille-et-Vilaine, le taux de récolte des ensilages de maïs dépend des secteurs, mais on observe souvent 10 jours d’avance. Autour de Rennes, de Châteaugiron, une grande partie des parcelles sont récoltées avec des rendements hétérogènes du fait du manque d’eau. « On peut avoir 6-7 t MS/ha contre 13 t en moyenne habituellement », détaille Philippe Busnel, consultant Eilyps. « Les parcelles qui restent à ensiler sont souvent celles qui ont été ressemées du 20 au 30 mai, suite aux dégâts de la mouche géomyza. »
En milieu de semaine, 80 % des surfaces des clients de l’ETA Gayet basée à Pipriac, dans le sud Ille-et-Vilaine, étaient récoltées. « Nous avons 15 jours d’avance », indique Olivier Gayet. Là aussi, sur des terres peu profondes, les rendements peuvent être réduits de moitié par rapport à la moyenne. « Des difficultés de récolte ont parfois été observées sur de petits maïs ou des parcelles ayant des adventices. »
« Les analyses de matière sèche réalisées cette année montrent une grande variabilité, de 32 à 45 %. Des fourrages trop secs pourront poser des problèmes de conservation », rappelle Philippe Busnel. S’agissant du taux d’amidon, les analyses effectuées sur août affichent une moyenne de 14 % (de 1 à 26 %), alors qu’il se situe à 32 % habituellement. Pour le Nord 35, les récoltes sont en cours. « Dans la zone de Fougères, Dol-de-Bretagne, Combourg, les rendements seront un peu en baisse mais resteront globalement à des niveaux élevés de 15-16 t MS/ha. La valeur alimentaire devrait être préservée. »
Surveiller la météo
Le 31 août, Innoval organisait à Plouguenast (22) sa dernière Rencontre matière sèche en Côtes-d’Armor. Sur plus de 50 analyses, le taux de matière sèche moyen se situait à 28 %, dans la lignée des autres réunions ailleurs dans le département. « Cela renvoie à des récoltes au 10-15 septembre pour le Mené », précisait Gaëtan Gothière, consultant nutrition. Trois à quatre semaines plus tôt que d’habitude dans cette zone du sud de Lamballe. « Les résultats s’étendent de 33 % à 22 %, parfois pour des dates de semis identiques. C’est-à-dire des maïs à récolter tout de suite et d’autres dans trois semaines. » Le conseiller recommande de suivre les prévisions météo de près. « Actuellement, on gagne 9 à 10 degrés jour. Mais avec les 26 °C annoncés en fin de semaine, on aura peut-être 2 ou 3 degrés jour de plus. » Les récents passages pluvieux ont ralenti l’avancée, mais les parcelles peuvent évoluer rapidement.
Demain, prévoir trois mois de stock ?
Dans les échantillons, Gaëtan Gothières observe des « épis plutôt beaux » mais annonce des rendements en recul et « beaucoup d’hétérogénéité » y compris au sein d’une même parcelle. Du côté de la Cuma de la Vallée du Lié qui accueille le rendez-vous, son président Frédéric Le Gallais relativise : « Un voisin a eu besoin de 40 ha pour remplir un silo qui n’en demande que 30 ha d’habitude. Mais on ne peut pas trop se plaindre. J’ai voyagé récemment en dessous de Nantes, à Niort et à Angers. Là-bas, beaucoup de maïs sont tout petits et cramés. » Thierry Collet, éleveur dans le secteur, poursuit : « Le maïs est tout de même une plante résistante. Avec seulement 25 mm d’eau entre le 20 mai et 14 juillet, nous allons sortir 12 t de MS/ha. À côté, les prairies ont beaucoup souffert. » Pour Frédéric Le Gallais, pour s’adapter aux risques climatiques, il faudra peut-être désormais « travailler avec trois ou quatre mois de stock de sécurité en fourrages comme dans les départements plus au sud ».
La rédaction

