Depuis 2023, des foyers de clavelée sont régulièrement déclarés dans le sud-est de l’Europe, notamment en Grèce, Bulgarie, Roumanie et Serbie. Une première détection en Macédoine du Nord le 23 janvier 2026 et pas moins de 2 119 foyers(1) depuis le 1er juillet 2025 en Grèce font craindre une extension de l’épizootie.
Une crise sanitaire qui fragiliserait une filière déjà sous tension
« La question n’est pas de savoir comment faire pour éviter qu’elle n’arrive en France. Mais de savoir comment on réagira quand la clavelée, ou variole ovine, arrivera sur nos terres. Car une chose est sûre, elle arrivera tôt ou tard », évoque Claude Font, administrateur FNO lors de l’assemblée générale régionale de la structure le 12 février à Mauron (56).
Maladie à éradication immédiate
Classée « A-D-E », au niveau européen, c’est-à-dire à déclaration obligatoire et éradication immédiate, cette maladie virale très contagieuse affecte principalement les moutons, plus rarement les chèvres. Elle ne se transmet pas à l’homme, ce n’est pas une zoonose. Mais elle est provoquée par un virus de la famille des Poxviridae, genre Capripoxvirus proche antigéniquement du virus de la dermatose nodulaire contagieuse. D’où le surnom de ‘DNC ovine’ parfois sur le terrain. Elle se transmet par contact direct entre animaux, mais aussi via le matériel d’élevage ou les mouvements de troupeaux.
Et c’est là que le bât blesse. « Car rien de plus difficile que de maîtriser les points sanitaires via le transport. Alors faut-il interdire les exports ? De nombreuses brebis laitières sont vendues dans ces pays où la maladie circule. Faut-il interdire les importations ? », interroge l’administrateur FNO. L’arrivée de cette maladie en France provoquerait une crise sanitaire qui fragiliserait une filière déjà sous tension, ne produisant que 60 % de ce qui est consommé en France. « Il manque déjà 1 million d’agneaux… ».
Être préparé, pas comme pour la DNC
En cas de foyer, les mesures sanitaires sont strictes : isolement, restriction des déplacements, désinfection et abattage des foyers afin d’éviter la diffusion. Au plus proche de chez nous, les 4 foyers de clavelée confirmés en Espagne en septembre 2022 ont été contenus grâce à l’abattage des troupeaux contaminés et à la mise en place de zonages de circulation et de surveillance. Sans traitement, la lutte sanitaire repose donc avant tout sur la prévention.
Dans plusieurs régions du monde, où la maladie est endémique, comme au Moyen-Orient et au Maghreb, des vaccins sont fabriqués au moyen de souches affaiblies des virus. Un vaccin existe « encore faut-il qu’il soit disponible en quantité suffisante », insiste la Coordination rurale. L’Europe dispose à ce jour effectivement d’un faible stock de 500 000 doses. L’objectif serait d’en avoir 4 millions, pour une population européenne de 70 millions d’ovins et de caprins.
« Mais attention, une fois vacciné, la sérologie ne distingue pas un animal vacciné d’un animal affecté naturellement », note François Guillaume, de GDS Bretagne. Or à ce jour, la France est indemne, il n’est donc pas judicieux de parler de vaccination, au risque de perdre son statut et de se voir fermer les portes pour l’export. D’autant plus que ce vaccin (Ovipox Med Vet) est soumis à réglementation. « Son utilisation ne peut donc pas être envisagée par qui veut, quand il veut. On ne peut l’obtenir que dans le cadre d’une confirmation de foyer, pour protéger les voisins d’une zone incriminée. » Et ce vaccin vivant atténué impose une logistique contraignante avec notamment une forte sensibilité à la chaleur.
D’où l’empressement des syndicats à l’instar aussi de la Coordination rurale qui appelait, dans un communiqué le 30 janvier, l’État à se positionner sur cette maladie et à réaliser « une veille sanitaire renforcée immédiate, aux frontières comme sur le territoire ». Le syndicat exhorte aussi le ministère de l’Agriculture à rédiger par anticipation des protocoles de désinfection et à constituer un stock stratégique de vaccins pour « être capable d’intervenir dès les premiers cas » si besoin. Et ainsi éviter les délais d’attente qu’ont connus les éleveurs pour la DNC ou la FCO pour les premières régions contaminées.
N’achetons pas cette maladie
La connaissance de la maladie et de ses symptômes par tous les acteurs de la filière, la vigilance sanitaire, la traçabilité des achats d’animaux et des introductions dans les élevages et le respect des règles de biosécurité restent les meilleurs remparts contre cette maladie à fort impact économique.
Carole David
(1) Plateforme épidémiosurveillance santé animale
Symptômes
L’incubation varie de 1 à 3 semaines et les symptômes débutent par des signes classiques : hyperthermie, abattement, jetage, larmoiement, photophobie. Les ganglions lymphatiques superficiels sont hypertrophiés. Puis, sur les zones délainées, des lésions cutanées avec des papules apparaissent. Deux autres formes existent, une forme suraiguë assez rare avec des mortalités rapides, et une forme classique. La morbidité (pourcentage d’animaux touchés) est proche de 100 %. La mortalité varie de 50 à 80 % sur les animaux les plus fragiles, principalement les agneaux.

