Les plus du miscanthus

On en entend de plus en plus parler dans le monde agricole. Le miscanthus, également appelé herbe à éléphant, eulalie ou roseau de Chine géant, possède presque autant de vertus que de dénominations. Une fois broyée, cette graminée vivace peut être utilisée comme litière animale, paillage horticole ou encore comme combustible dans les chaudières à biomasse. Le point en compagnie de Guillaume Courcoux, agriculteur spécialiste de ce végétal.

Un homme devant un silo de rhizomes de miscanthus « régénéré ».avec une poignée de ces rhizomes dans les mains - Illustration Les plus du miscanthus
Guillaume Courcoux commercialise des rhizomes de miscanthus « régénéré ». Une fois broyées, les tiges 
de cette plante graminée peuvent être valorisées en tant que litière animale, paillage horticole ou bien comme 
du combustible dans les chaudières à biomasse.

Le miscanthus est entré très tôt dans sa vie. « Mon père avait rapporté quelques plants d’Angleterre, il y a vingt-cinq ans », se souvient Guillaume Courcoux. Mais c’est plus récemment que le Costarmoricain a perçu qu’il pouvait y avoir là un débouché. « Je connaissais quelques personnes qui en avaient implanté et je savais que, dans le temps, en utilisant toujours les mêmes souches pour donner naissance aux plants, un phénomène de dégénérescence pouvait intervenir, avec des impacts sur le rendement. Je me suis dit alors qu’il y avait de la place pour une production de qualité avec un savoir-faire ».

Le pouvoir absorbant du miscanthus est cinq fois supérieur à celui de la paille

Celui qui fut couronné, en 2016, meilleur apprenti de France en horticulture se met alors en rapport avec des laboratoires spécialisés en Europe de l’Est pour élaborer in vitro un miscanthus « régénéré ». De jeunes plants qu’il cultive ensuite en pleine terre durant deux années avant de les commercialiser sous forme de rhizomes d’environ 5 cm de long.

« Cette formule permet de gagner une à deux années par rapport à une implantation ‘classique’ où il faut attendre la troisième ou la quatrième année pour débuter la récolte ».

Des atouts économiques et environnementaux

Convaincu des atouts économiques du miscanthus face à un coût de la paille qui augmente régulièrement, et sensible à sa dimension environnementale – c’est une plante qui ne nécessite pas d’intrants –, le Plaintelais s’est lancé et a créé son exploitation de multiplication en 2021. Les établissements Courcoux proposent ainsi des rhizomes conditionnés en big bags avec possibilité de livraison sur toute la France. « Le tarif est dégressif en fonction de la quantité. Cela va de 3 900 à 4 500 euros l’hectare. Avec une production qui sera comprise entre 15 et 20 tonnes de matière sèche à l’hectare ». Soit environ 4 fois plus que celle attendue pour la paille. Une fois broyées, les tiges peuvent être valorisées en tant que litière animale, paillage horticole ou bien comme du combustible dans les chaudières à biomasse.

Les premiers exercices ont confirmé à Guillaume Courcoux qu’il ne s’était pas trompé. La demande pour un miscanthus de qualité est bien réelle. Notamment en Bretagne, région très consommatrice en litière animale, avec les nombreux élevages de bovins, porcs et volailles. « Le miscanthus présente l’avantage d’être une litière froide, qui ne fermente pas. Cela améliore le confort de l’animal et il y a beaucoup moins de bactéries à se développer. En outre, le pouvoir absorbant est cinq fois supérieur à celui de la paille ».

La récolte du miscanthus – comme son implantation – s’effectue au mois de mars, lors de la phase de dormance du végétal. « Quand les tiges, qui peuvent atteindre une hauteur de 3 à 4 mètres, sont bien sèches, vous les entendez craquer dans le champ. La récolte est réalisée comme un chantier d’ensilage classique et ne nécessite pas de matériel particulier. La plante, dont l’espérance de vie avoisine les 20 ans, possède un cycle annuel : les feuilles tombent au sol à l’automne et viennent fertiliser naturellement les rhizomes. Mais le miscanthus peut, si besoin, accepter un plan d’épandage ».

Si, de par son apparence, le miscanthus s’apparente aux bambous, il n’en a pas les inconvénients. « Cette variété est stérile et ne se resème pas, les rhizomes ne drageonnent pas. Et pour détruire une culture, il suffit, durant l’été, de sortir les racines qui sont en surface pour que la plante meure très rapidement ».

Pas une plante miracle

Attaché au contact avec la clientèle, Guillaume Courcoux propose, gratuitement, un suivi de culture et une aide au dimensionnement des projets. « Généralement, les clients qui découvrent le miscanthus implantent 1 ou 2 hectares la première année, pour se faire la main. Mais si vous voulez fournir toute la litière d’un élevage de 80 vaches, il faut plutôt viser 5 à 10 hectares ». Pour ce qui est du choix du parcellaire, le spécialiste a noté un travers fréquent : « Les agriculteurs hésitent à implanter le miscanthus sur leurs bonnes terres. Mais ce n’est pas une plante miracle, meilleure est la terre, meilleur sera le rendement. À moi de les convaincre que c’est le bon choix économique ! »

Aussi attiré par la mécanique que par le végétal, le jeune entrepreneur travaille actuellement sur un nouveau projet conciliant ses deux passions. Le prototype fonctionne mais il ne l’estime pas encore prêt à être commercialisé. Preuve que l’on peut être sérieux quand on a 27 ans !

Jean-Yves Nicolas

En savoir plus : guillaume.courcoux@icloud.com, 07 80 32 46 53

« Une alternative intéressante »

Philippe Le Carré – Responsable de clientèle agricole, CMB, pôle d’expertise de Plérin

L’implantation de miscanthus est raisonnable en termes de coût. Cette culture a, en plus, l’avantage de ne nécessiter ensuite que peu, voire pas d’intrants. Et elle est pérenne puisque les plants peuvent durer jusqu’à 20 ans. Cela représente certes un investissement au départ mais si celui-ci permet de générer des économies sur le long terme, ce peut être une alternative intéressante. Je pense notamment aux élevages qui ont des surfaces de culture limitées ou à ceux qui veulent être autonomes pour la litière de leurs animaux.


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