À la faveur des copieuses pluies de ces dernières semaines, les nappes phréatiques ont accumulé de confortables réserves. L’eau qui continue de tomber en abondance s’écoule désormais massivement vers la mer. Les crues des rivières bretonnes en sont le témoignage le plus visible. Une eau excédentaire que les agriculteurs regardent filer, impuissants, alors même qu’elle pourrait faire cruellement défaut dans quelques mois. Car en matière de stockage, les projets avancent au compte-gouttes. Un blocage motivé par la rupture de la continuité écologique, la préservation des zones humides, les atteintes supposées à la biodiversité. Autant de mantras répétés sans toujours prendre le temps d’observer la réalité du terrain : autour des retenues existantes, la vie foisonne, l’eau ralentit, s’infiltre, nourrit les sols.
De l’écologie à géométrie variable, en somme
Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre la frustration du monde agricole ? Frustration d’autant plus vive que, pour d’autres usages, le gigantisme hydrique ne semble poser aucun problème. En Italie, trois retenues artificielles totalisant plus de 300 000 m³ ont été construites pour alimenter les canons à neige des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Et comme cela ne suffit pas, on pompe directement dans la rivière. Près de 400 000 m³ d’eau mobilisés pour fabriquer la poudre blanche indispensable aux compétitions.
De l’écologie à géométrie variable, en somme. Car pendant que l’on regarde l’eau s’échapper des campagnes au nom de principes, on accepte sans sourciller de la capter massivement pour quelques semaines de spectacle sportif. Autrement dit : oui au stockage de l’eau pour faire de la neige de culture ; non au stockage de l’eau au profit des cultures pour produire de la nourriture. Une hiérarchie des usages qui en dit long sur nos priorités collectives.

