Une retraite paisible pour les loups de Coat Fur

Sur les hauteurs de Lescouët-Gouarec, à la frontière des Côtes-d’Armor et du Morbihan, un refuge fait le bonheur d’une vingtaine de loups et de près de 5 000 visiteurs chaque année.

Un loup dans une fprêt - Illustration Une retraite paisible pour les loups de Coat Fur
Le refuge bénéficie d’un partenariat avec la fondation Brigitte Bardot, qui travaille sur les dossiers de saisie, et participe aux frais vétérinaires, de transport et d’alimentation. | © Géraldine Bournot-Bigot

Lescouët-Gouarec (22)

Deux hectares et une dizaine d’enclos. C’est la surface que se partagent les 19 loups recueillis par l’association Lupi-Les loups de Coat Fur, créée en 2006 par deux passionnés et quelques investisseurs. « Les meutes sont constituées en fonction de leurs caractères et de leur parcours pour qu’elles vivent en bonne entente », indique Willy Bigot, qui gère le refuge, avec un salarié et un saisonnier, d’avril à septembre, quand le parc est ouvert au public. « Des tensions peuvent apparaître, qui nous amènent parfois à séparer certains individus », précise l’animalier qui se fie à ses observations et aux caméras qui filment les animaux quand les soigneurs sont absents.

Un homme devant l'accueil d'un refuge pour loups
Willy Bigot

Impact de Game of Thrones

Les animaux viennent de tout le territoire français, voire de l’étranger, suite à des demandes de professionnels, de parcs animaliers ou à des saisies de justice. « Quand nous avons décidé de créer ce refuge, l’idée était d’assurer une vie meilleure à des loups malheureux en captivité, souvent utilisés comme animaux de spectacle ou de cinéma ». Depuis une dizaine d’années, c’est le trafic animalier qui alimente le flux vers les refuges. « Cette période correspond à la sortie de la série à succès Games of Thrones. Avoir un ou plusieurs loups était à la mode. Actuellement, ce sont surtout des animaux croisés que l’on recueille. La tendance vient des États-Unis où on les sélectionne pour leur couleur. Le noir argenté est recherché ». Le dernier arrivé à Coat Fur vient de Belgique. « C’est le ministère belge en charge du bien-être animal qui nous a contactés. L’animal est croisé, son ADN a parlé ». Tous les hybrides n’ont pas cette chance. « Dans certains pays, comme en Finlande, ils sont abattus. Ils sont susceptibles de polluer génétiquement les loups sauvages qui pourraient devenir moins craintifs de l’homme et s’attaquer, plus souvent, aux animaux domestiques ». Il est arrivé en bon état. Ce n’est pas toujours le cas. « On a récupéré, en provenance d’un parc zoologique, une louve malmenée par sa meute. Une autre est arrivée avec une chaîne autour du cou, présentant des stéréotypes de stress avancé, une agitation anormale provoquant des problèmes d’articulation ; il nous aura fallu une année pour la canaliser ». Les loups en captivité vivent en moyenne une petite quinzaine d’années. « Ici, la doyenne, c’est Shinta, une louve d’une quinzaine d’années, en pleine forme ».

Visite à pas de loup

Tous les loups ont un abri, situé sur une plate-forme surélevée pour qu’ils puissent avoir une vue sur les alentours. Ils ingèrent 300 à 400 kg de viande d’abattoir chaque mois. Ils sont suivis par un vétérinaire spécialisé en faune sauvage et soignés, au besoin, par ajout de médicaments dans l’alimentation. La reproduction est proscrite, les mâles sont stérilisés.

4 700 visiteurs parcourent le site de 36 hectares

« L’objectif n’est pas de sauvegarder l’espèce mais bien d’offrir un espace de vie à quelques individus ». Pour éviter l’ennui dans les enclos, les soigneurs disposent plusieurs types d’enrichissements : nourriture diversifiée, passerelles de nourrissage, jeux d’odeurs (stimuli de marquage). Plusieurs refuges existent en France mais Coat Fur est le seul autorisé à recevoir du public. Les contrôles administratifs sont réguliers. 4 700 visiteurs parcourent le site de 36 hectares préservés, sur un chemin de randonnée de 4 kilomètres qui serpente entre le parc des loups, celui des cervidés, les bois et les zones humides. « Ils apprécient la balade de deux heures environ ; lorsqu’il fait chaud, ils doivent faire preuve d’un peu de patience car les animaux peuvent se mettre à l’ombre ». Un autre visiteur a marqué son passage cet hiver, peut-être intrigué par le chant de ses congénères captifs : un loup solitaire sauvage, qui ne s’est pas attardé sur un territoire déjà bien occupé.

Bernard Laurent

Une population sauvage qui stagne

1 082 : c’est la nouvelle estimation de la population de Canis Lupus communiquée par l’OFB fin 2025, une moyenne légèrement plus haute que l’estimation de 2024 (1013), mais toujours plus basse que le “pic” de 2023, où 1 104 individus avaient été estimés. Depuis 2022, on constate une stabilisation de la population après la forte hausse qui avait marqué la décennie précédente. Si la population ne progresse plus, c’est parce que la France a augmenté il y a quelques années le plafond d’abattage annuel à un cinquième de la population, à quoi il faut rajouter la mortalité naturelle (vieillesse, combats entre loups, maladies éventuelles), accidentelle (collisions routières et ferroviaires), voire intentionnelle (braconnage). Les scientifiques estiment qu’il faudrait au minimum 500 loups matures pour assurer la viabilité démographique de l’espèce, soit environ 2 500 individus au total.


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