Dossier technique

Un traitement systématique pour sortir de l’enfer des boiteries

Gaec de la Roche, Concoret (56) - Entre réforme et perte de lait, les problèmes de pieds ont pourri la vie de Gwenaël Aubry pendant des années. Il raconte sa victoire sur tapis vert (et noir) et sans formol contre les boiteries.

Une vache de race Holstein passe sur un tapis moussant pour le traitement des onglons. - Illustration Un traitement systématique pour sortir de l’enfer des boiteries
Le tapis est placé dans un couloir de retour à la sortie des trois robots de traite. | © Paysan Breton - T. Dagorn

« Les boiteries, c’est venu petit à petit. Déjà en salle de traite, bien avant l’arrivée des robots en 2017 », se rappelle Gwenaël Aubry, installé à Concoret (56). Elles sont devenues une grosse épine dans le pied des performances de l’élevage. « J’ai fait partir énormément de vaches à cause de problèmes de pattes. En fait, c’est le premier critère de réforme chez nous. Beaucoup de vaches sont embêtées par la dermatite digitale. Chez les primipares, les lésions apparaissent souvent un mois après le vêlage », rapporte le Morbihannais. Pourtant, les logettes sont propres, confortables et bien paillées. Les racleurs passent neuf fois par jour pour nettoyer les sols… « Quand on avait de la main-d’œuvre disponible, grâce à des soins et des passages en pédiluve, on arrivait à contenir le problème. » Mais dès qu’il manque du monde ou que les gros chantiers occupent le planning, les bains de pieds se font rares et la maladie reprend de plus belle, regrette le producteur de lait. « Il est arrivé que la moitié des animaux présentent des lésions actives rouges. La baisse de production laitière est alors évidente et conséquente. »

Dezs vaches de race Holstein couchées dans de slogettes bien paillées.
Au Gaec de la Roche, les vaches profitent de logettes paillées confortables.

Automatiser les traitements collectifs

Gwenaël Aubry a fini par s’intéresser aux moyens de simplifier le recours aux traitements collectifs, voire de les automatiser. Après avoir échangé avec des collègues éleveurs, au Space 2024, il se penche sur le tapis moussant désinfectant AutoHoofClean de Schippers. Au mois de janvier suivant, l’éleveur décide de tester le protocole sans formol nouvellement proposé (premier élevage français à l’adopter). Il est catégorique à ce sujet : « Des proches ont été touchés par des cancers, j’ai des salariés et des enfants… Cela fait réfléchir. Je ne veux pas utiliser chez moi ce produit chimique dont les dangers sont connus. »

En pointage, j’ai gagné 0,6 point sur l’index membres

À partir de l’installation du tapis, pendant six mois, le fournisseur a effectué un suivi mensuel des pattes des cinq mêmes vaches, alors qu’aucun autre traitement n’était appliqué par ailleurs « J’ai choisi exprès des animaux présentant de grosses lésions », sourit l’éleveur. Durant ce semestre d’expérimentation, aucun pédiluve ni soin individuel ne devaient être réalisés. « Au bout d’un mois et demi, ça boitait dur dans l’étable. C’était compliqué à vivre mais j’étais prêt psychologiquement à aller au bout. Après trois mois, les lésions se sont estompées et la santé des pieds s’est améliorée… » Depuis, le tapis n’a plus quitté l’étable.

Un éleveur entouré de trois vaches de race Holstein dans une étable
Gwenaël Aubry a retrouvé le sourire depuis que la santé des pattes s’est améliorée.

Après un an, des résultats visibles

Dans un premier temps, « pour des questions d’immunité et d’accoutumance », Gwenaël Aubry était dubitatif de devoir conserver le traitement en permanence pour assurer son efficacité. « Mais quand je vois le résultat, je relativise. J’ai calculé que cela me coûte, tout compris, 47,16 € par vache et par an. À y réfléchir, cette somme est vite récupérée. » D’abord, le producteur de lait note qu’il lève beaucoup moins de pattes pour soigner des lésions et ne pose plus beaucoup de pansement. « J’ai tout de même senti la pression remonter lors des gros coups de chaleur de l’été. J’ai alors apporté un peu plus de vitamines et de bicarbonate en prévention. » Après un an d’utilisation, il relève d’autres signaux favorables. « Les vaches se déplacent mieux. La fréquence moyenne de traite aux robots a grimpé de 2,5 à 2,8 traites par jour en faveur de la production. Les pieds des primipares ne gonflent plus à l’arrivée en lactation. » Le taux de réforme liée aux pattes est en baisse sensible : des animaux repartent pour une lactation de plus, le troupeau gagne déjà en longévité. « J’ai même gagné 0,6 point sur l’index membres au dernier pointage. » Enfin, il y a des choses « moins palpables » comme l’amélioration de la reproduction et de l’état des vaches ou encore le temps considérable passé en moins à s’occuper des pieds. « Aujourd’hui, une boiterie nous saute aux yeux. Avant, tout le monde boitait », termine l’éleveur qui a retrouvé le moral.

Toma Dagorn

Cage de parage à disposition

Il y a eu une époque où un pédicure pour bovins passait deux fois par an au Gaec de la Roche à Concoret (56). « La santé des pieds m’a toujours intéressé. J’ai fini par suivre deux jours de formation en 2009 », raconte Gwenaël Aubry. Depuis, l’éleveur réalise lui-même du parage, « systématiquement au tarissement ainsi qu’au cas par cas en fonction des besoins ». Une porte intelligente à la sortie des robots de traite permet de programmer simplement le tri d’un animal vers l’espace d’isolement où se trouve la cage de parage.

Le tapis réclame peu de travail

Au Gaec, le tapis a été positionné dans un couloir à la sortie des trois robots. Dans une pente, une marche en béton a simplement été réalisée pour le poser à plat. Il est alimenté en alternance par deux produits : « Un désinfectant et un cicatrisant ». Une pompe doseuse est actionnée en fonction du nombre de passages de vaches. Gwenaël Aubry apprécie sa praticité. « Il n’y a pratiquement rien à faire. Si ce n’est changer un bidon quand son capteur informe qu’il est vide et remplacer le tapis tous les trois mois. » Matin et soir, l’éleveur met un coup de jet sur la surface pour la garder propre. « De toute manière, sa double membrane évite que des déjections y pénètrent et souillent les produits de soin. »


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