Avec son fort pouvoir d’attraction, ses 32 500 habitants supplémentaires entre 2017 et 2023, son taux de chômage à 6%, sa diversité de secteurs d’activités, l’économie du Morbihan est performante. La dynamique est fragile. Faute de logements suffisamment nombreux, le département peine à recruter, aussi bien au Nord qu’en zone littorale. « Nous n’avons pas assez construit ; tout le monde en souffre », déplore Philippe Rouault, président de la Chambre de commerce et d’industrie. À la tête de l’entreprise Cité Marine (agroalimentaire) et de ses 2 000 salariés répartis sur 6 sites de production, Éric Le Hénaff abonde : « Construire une usine, ce n’est pas très compliqué mais recruter… L’embauche de cadres est assez facile car nous sommes dans une région attractive, près du golfe et de Carnac. Mais trouver des ouvriers ou des conducteurs de ligne… ».
Le diocèse a des biens immobiliers vides
Près de 50 % du budget dans le logement
Il s’agit, selon lui d’un problème nouveau. « Le logement pèse de plus en plus dans le budget des ménages. Le reste à vivre est trop faible. L’augmentation des familles monoparentales n’arrange rien ; elle décuple les besoins de logement, déjà rares ». Les salaires, dans le domaine d’activité, ne sont pas toujours élevés. Le loyer grève jusqu’à la moitié du budget quand il ne devrait pas dépasser 30 %. Sur le site de Plumelin, des investissements récents ont été réalisés, avec en corollaire, l’embauche de 80 salariés. « Pour 15 d’entre eux, l’entreprise est intervenue afin de trouver un logement ». Le chef d’entreprise l’assure : « Certains dorment dans leur voiture et on ne le sait pas tout de suite car ils en ont honte. Nous essayons de trouver des solutions, mais il y a des limites car ce n’est pas notre métier ».
Le diocèse sollicité
Philippe Rouault, président de la CCI, avance une solution. « Le diocèse et les congrégations religieuses ont beaucoup de biens immobiliers vides, répartis sur l’ensemble du département. Ils veulent rester propriétaires mais ne seraient pas défavorables à des rénovations financées par des entreprises qui auraient un droit d’usage sur du moyen ou long terme ». Plusieurs centaines de logements deviendraient, de fait, disponibles. Problème : le lien entre le contrat de location et le contrat de travail. En cas de départ volontaire ou de licenciement du salarié, il devrait être contraint de quitter rapidement le logement. « Le sénateur Yves Bleunven travaille sur ce dossier », indique le président. « J’ai moi-même évoqué le sujet avec le ministre du logement lors de sa récente visite à Grand-Champ. Ça existe chez les militaires ». Une issue favorable du dossier permettrait aussi, selon lui, à des personnes âgées, propriétaires de logement vides, de bénéficier du dispositif. « Ils n’ont pas l’énergie ou les moyens financiers de rénover leurs biens. Une telle opération le leur permettrait. Dans ce cas, on peut parler d’un gisement possible d’un millier d’habitations ». Le maintien de l’industrie est, pour lui, à ce prix.
Bernard Laurent
Travailler avec une plate-forme de mobilité du Pays de Lorient
La problématique de la mobilité des salariés, en partie liée au logement, a également été évoquée lors des vœux des Chambres consulaires. « Sur le site de Cité Marine de Kervignac, nous avons 250 collaborateurs supplémentaires depuis 2017 », indique Éric Le Hénaff, le directeur. « Certains n’ont pas de permis ou de voiture. Nous travaillons donc avec deux associations de covoiturage. Ty Mouv, une plate-forme de mobilité du Pays de Lorient, offre une solution à une vingtaine de nos salariés résidents à Lorient, à une dizaine de kilomètres du site. L’entreprise participe au financement mais la pérennité de ce type d’associations est toujours fragile ». Cité Marine propose également une crèche à horaires atypiques, ouverte très tôt pour répondre au rythme des 3 x 8 heures. « Nous envisageons d’en ouvrir sur deux autres sites de production ». Preuve que le dispositif répond à une demande.

