La Bretagne découvre cet été qu’un pays vert peut manquer d’eau. Dès la fin juillet, les quatre départements étaient presque entièrement classés en crise sécheresse. Sur les fermes, l’arrêt de la pousse de l’herbe ne relève plus du simple creux estival. Les prairies sont grillées et les stocks d’hiver déjà entamés. La FRSEAO évoque « des ensilages de maïs commencés avec plus d’un mois d’avance ».
Le maïs sèche rapidement
La vitesse avec laquelle les maïs prennent des points de matière sèche prend les ensileuses de court. Attendre une hypothétique pluie peut encore faire perdre de la valeur alimentaire ; ensiler maintenant, c’est accepter un rendement plus faible mais peut-être s’assurer une meilleure conservation. « Chaque parcelle doit donc être observée et sa matière sèche mesurée. Le calendrier habituel n’est plus un repère suffisant ».
Moins de fourrage, davantage d’achats et des prix de vente en recul : les trésoreries vont être prises en étau
La situation met aussi en lumière la fragilité des systèmes très herbagers face à une sécheresse longue. D’autant que lorsque la pousse s’arrête plusieurs semaines, les exploitations disposant de peu de maïs ou de stocks de sécurité ont moins de solutions. Il faut acheter du fourrage (à condition d’en trouver et d’accepter de mettre le prix), réduire les effectifs ou distribuer en août ce qui devait nourrir le troupeau en hiver.
Jusqu’à 100 % de pertes en légumes
Dans la zone légumière, l’addition est déjà lourde. Seuls 20 % des producteurs sont équipés pour irriguer. Selon l’accès à l’eau et les espèces, les pertes vont de 50 à 100 %, notamment en artichaut. Le rendement du Coco de Paimpol est estimé en baisse de moitié. Les potimarrons manquent de calibre. Plus préoccupant encore pour la suite de la campagne, les jeunes plants de chou-fleur reprennent difficilement, ce qui compromet les volumes d’automne et d’hiver. Le constat est aussi inquiétant en légume industrie dont les outils de l’aval sont également menacés par des restrictions d’eau.
Stocker l’eau de l’hiver
Pour Marc Keranguéven, président du Cerafel,« il va falloir apprendre à garder l’eau de pluie de l’hiver ». Le sujet des retenues collinaires et des réserves déconnectées du réseau hydrographique ne peut plus rester enlisé.
Au 18 août, les restrictions ont encore été renforcées en Bretagne. Le Finistère, les Côtes-d’Armor et l’Ille-et-Vilaine sont entièrement placés en crise sécheresse, tout comme la majeure partie du Morbihan. Dans les zones en crise, l’irrigation des grandes cultures, des prairies et des cultures de plein champ est interdite. Les conditions applicables aux autres cultures et aux réserves déconnectées varient selon les départements et l’origine de l’eau.
Stocker ne dispense ni d’économiser ni de favoriser l’infiltration par les sols, les prairies, les haies et les talus. Les réponses sont complémentaires : retenir l’eau dans le paysage, puis sécuriser une part des volumes hivernaux pour les cultures à forte valeur et l’abreuvement. Ce dernier n’est pas soumis aux restrictions générales, mais la Chambre d’agriculture recommande « une réserve tampon contre une rupture du réseau public ».
Le marché n’amortit plus le choc
Le risque économique dépasse désormais la seule récolte 2026. Moins d’herbe et moins de maïs signifient davantage d’achats, y compris pour les porcs, des réformes bovines anticipées et, demain, une production laitière ou bovine amputée. Or ce choc arrive au moment où le prix du lait et celui de la viande bovine reculent, tandis que la sous-consommation pèse sur les débouchés alimentaires. Les exploitations subiront donc simultanément une baisse de produit et une hausse du coût alimentaire. Une mauvaise récolte peut mieux se gérer avec un bon prix ; elle devient beaucoup plus délicate quand le marché baisse aussi.
Après les excès d’eau de 2025, la sécheresse de 2026 rappelle que l’adaptation ne se résume pas à une réponse unique. Stocks de sécurité, assolement diversifié, sols vivants, bocage, irrigation économe et réserves hivernales devront avancer ensemble.
Fanch Paranthoën, Didier Le Du
Accepter des légumes moins réguliers
Opinion – Marc Keranguéven – Président de l’AOP Cerafel et maraîcher Prince de Bretagne.
Chaque jour qui passe fait perdre des légumes aux maraîchers Prince de Bretagne. Toutes les productions sont touchées, particulièrement celles qui ne sont pas irriguées. Les produits actuellement en rayon restent pourtant sains et consommables, même s’ils peuvent être plus petits ou irréguliers.
Nous demandons aux grandes surfaces d’assouplir les critères d’agréage afin d’éviter les refus de marchandises cet été et dans les mois à venir. Les centrales doivent accepter temporairement des produits présentant des défauts liés à la sécheresse, élargir les critères de calibre, de poids et d’aspect, et maintenir un dialogue renforcé pour sécuriser les approvisionnements.
