Brélès (29)
Cette histoire démarre par une scène de tous les jours : au petit matin, la salle de traite est en action, les pulsateurs se font entendre discrètement par leurs bruits réguliers et caractéristiques, les brumisateurs crachent leur fumée humide pour faire fuir les mouches qui se plaisent sur la peau des vaches. Le héros, Gabriel, est en plein travail car son troupeau de Prim’Holstein patiente dans le parc d’attente, le tank à lait se remplit au fur et à mesure. Du classique, donc. Pourtant, nous sommes ici sur la ferme de Roland Jestin et de son cousin Stéphane Le Vaillant. Tout ce qui se passe sous nos yeux est une fiction : les deux agriculteurs de Brélès (29), associés au sein du Gaec de Kerdreanton, se sont prêtés au jeu cinématographique en mettant à disposition leur outil de travail pour le tournage de la série en 10 épisodes « Les portes du vent ».
Une série très réaliste sur le métier d’agriculteur
Sous la houlette d’Olivier Broudeur, réalisateur et scénariste, et d’Anthony Quéré, également à la production et à la réalisation pour 48° Rugissants Production, cette série utilise pour décor la vie et le cadre du Bas-Léon. La Bretagne est belle ; elle sait servir de lieu de tournage. Et quoi de mieux qu’une véritable ferme pour servir de terreau à cette intrigue qui se veut très proche de la réalité ? Dans cette fiction, la femme de Gabriel travaille à l’extérieur comme infirmière, l’exploitation familiale voit sa trésorerie se tendre. Sous fond de crise laitière et de voisins et amis qui arrêtent leur production de lait, le héros résume les faits avec un conseiller : « C’est quoi ce monde où on veut du lait, mais pas de paysan pour en produire ? », peut-on l’entendre dire dans un épisode.
Silence, ça tourne
Difficile sur ce plateau en atmosphère naturelle d’obtenir le silence absolu, nécessaire aux prises de vue. Le chien, les vaches ou le coq sont parfois venus troubler la prise de son. « Quand on tourne, il ne faut aucun bruit car les micros captent tout. Le robot aspirateur de lisier a été mis en pause, tout comme le tank à lait », se souvient Olivier Broudeur. « Les tâches les plus bruyantes étaient réalisées tôt le matin, puis nous laissions notre place », ajoute Stéphane Le Vaillant. Aussi, la vie de la ferme s’est invitée lors du tournage, peut-être pour nous rappeler que nous sommes dans un métier du vivant, avec son lot d’imprévus qui l’accompagne : un vêlage, non rédigé dans le scénario, est venu apporter encore un peu plus une touche de réalisme à la série. « Il nous faut près d’1,5 heure pour préparer une scène. Là tout s’est calé en 10 minutes ! », une prouesse pour capter sur la pellicule ce moment si rare à la télévision mais pourtant si important dans la vie d’un élevage.


Agriculteurs cascadeurs
Être agriculteur aujourd’hui est « un travail noble, avec le travail de la terre, le respect du bien-être des animaux. Ici, on voit que les vaches sont heureuses », fait remarquer Olivier Broudeur. Il faut dire que le réalisateur connaît très bien ce milieu agricole et rural, ayant été baigné dès son plus jeune âge dans le rythme des saisons et des travaux des champs par son père Jopic, gérant d’une ETA dans ce Nord-Finistère.
De leur côté, Stéphane Le Vaillant et Roland Jestin ont pu toucher du doigt le métier de tournage et les plateaux de cinéma. Entre les acteurs, le perchman, les spécialistes du maquillage, des costumes, du décor… ce ne sont pas moins d’une quarantaine de personnes qui ont été présentes sur la ferme pendant une durée de 4 semaines. Le tournage peut être long, les prises de vue s’enchaînent. Sur une journée de 10 heures de travail, 3 à 5 minutes seulement de vidéo peuvent être exploitées. Et les 2 associés ont aussi pu participer à l’œuvre, non pas dans un rôle principal, mais en tant que figurants, comme sur la scène de récolte de l’ensilage et sur le tassage qui l’accompagne : on reconnaît Roland, chauffeur du tracteur sur l’impressionnant tas. « Nous étions en quelque sorte cascadeurs, conseillers techniques ». Malgré ces conseils, il se dit que lors de la scène d’ouverture de la série, l’actrice principale n’a jamais réussi à brancher une vache dans la salle de traite. Pour autant, à l’écran, rien n’y paraît.
Le clap de fin de tournage s’est fait entendre au tout début de l’automne 2023. La ferme, « devenue un petit village, nous a paru d’un coup bien vide ». Mais que les agriculteurs se rassurent, d’autres saisons sont en projet. « Impossible de tourner la suite ailleurs qu’à Kerdreanton », concluent les réalisateurs.
Fanch Paranthoën
Pour visionner la série : Les chaînes locales Tébéo, Tébésud et TVR diffuseront « Les portes du vent » du lundi 16 février au vendredi 27 février, avec un épisode par jour (du lundi au vendredi) à 18 h 15. L’ensemble des épisodes sera à suivre le samedi 28 février, à 21 h. Les plus impatients peuvent d’ores et déjà regarder les épisodes en cliquant ici

