« Les boiteries sont la première cause de réforme dans le troupeau. Elles me font perdre du lait, du temps et de l’argent. Dès qu’une vache a mal, il faut du suivi », explique Damien Boudard, éleveur à Hénanbihen (22). « Mais je n’aime pas m’occuper des pieds : c’est sale, c’est chronophage, cela peut être risqué et surtout je ne sais pas faire. »
Fini les bacs contraignants à manipuler
Pour gérer la santé des pieds, le pareur passe tous les deux mois. Entretemps, l’objectif est de réaliser un pédiluve par semaine pour contrôler la dermatite digitale. « Mais il faut trouver la motivation de mettre en place les bacs, de les remplir, puis de les vider et de les retirer… » Trop souvent, avec l’atelier porc à côté, les bains de pieds passaient à la trappe.

Tôle épaisse et système d’horlogerie
Damien Boudard a donc voulu automatiser la gestion de son pédiluve. N’ayant pas été convaincu par les solutions du marché découvertes en vidéo, (« trop de capteurs, des matériaux trop légers… »), le Costarmoricain s’est tourné vers ses interlocuteurs locaux. Stéphane Renault, de CS Élec (électricité et équipements en élevage), et Maximilien Rault, de RM Soudure (chaudronnerie), à Hénansal, ont alors dessiné les contours d’un outil répondant à ses attentes. Il a été installé en début d’automne 2025. « Conçu en tôle épaisse, il est robuste. Relié à une pompe doseuse, son remplissage est géré sans manipulation de produit. Son activité est commandée par un simple système d’horlogerie », explique l’éleveur. « Chez moi, pour garantir la propreté de la solution désinfectante, pour le moment, il se vidange et renouvelle le bain toutes les heures. Vu le temps de traite moyen d’environ 8 minutes aux robots, cela correspond au passage de 14 ou 15 vaches. » Grâce au traitement collectif devenu vraiment régulier, le producteur de lait comme son pédicure ont rapidement noté une amélioration de la santé des onglons mais aussi du couchage en logettes. Autre indicateur : « Malgré un effectif un peu trop important de 120 vaches sur les deux stalles suite au passage de la FCO, il y a désormais peu d’animaux en retard de traite. »

Les voisins adoptent l’outil
Le bouche-à-oreille local a vite fait connaître le nouveau pédiluve costamoricain. « Damien en a parlé à l’ensilage », sourient Olivier et David Lesné, installés à l’autre bout de la commune. L’équipement a été installé chez eux en décembre car la dermatite est aussi présente dans l’étable. « Quand une vache est touchée par une grosse lésion, elle souffre, se déplace moins, fréquente moins le robot, mange et boit moins et maigrit. Mais il y a aussi de petites lésions qu’on ne repère pas toujours et qui ont déjà un impact », rappellent les associés.
Au moment de robotiser la traite en 2014, les deux frères avaient acheté une cage de parage. « J’ai suivi une formation avec le GDS. Comme nous sommes bien équipés, cela ne me dérange pas de lever le pied d’une vache qui montre un signe de boiterie », raconte David. Le passage par la cage est aussi systématique au tarissement. « Avec le sol caoutchouc (voir encadré), l’usure est moins franche. Il faut désormais intervenir sur les pieds avant également. » En complément, des bains de pieds sont historiquement réalisés toutes les deux semaines l’hiver. « Le reste de l’année, avec le travail dans les champs, le pédiluve passait malheureusement à l’as. » L’arrivée du modèle automatique (à partir de 9 000 € selon les options) a changé la donne. « Fini les bacs contraignants à manipuler. » Désormais, il n’y a plus qu’à appuyer sur le bouton de mise en route et à cocher une case du logiciel pour que les robots dévient les vaches vers le parcours de sortie au pâturage (mars à novembre) qui accueille le récipient.


Des lésions plus sèches
Au Gaec des Rives, le pédiluve est réglé pour se vidanger au bout de six heures. « Pour 120 vaches à 2,5 traites de moyenne, cela fait 75 à 80 passages dans le bain. » Cela semble adapté puisque le désinfectant qu’utilisent les éleveurs est prévu pour 100 passages dans la solution par remplissage. Les éleveurs observent du « mieux » après deux mois d’utilisation en routine : « Les vaches boitent un peu moins et les lésions observées dans la cage apparaissent plus sèches. »
Toma Dagorn
Sur tapis, les vaches retrouvent des appuis
« Pattes cassées, hanche déboîtée… Nous avons perdu des vaches à cause de glissades. Et même deux débuts de lactation le même jour », se rappellent David et Olivier Lesné. Les bétons avaient été d’abord rainurés puis scarifiés. Mais l’usure a fini par en faire une patinoire. « Même nous, nous marchions sur des œufs. » Le sol de la stabulation a donc été couvert de caoutchouc il y a deux ans au Gaec des Rives. Un investissement de l’ordre de 60 000 € pour 650 m2. « Depuis, les animaux sont plus à l’aise et plus calmes quand il faut les déplacer. Grâce aux rainures dans le revêtement, la surface est moins humide en faveur de pieds plus propres et plus secs. » À noter que les lames des racleurs sont crantées pour évacuer aussi les déjections dans les rainures.

