Il peine encore à réaliser. Comme s’il vivait un rêve éveillé depuis sa victoire lors de la phase finale du Challenge Espoir Région Bretagne-CMB. Charlie Dalin, le dernier vainqueur du Vendée Globe, et Yoann Richomme, son dauphin, l’ont tous deux félicité. Et, il y a quelques jours, il a partagé une séance de sport avec Vincent Riou, skipper de légende dont le poster ornait sa chambre d’enfant. Dès qu’il évoque ses nouveaux « collègues de travail » au sein du Pôle Finistère Course au large, Paul Loiseau a les yeux qui brillent et sa bouille juvénile s’illumine.
Sa passion pour la voile est née ici, dans le Finistère Sud, au cœur de cette Baie de La Forêt qui a vu passer tant de marins illustres. « Mes parents avaient acheté un voilier et nous naviguions souvent les week-ends, nous allions aux Glénan. Au début, j’avais un peu peur parce que le bateau gîtait. Mais, paradoxalement, cela m’a plu. Je voulais toujours barrer, essayer de nouveaux réglages, je ne tenais pas en place à bord. Ma mère m’a rapporté que dès mes 6 ans, je disais que je voulais faire le Vendée Globe ! »
Avec le Challenge Espoir, l’opportunité de devenir coureur au large se concrétisait
C’est lors de son entrée en sixième que Paul goûte à la compétition. « J’ai rejoint la section voile du collège de Kervihan, à Fouesnant. J’ai débuté par le catamaran en double. Et avec mon équipier, nous avons eu rapidement des résultats ». Le virus de la régate est inoculé, il ne le quittera plus. Sur l’eau, le marin en herbe croise régulièrement les figaristes du Pôle Finistère à l’entraînement. Et notamment ceux de la filière d’excellence de course au large Région Bretagne-CMB. « Ma mère travaillant au CMB, je les suivais avec attention ». Dans la tête du jeune garçon s’esquisse alors un projet : remporter le Challenge Espoir afin d’intégrer l’équipe Région Bretagne-CMB et accéder à la barre d’un Figaro. « Mais pour postuler, il fallait être légitime et d’abord performer en voile légère ».
Déterminé, méthodique, Paul ne laisse rien au hasard. Dès sa dernière année de collège, il change de support et navigue en laser, un dériveur solitaire, dans l’optique d’intégrer le Pôle Espoir, à Brest. Quant à son stage de troisième, il l’effectue pour une partie dans une voilerie locale et pour l’autre… au Pôle Finistère Course au large.
Le décompte des titres
Au lycée, il découvre les exigences du haut niveau : les entraînements quatre jours par semaine, la préparation mentale, la préparation physique… « J’ai fait beaucoup de séances à la salle de musculation pour essayer de prendre de la masse. Je n’avais pas vraiment le gabarit pour le laser, il me manquait 20 centimètres et 20 kilos… Quand le vent montait et qu’il fallait enchaîner les manches, cela devenait difficile pour moi ». Il parvient tout de même à décrocher deux titres de vice-champion de France Espoir. Mais, lucide, décide de ne pas poursuivre dans cette série. « Je savais que toutes les qualités que j’avais développées en voile olympique allaient pouvoir être transposées ».
En 2022, son bac en poche, ce barreur talentueux se diversifie et goûte à la régate en équipage. Durant l’été, il est invité à bord d’un bateau pour participer au championnat d’Europe de J80 – monocoque de 7,50 m de long – , qui se déroule à Saint-Cast-le-Guido. « J’ai adoré cette expérience. Et à cette occasion, j’ai sympathisé avec l’élève-officier qui gérait le J80 de l’École Navale ». L’année suivante, Paul prend en charge le projet. Les résultats ne se font pas attendre. En trois années, lui et son équipage raflent trois titres de Champion du monde jeunes. Des performances qui lui ouvrent les portes de la filière « Jeunes Talents » de la Fédération française de voile. Et c’est ainsi qu’il se retrouve début 2025 à Singapour, au Championnat du monde de SB 20, quillard de sport comptant de nombreux adeptes à travers la planète. Épaulé par trois équipiers, le Breton fait des étincelles et se hisse à la troisième place du classement général, décrochant par la même occasion le titre chez les amateurs et les jeunes.
Étoiles de mer
En septembre dernier, après avoir mené jusque-là de front sa carrière sportive et ses études, l’étudiant en master Comptabilité Contrôle Audit s’estime enfin prêt et candidate au Challenge Espoir. « Ma mère m’avait demandé d’avoir au moins une licence… Là, je pouvais passer à l’étape suivante. L’opportunité de devenir coureur au large se concrétisait ». Sélection sur dossiers, tests physiques et techniques, navigations en équipage, Paul franchit une à une les différentes étapes et parvient en finale.
Opposé à deux autres candidats de talent – Pierrig de Kerdrel et Éliott Coville – , il réussit, au terme de régates très disputées, à prendre la tête du classement. « La veille de la dernière manche, je pensais passer une bonne nuit car il me suffisait de terminer la course pour gagner le Challenge. Eh bien, je me suis réveillé deux fois, convaincu que j’avais pris un casier dans la quille de mon bateau… » Heureusement pour lui, le déroulé a été tout autre. Victorieux sur l’ultime épreuve, Paul est devenu, début décembre, le nouveau skipper Espoir du team Région Bretagne-CMB. L’enfant de la Baie réalise désormais son rêve. Et celui-ci ne fait que débuter. En mai prochain, il sera à Perros-Guirec, sur la ligne de départ de la prestigieuse Solitaire du Figaro. Aux côtés de tous ces marins qu’il admire. Et avec toujours autant d’étoiles dans le regard.
Jean-Yves Nicolas

