L’art du rebond

Sous les paniers de basket, l’efficacité au rebond constitue un atout majeur. Mais c’est sur le terrain de la vie professionnelle que l’ancienne présidente de l’Union sportive Ploeren Basket a montré toute sa capacité à rebondir. Rencontre avec Catherine Guillemot, maraîchère à Ploeren (56).

Une femme avec une charlotte qui remplit et pèse des cageots de légumes - Illustration L’art du rebond
Après les dindes reproductrices et les poules pondeuses, Catherine Guillemot s'est lancée en 2022 dans une nouvelle production : le maraîchage biologique.

Dans la vie, il est des parcours professionnels tout tracés, parfaitement rectilignes. Et d’autres, plus sinueux, fruits des rencontres et des circonstances. Celui de Catherine Guillemot, bien qu’entièrement consacré à l’agriculture, relève de la seconde catégorie. En plus de 35 années d’activité, la Morbihannaise a changé plusieurs fois de production et traversé quelques zones de turbulence. Et pour autant, lorsqu’elle se retourne sur le chemin parcouru, cette femme active, mère de trois enfants, n’éprouve pas de regrets. « Ce serait à refaire, je ne changerais rien. J’ai appris des choses à chaque étape ».

« Nous aimons bien les projets, cela nous rebooste »

Non issue du milieu agricole, celle qui avait effectué des études de chimie est devenue agricultrice par amour. « Mon époux, Hervé, est fils d’agriculteurs. Ses parents exploitaient une petite ferme laitière, ici à Ploeren. Et lui, son rêve était d’avoir un bâtiment de volailles ». Mais lorsqu’il élabore son dossier d’installation, l’entreprise Betina qui l’accompagne lui signifie alors qu’il faut être deux pour mener à bien ce projet de dindes reproductrices. « C’est comme cela que je suis devenue agricultrice ! Nous étions jeunes, Hervé avait 27 ans, moi 23 ans, nous avions envie de travailler ». En 1990, le couple fait donc construire un bâtiment d’une surface de 1 500 m² pour une capacité de 4 000 dindes. « Cela nous a valu les honneurs des médias régionaux car certains, à l’époque, nous ont reproché de bâtir un poulailler géant… » Le duo ne se décourage pas et se lance à corps perdu dans le travail. « La dinde repro, c’est 12 heures par jour, 7 jours sur 7. Et cela demande d’être très strict sur le plan sanitaire ».

Le goût des projets

En 1999, Catherine et Hervé décident de convertir leur bâtiment d’élevage en poulailler pour poules pondeuses. « Nous aimons bien les projets, cela nous rebooste », reconnaît l’agricultrice. Mais cela ne plaît pas à tout le monde. Une pétition contre l’élevage voit le jour. Les aviculteurs tiennent bon. Une dalle est coulée dans l’ancien équipement et des cages sont installées pour accueillir les 53 000 pondeuses. Une nouvelle production dont Catherine découvre le côté positif, « une fois que les œufs sont ramassés le matin, vous avez un peu de temps pour vous l’après-midi ». Mais aussi les inconvénients, « c’est une production très automatisée. Dès qu’il y a une panne, cela devient problématique. Heureusement, mon époux est très bricoleur. Et c’est ce qui nous a sauvés financièrement ! »

En 2010, nouveau tournant professionnel. « Suite à un problème sanitaire, nous avons choisi de modifier notre bâtiment, explique Catherine. Et puis, nous avions aussi en perspective l’arrivée des normes sanitaires 2012 avec les cages aménagées accordant plus de place aux poules ». Un nouvel équipement, plus haut, est monté sur la dalle initiale. La capacité de l’élevage passe alors à 65 000 poules pondeuses. Mais en 2021, c’est le coup d’arrêt. « Nos contrats n’ont pas été renouvelés. Plus personne ne voulait d’œufs de poules en cage. Repartir vers les poules en plein air, cela signifiait souscrire de nouveaux prêts alors que nous avions encore des crédits en cours. Et mon mari était à deux ans de la retraite ». Le couple dit stop. Le scénario de l’épisode final leur réserve toutefois une nouvelle surprise, loin du happy end. « Lors du dernier lot, Hervé a été victime d’une mauvaise chute dans le bâtiment, ce qui lui a valu une double fracture tibia-péroné. J’ai dû faire face seule durant trois mois. Heureusement, Alexandre, notre fils aîné qui est maraîcher, à Ploeren, sur les terres de son grand-père paternel, m’a donné un coup de main ». Une expérience qui a marqué Catherine. « Dès le lendemain de l’accident, j’ai été confrontée à une panne. Et durant cette période, à me demander sans cesse quelle serait la prochaine pièce à casser, j’ai pris conscience de tout le stress qu’Hervé avait pu ressentir au fil des années ».

Des légumes à la carte

À l’été 2022, soit un an après l’arrêt de l’élevage, le couple apprend qu’une ferme maraîchère est en vente, à proximité. « Nous nous sommes dits : pourquoi pas ? » Et c’est ainsi que Catherine a troqué ses bottes d’éleveuse contre celles de maraîchère bio. De « Belles bottes » qui sont devenues sa marque commerciale. « Nous avons 4 500 m² de serres et 3 hectares de terre où nous cultivons les légumes classiques – salades, tomates, poivrons, courgettes, choux, poireaux… – ainsi que quelques variétés anciennes remises au goût du jour. Je propose des paniers de légumes que les gens composent eux-mêmes ». Les clients passent commande quand ils le souhaitent sur le site en ligne et sont livrés chaque semaine sur leur lieu de travail. Pour dénicher les entreprises avec lesquelles elle collabore aujourd’hui, la quinquagénaire a dû prendre son bâton de pèlerin et aller démarcher, distribuer des flyers. « C’est nouveau pour moi, ce volet commercial. Mais cela me plaît ! » Une forme d’optimisme alliée à une appétence pour la découverte, peut-être est-ce là le secret de l’art du rebond ?

Jean-Yves Nicolas

En savoir plus : www.lesbellesbottes.fr

« Le CMB, une évidence »

« Je suis tombée dans la marmite du CMB quand j’étais enfant, avec mes parents. Lorsque nous nous sommes installés avec mon époux, cela m’a donc semblé une évidence de solliciter cette banque pour nous accompagner. Plus tard, à l’ouverture de la Caisse d’Arradon, j’ai été contactée pour rejoindre le conseil d’administration local. J’ai franchi le pas car cela m’intéressait de découvrir les coulisses de l’activité bancaire. J’ai aussi intégré le comité de section morbihannais de la Caisse de Bretagne de Crédit Mutuel Agricole (CBCMA). Au début, je craignais un peu de ne pas me sentir légitime car je connaissais ma production mais pas l’ensemble de l’agriculture. Mais en fait, il y a des représentants de toute la diversité de la profession au sein de la section. Les échanges sont très riches car nous sommes tous différents. Humainement et intellectuellement, c’est très intéressant. L’an dernier, j’ai été élue au conseil d’administration de la CBCMA, au niveau régional. Là, les réflexions portent plus sur la définition et l’accompagnement de la politique agricole du Crédit Mutuel de Bretagne. Et c’est également passionnant ! »


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