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Mise en lumière des races bretonnes

Bretonne Pie Noir, mouton d’Ouessant, poule Coucou de Rennes et bien d’autres animaux locaux sont mis à l’honneur dans l’exposition « Races bretonnes, une histoire bien vivante ! », visible à l’écomusée de la Bintinais jusqu’au 3 septembre.

Élégante frange blanche de la Chèvre des fossés, cornes en croissant de l’Armoricaine, tête tachetée du mouton Landes de Bretagne, oreilles roses inclinées sur les yeux du porc Blanc de l’Ouest… Admirablement photographiées, les « gueules attachantes » des races traditionnelles bretonnes nous saluent à la sortie de la visite.
Mais avant de présenter les dynamiques mises en place pour la sauvegarde de plusieurs races menacées de disparaître, l’exposition montre les liens intenses qui unissent depuis longtemps les hommes avec les animaux d’élevage. « Les besoins en lait, en laine ou en graisse ont guidé des choix utiles au quotidien. Les animaux peuvent labourer, transporter… Les bouses étaient utilisées comme combustible, des peaux de chèvres pouvaient devenir des vêtements utilitaires », explique Philippe Dagron, un des deux médiateurs de l’exposition.

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Coq et poules Coucou de Rennes à l’écomusée (© Écomusée de la Bintinais, Hervé Ronné)

Les races « officielles » naissent au XIXe siècle

C’est au XIXe siècle que naît officiellement le concept de race. Auparavant, les populations animales étaient diverses évoluant dans des régions données selon des pratiques variées. À partir de la fin du XVIIIe siècle, sous l’influence de la Grande-Bretagne, les découvertes techniques et scientifiques vont donner naissance à la zootechnie, orientée sur la productivité agricole, qui va contribuer à la création et la standardisation de races « officielles ». Les concours agricoles deviennent un instrument privilégié pour améliorer le bétail national. En Bretagne, à la fin du XIXe siècle, la Bretonne Pie Noir, la Froment du Léon, la Coucou de Rennes… deviennent officiellement des races et parfois même des emblèmes régionaux. Mais, comme le rappellent les responsables de l’exposition, « au sortir de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle révolution touche le monde agricole afin de nourrir la population française en pleine croissance. » Alors, « les races locales ne correspondent plus aux attentes de la société et aux besoins de productivité », souligne Philippe Dagron. Edmond Quittet, inspecteur général de l’agriculture, développe après-guerre une politique de réduction du nombre de races qu’il juge beaucoup trop élevé, ce qui ne permet pas selon lui de donner à « l’amélioration des grandes races françaises l’impulsion qu’elles devraient recevoir. » De nombreuses races locales sont alors jugées indésirables. Mais à partir des années 1970, un mouvement de résistance vise à enrayer ce déclin brutal.

La défense d’un patrimoine vivant

Lors d’une table ronde intitulée « Pourquoi sauvegarder les races bretonnes  ? », organisée le 22 janvier dans le cadre de l’exposition temporaire, le professeur Bernard Denis, président de la Société d’ethnozootechnie, a souligné l’importance de sauvegarder cette biodiversité domestique. « Dans 30 ou 40 ans, le contexte sera peut-être différent et les races dominantes pourraient afficher des faiblesses. Ces races constituent un patrimoine génétique mais sont également associées à des pratiques d’élevage, à des plats traditionnels. Elles contribuent à la diversité paysagère. »

L’écomusée de la Bintinais a notamment participé à la sauvegarde de la poule Coucou de Rennes qui était menacée d’extinction après 1914. « Tout le monde la connaissait mais personne ne savait où il en restait. Des individus ont été retrouvés chez un éleveur qui était parti dans le Maine-et-Loire. Une association est ensuite née », retrace Jean-Paul Cillard, ancien responsable du parc agropastoral de l’écomusée. Aujourd’hui, plusieurs races locales sont présentes dans ce lieu : vache Armoricaine, porc Blanc de l’Ouest, Chèvre des fossés…
Faisant office de « pépinière », l’écomusée diffuse des reproducteurs chez des éleveurs ou collectivités intéressés pour en élever. « La demande est forte. Lors de notre foire à la basse-cour chaque année en septembre, nous manquons de Noire de Janzé ou de Coucou de Rennes. »

La Nantaise n’est plus menacée

Laurent Chalet est satisfait d’avoir participé à la sauvegarde de la race Nantaise qui a toutefois perdu son caractère laitier. « Nous avons fait le choix de l’orienter vers la viande pour qu’elle trouve sa place. Suite à la dynamique mise en place, nous accentuons aujourd’hui sa valorisation auprès de restaurateurs, de bouchers intéressés pour la commercialiser. Mon fils s’installe aujourd’hui avec cette race », apprécie l’éleveur. 

Les consommateurs ont un rôle
Des pratiques anciennes reviennent avec la préservation de ces races comme la traction animale pour le débardage, le maraîchage, dans les vignes… Des démarches nouvelles voient aussi le jour à l’image du projet d’AOP sur le Gwell (lait fermenté au goût acidulé) porté par des éleveurs de Bretonne Pie Noir. « Même si l’élevage de ces races n’est pas abordé dans l’enseignement agricole, les élèves s’y intéressent. Les éleveurs accueillent souvent des groupes ou des stagiaires sur leurs fermes », évoquent les intervenants. Pour autant, la situation reste fragile : « Leur maintien dépendra beaucoup du comportement des consommateurs. »

Pour en savoir plus
• Exposition à voir jusqu’au 3 septembre à l’Écomusée de la Bintinais, Route de Châtillon-sur-Seiche 35200 Rennes. Contact : 02 99 51 38 15 ou www.ecomusee-rennes-metropole.fr
• Une publication « Races bretonnes, une histoire bien vivante ! » est en vente à l’accueil de l’écomusée, en librairies et sur le site des éditions Apogée (192 pages). Auteur : François de Beaulieu ; Co-édition : Écomusée de la Bintinais – Apogée.

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