La Bretagne, terre d’agrumes

Reconverti pépiniériste en 2024, Bruno Monchâtre produit des plants d’agrumes adaptés au climat breton.

Un homme près d'un jeune plant d'agrume devant une serre tunnel au second plan - Illustration La Bretagne, terre d’agrumes
Bruno Monchâtre sur sa parcelle, 
devant son tunnel de production de plants. | © Paysan Breton - T. Dagorn

Guingamp (22)

En 2009, Bruno Monchâtre reçoit un beau citronnier dans le cadre d’une « liste verte de mariage » chez un fleuriste. Cette rencontre est une sorte de deuxième coup de foudre. Cinq ans plus tard, il a dix pieds d’agrumes à la maison. En 2017, il se met « à greffer sérieusement ». En 2020, il réalise plus de 100 greffes par an… « Ma petite production de collectionneur servait de monnaie d’échange avec d’autres mordus », raconte le Costarmoricain. En parallèle, il anime le groupe Facebook « Agrumes passion Bretagne » où des amateurs échangent astuces pour prendre soin des plantes et adresses de foires aux plantes.

De l’étal de poissons à la pépinière

En 2022, le poissonnier de métier qui passe ses journées les mains dans la glace commence à souffrir d’arthrose dans les doigts. « J’avais déjà en tête de me lancer dans les agrumes pour occuper mes vieux jours. Mais mes difficultés ont accéléré les choses. Mon plan de retraite complémentaire est ainsi devenu mon plan d’activité pour mes 15 dernières années de travail », sourit Bruno Monchâtre.

Greffer 2500 à 3000 plants par an

Licencié en 2023, le futur pépiniériste a mis plus de 18 mois à trouver un terrain pour s’installer. « Pas simple d’accéder au foncier agricole. » En prévision, il a « beaucoup semé et acheté quelques porte-greffes ». En 2024, il greffe 1 800 plants puis 1 300 en 2025. En rythme de croisière, il prévoit de greffer 2 500 à 3 000 par an. « C’est le plafond pour un opérateur seul qui produit ses porte-greffes. »

Climat breton pour agrumes du Japon

Propriétaire de 8 000 m2 près de Guingamp depuis juillet 2024, il a lancé sa pépinière bio. « J’ai versé ma collection dans la société, près de 500 pieds-mères pour 350 variétés au total. » À comparer aux 1 000 agrumes existant en France aujourd’hui. « Je choisis avant tout des cultivars adaptés à la Bretagne. En termes de climat, nous ne sommes pas une extension de la Méditerranée. Et cela ne le deviendra pas forcément demain. » Mais les camélias, les hortensias, les rhododendrons ou le thé, des plantes venues de certaines zones d’Asie, poussent bien chez nous, précise-t-il. « Les variétés originaires du Japon comme les Papeda rassemblant les yuzus, les satsumas ou d’autres hybrides comme les sudachis ou les harukas sont acclimatées à nos conditions douces et tempérées. » Profitant de ce fameux climat, Bruno Monchâtre veut créer « un modèle breton » pour les agrumes (voir encadré). « En Espagne, les yuzus sont mûrs fin octobre, en Occitanie vers la mi-novembre et chez nous, en décembre, au moment des fêtes… C’est une opportunité. »

Des arbres à installer en extérieur

Le pépiniériste produit des plants de verger à installer en extérieur. « Les agrumes n’aiment pas avoir les pieds dans l’eau. L’idéal est un terrain un minimum drainant, protégé des vents si possible et bien exposé au soleil car il faut de la chaleur pour la maturation des fruits. » Dans cette quête de l’agrume breton, il travaille sur l’adaptation par ses porte-greffes challengés directement dans les conditions fraîches et humides locales. « J’utilise essentiellement Poncirus trifoliata ou citronnier épineux et l’hybride Citrumelo 4475. Le Poncirus s’installera dans les sols plus lourds, dans les bas de parcelle. Le 4475 dans les hauts. En zone littorale, d’autres porte-greffes peuvent avoir un intérêt. » Ainsi, le spécialiste qui donne des conférences sur le sujet rapporte que Poncirus résiste à – 12 °C en froid humide breton et 4475 à – 9° C.

Pour Bruno Monchâtre, « le geste » de greffer est presque sacré. Il pratique la greffe à l’anglaise simple en tête de tige. « J’interviens assez haut sur le porte-greffe. C’est un peu ma signature. Un choix de prévention sanitaire dans notre climat humide car la greffe représente toujours un potentiel point d’entrée de maladie. » Pour les greffons, il sélectionne des variétés très précoces arrivant à maturité en décembre ou début janvier, sachant que les fruits peuvent résister à – 2 °C. « Avec une belle exposition, on peut alors planter des yuzus et des satsumas partout en Bretagne. »

Délice en cuisine

Ensuite, celui qui aura pris soin de ses plantations –​​​​​​​ « Les agrumes sont gourmands. Pour avoir des fruits, il faut apporter de l’azote aux arbres » – pourra se régaler. Au Japon, beaucoup de ces agrumes condimentaires sont utilisés pour préparer des sauces. « Le yuzu, gros comme une clémentine, est plein de pépins. Il y a peu de pulpe exploitable mais son zeste très puissant et parfumé a un goût unique. Je le recommande un peu vert pour zester de la Saint-Jacques ou à pleine maturité avec un dessert au chocolat », termine le pépiniériste.

Toma Dagorn

Contact : Pépinière Aouravaloù, Bruno Monchâtre au 06 25 64 11 05 ou www.agrumesenbretagne.fr

Une interprofession bretonne

Bruno Monchâtre et Lynn Mauger, de La forêt des Saveurs à Priziac (56), président l’association Filière agrumes Bretagne lancée en décembre 2025 qui vise à « rassembler tous les professionnels qui s’intéressent aux agrumes à titre professionnel en Bretagne ». Les deux pépiniéristes veulent « créer une interprofession pour structurer une petite filière ». Une cinquantaine d’acteurs sont déjà au rendez-vous : pépiniéristes bien sûr, mais aussi arboriculteurs, maraîchers ou porteurs de projet (agricole ou petite transformation), Chambre d’agriculture… « L’objectif est d’expérimenter et de créer des références autant dans la partie production que dans la transformation où les agrumes locaux peuvent trouver de nombreux débouchés. La porte est ouverte, contactez-nous. »


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