Le projet Abaa (Ammoniac en Bretagne dans l’air ambiant), porté par la Chambre d’agriculture et Air Breizh, a rassemblé 21 exploitations finistériennes, 7 Cuma et 2 ETA sur 4 ans. Il a démontré qu’en combinant diagnostics, évolution des pratiques d’élevage et d’épandage et accompagnement technique, les exploitations peuvent réduire significativement leurs émissions de NH₃, tout en améliorant la valorisation de leurs effluents et leurs performances économiques (voir page 7).
Chauffage et séchage en grange
L’expérimentation va se poursuivre sur un nouveau territoire, celui de Rennes Métropole. François Trubert, éleveur méthaniseur à Gévezé (35), va faire partie du groupe animé par la Chambre d’agriculture. Il gère un élevage basé sur 50 vaches laitières, 2 000 m² de volaille de chair et une méthanisation en cogénération datant de 2012. L’électricité produite est revendue sur le réseau et la chaleur issue de la cogénération sert à chauffer les poulaillers et la maison d’habitation et alimente un séchoir en grange, pour le maïs grain et la luzerne notamment.
Zéro ammonitrate acheté
« Dans le bâtiment génisses, l’aire d’exercice est sur caillebotis, ce qui permet de récupérer régulièrement un lisier liquide. Le fumier est vidé une fois par mois dans ce bâtiment », précise l’éleveur. Les vaches laitières sont en logettes avec tapis sur lesquels de la paille broyée est ajoutée. L’aire d’exercice est raclée 4 à 5 fois par jour. De mi-mars à novembre, les bovins sortent pâturer, « ce qui réduit le volume d’effluents d’environ 1/3 sur la période estivale ».
Tous les lisiers et fumiers de l’élevage vont dans le méthaniseur, complétés par des Cive, du maïs et des déchets de pommes de terre provenant d’une usine agroalimentaire. L’agriculteur a installé une séparation de phase pour disposer d’un digestat « le plus liquide possible ». Cette phase liquide est plus riche en azote alors que la partie solide offre davantage de phosphore.
« Les effluents sont une mine d’or »
« Les effluents sont une mine d’or sur l’élevage. Je souhaite les gérer au mieux pour ne pas perdre leur valeur », souligne François Trubert qui, en 2012, s’est donné pour objectif de supprimer l’azote minéral sur son exploitation. Son challenge a été réussi. Auparavant, il achetait 25 tonnes/an d’ammonitrate, maintenant plus aucune. « Malgré des coûts d’épandage plus importants, les marges brutes se sont améliorées sur mes cultures », constate-t-il.
Agnès Cussonneau
Pratiques en évolution constante
Au fil du temps, François Trubert a appris à mieux gérer ses effluents d’élevage. « Je choisis plutôt d’épandre quand il y a eu un peu de pluie. L’ammoniac est plus volatile quand le temps est chaud ou venté », souligne-t-il. Côté matériel, « avant, j’utilisais une tonne à lisier avec un enfouisseur à disques mais la puissance manquait à l’injection. » Aujourd’hui, « une rampe de 24 m de large est utilisée, l’outil passe sur les mêmes traces de roues que le pulvérisateur ».
