Supports de culture : Est-il possible de se passer de tourbe ?

L’introduction de tourbe dans les supports de culture varie suivant les pays et la disponibilité de la ressource. Selon les prévisions, la demande mondiale va être multipliée par 4 d’ici à 2050.

Un tas de tourbe - Illustration Supports de culture : Est-il possible de se passer de tourbe ?
Un tas de tourbe. | © Chambre d’agriculture des Pays de Loire

Les sols gorgés d’eau en permanence qui accumulent au fil du temps des matières végétales produisent un matériau recherché qui permet de produire de l’énergie (chaleur, électricité) ou, depuis la seconde moitié du XXe siècle, qui sert d’ingrédient aux supports de culture : la tourbe. Extraite principalement dans le nord de l’Europe, en Scandinavie, en Écosse ou en Irlande, cette matière se trouve également en France dans la vallée de la Loire et dans quelques zones montagneuses. Pour les tourbières de l’Hexagone, leur exploitation et l’extraction sont interdites depuis janvier 2022, mais leur utilisation n’est pas interdite. Chaque année, la France produit 3 352 m3 de terreau, elle y introduit 55 % de tourbe et 13 % d’écorce d’arbre. Cette part monte à « 80 à 90 % en Allemagne, d’autres s’en passent, comme en Australie. Aux États-Unis, le nord du pays en utilise, en rapport avec la proximité des tourbières canadiennes, le sud non ». Peut-on se passer de cette tourbe demain ? C’est à cette question qu’Elsa Lévéder, chargée de mission économie circulaire à la Chambre d’agriculture, a tenté de répondre lors d’une conférence qui se tenait pendant le dernier Sival, Salon international de techniques de productions végétales, à Angers (49). Le sujet est délicat, la tourbe « a des propriétés très intéressantes, par sa très forte capacité de rétention en eau, son pH bas, son prix réduit et sa disponibilité importante ». Mais son exploitation pose des questions environnementales.

D’ici à 2050, la demande mondiale serait multipliée par 4

L’intervenante a participé au projet européen Buffer +, sur le volet activités économiques dans les tourbières, accompagné d’un projet de recherche d’alternatives, avec des terreaux sans tourbe ou diminués de tourbe. Car les prévisions font état d’une consommation qui risque d’exploser : « D’ici à 2050, la demande en supports de culture serait multipliée par 4. Cette potentielle augmentation peut s’expliquer par une croissance de la population mondiale couplée à l’augmentation du revenu moyen, l’attrait croissant pour la consommation de fruits et de légumes d’une part, ainsi qu’un intérêt plus marqué plus les plantes ornementales ». Même si tous les efforts poussent vers une diminution de 50 % de tourbe en intrant dans un support de culture, la consommation de cette matière fossile serait tout de même multipliée par 2 au niveau mondial. À l’horizon 2050, ce ne sont pas moins de 283 millions de m3 qui seraient nécessaires pour répondre à l’appétit du marché. Paradoxalement, cette matière fossile est aussi dépendante des conditions climatiques. « La récolte a été très mauvaise l’année dernière, il manque des millions de m3 », fait remarquer un participant à la conférence. « Il n’y en aura pas pour tout le monde, à cause de très mauvaises récoltes et des problèmes de séchage. Les prix vont augmenter ».

Utiliser les sous-produits de la forêt

Parmi les pistes évoquées pour la substitution, citons les fibres et les écorces de bois, « très largement suffisantes en disponibilité au niveau européen, à l’exception des Pays-Bas qui ont des ressources en forêts faibles, des échanges entre pays seraient nécessaires ». Autre intrant possible, celui des déchets verts. Pour avoir une ressource suffisante, « il faut beaucoup plus de collecte de la part des collectivités. Or aujourd’hui, elles incitent plus les particuliers à garder ces déchets dans leur jardin ». La moelle de coir de coco est « un sous-produit de sous-produit des noix de coco. En provenance d’Asie du Sud-Est, d’Afrique et du Mexique, ces matières ne peuvent être utilisées qu’en support de culture, contrairement au bois qui peut trouver plusieurs débouchés »..

Fanch Paranthoën

Une diminution plus difficile en mini-alvéoles

Elsa Lévéder – Chargée de mission à la Chambre d’agriculture

L’idée n’est pas de remplacer mais de compenser la réduction de la tourbe. Des essais ont été menés avec de l’hydrochar, conçu à partir de végétaux comme de la litière de marais. Mais ces essais ne sont pas concluants, il y a de gros problèmes de germination des graines que le support contient… Il existe aussi d’autres freins, comme sur les cultures en pot : en godet, on peut diminuer de 40 % la part de tourbe ; c’est beaucoup, plus difficile en mini-alvéoles. Enfin, ce changement impose des pilotages de conduite différents : la fréquence et la quantité d’irrigation sont augmentées, la fertilisation azotée doit être adaptée, car l’écorce de bois et la sciure consomment de l’azote lors de sa dégradation.


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